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Les envoyés de Jean le Baptiste (11,1-19)

Par Anselm Grün

Jean avait baptisé Jésus ; dans sa prison lui vient maintenant un doute : ce Jésus est-il vraiment celui qu'il avait attendu ? Car il parle à l'évidence un autre langage que lui, Jean. Il commence par la promesse du salut, et non par le sermon sur la pénitence par lequel le Baptiste s'était fait connaître. Matthieu nous donne en exemple ce Jean qui s'inquiète : comme lui, après avoir traversé le doute, nous accédons à la vraie foi, nous découvrons Jésus dans sa vérité. Jean envoie ses disciples vers Jésus pour l'inciter à se présenter lui-même aux hommes. La réponse de Jésus aux questionneurs nous montre comment il a compris ses miracles et sa prédication. Matthieu renonce à mentionner la réaction du Baptiste à la réponse de Jésus ; ce qui l'intéresse, ce n'est plus Jean, ce sont les lecteurs. Aux chapitres 8 et 9, ceux-ci ont eu connaissance des miracles de Jésus et de son activité d'enseignement; il s'agit à présent pour eux d'apprendre ce que les hommes ont entendu de lui et vu en lui, et de prendre son parti. Les miracles de Jésus ne sont pas seulement des actes qui témoignent de sa grandeur, mais aussi un appel à se décider pour le salut, qui en lui devient visible. Dans sa réponse aux messagers, Jésus se réfère aux prophéties d'Isaïe que son action réalise: «Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés de leur lèpre, les sourds entendent, les morts sont tirés de leur sommeil, l'Évangile est annoncé aux pauvres» (11,5). Les nombreux malades guéris par Jésus sont autant de signes du temps du salut, du temps du Messie. Après la relation des miracles, le lecteur doit décider s'il croit ou non en ce Jésus, et c'est maintenant le Baptiste qui fournit à l'évangéliste l'occasion de l'y engager. Les chapitres 10 et 11 sont une invitation adressée à Israël, car Jésus a précisément envoyé ses disciples aux enfants de cette nation. En tant que représentant d'Israël, Jean montre qu'il est conforme à l'Écriture de faire confiance à Jésus et de s'engager envers lui.

Après avoir répondu aux envoyés de Jean, Jésus s'adresse au peuple. Il commence son discours sur le Baptiste par des questions qui suscitent l'accord de ses auditeurs : non, ils ne sont pas allés au désert pour y voir « un roseau agité par le vent » ou « un homme et ses habits délicats » (11,7-8). Il pourrait s'agir là d'une double allusion discrète au roi Hérode, qui n'était pas aimé, faisait frapper sur ses monnaies un roseau et portait des vêtements raffinés. En critiquant Hérode, Jésus met de son côté ceux qui l'écoutent; mais ce n'est pas cela qui lui importe. Il cherche à éveiller leur curiosité au sujet du Baptiste; il est plus qu'un prophète : le messager annoncé par le prophète Malachie, Élie revenu annoncer la fin des temps. «Jamais femme n'aura mis au monde un homme supérieur à Jean le Baptiste» (11,11). Et pourtant il appartient encore à l'ancien temps. Qui s'est fait ouvrir le Royaume de Dieu par Jésus est plus grand que Jean, car il n'en est pas seulement un témoin, il est déjà à l'intérieur. Jean intervient avec l'autorité d'Élie pour inciter Israël à la conversion ; Jésus le cite comme le témoin capital de la venue du Royaume pour pousser ceux qui l'écoutent à se décider.

Les exégètes sont longtemps restés perplexes devant cette parole : «Depuis Jean le Baptiste jusqu'à présent, le règne des cieux est en proie à la violence ; c'est le triomphe des violents» (11,12). L'Église primitive a compris ce verset comme évoquant l'ascétisme: le Royaume est la conquête de ceux qui se soumettent à un dur travail sur eux-mêmes, rejettent le culte des idoles et combattent leurs passions. Le sens originel est sans doute différent. Jean a subi la violence d'Hérode ; tous ceux qui proclament le Royaume - Jean, Jésus et ses disciples - seront victimes d'adversaires qui s'insurgent contre lui. Les violents comme Hérode et tous les puissants qui se défendent contre le nouveau message voudraient bien s'emparer du Royaume, mais la souveraineté de Dieu s'imposera. En Jean, Jésus voit à l'avance l'image de son propre destin et des persécutions que subiront ses disciples. En même temps, il proclame sa détermination à servir la cause du Royaume et veut encourager ses disciples à ne pas se laisser dissuader par la violence que leur oppose le monde.

Jésus compare alors sa génération à des enfants qui veulent jouer mais ne parviennent pas à se mettre d'accord (11,16-17): les uns veulent simuler la noce, danser sur des chants joyeux, les autres chanter des chants funèbres, jouer à l'enterrement; ils ne savent pas ce qu'ils veulent: tout à la fois, sans pouvoir se décider. Ils attendaient de Jésus ce qu'ils ont blâmé chez Jean, et inversement : il est impossible de leur donner satisfaction. De quelque façon qu'il agisse, Jésus se heurte au rejet. S'il se comportait comme Jean, on ferait de lui un possédé ; comme il mange et boit avec des pécheurs, on le considère comme « un glouton, un ivrogne, qui fréquente les collecteurs d'impôts et les hors-la-loi». Mais «la Sagesse s'est révélée Sagesse dans ce qu'elle a fait» (11,19). Les miracles de Jésus sont les actes de la Sagesse divine, une manifestation de Dieu lui-même. Dans les textes juifs, la Sagesse est parfois décrite comme une personne ; elle est l'expression de la puissance salutaire de Dieu. Jean Chrysostome l'a comparée à un chasseur qui approche sa proie de deux côtés pour mieux la capturer. «Ainsi Dieu a offert à Israël, pour l'attirer, la voie de l'ascèse et celle de la convivialité» (Luz, 2, p. 190). Jésus n'est pas un ascète typique ; il mange et boit avec les hommes, il partage leurs joies et suscite la joie en leurs cœurs. Il leur laisse une tout autre impression que le Baptiste avec ses durs propos. Pourtant nous n'avons pas encore, nous les chrétiens, intériorisé ce goût de la joie et de la liberté dansante apporté par Jésus ; nous retombons sans cesse dans le discours de pénitence et dans la mentalité ascétique du Baptiste.


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Modifié le  14-02-2012.