IESCHOUA

Jésus marche sur les eaux Accueil | Nous contacter

Accueil
Haut
Mission
Vie de Jesus
Parcours
Evangile St Luc
Evangile St Matthieu
Evangile St Jean
Evangile St Marc
Croisiere
Nourriture du coeur
Forum  Prieres
Témoignages
Chants
Prieres & Reflections
La passion
Suggestions
Liens
Forum discusions

Jésus marche sur les eaux (mat 14,22-33)

Anselm Grün

Les humains ont toujours désiré marcher sur les eaux. Nous le faisons en rêve ; chez les Grecs, c'était une prérogative des seuls dieux. Une légende bouddhiste, bien antérieure à la naissance du Christ, raconte qu'un moine qui se rend chez son maître traverse une étendue d'eau en pensant au Bouddha. Lorsqu'au milieu de sa traversée il cesse d'y penser, il commence à couler; il réactive alors la pensée du Bouddha et parvient à l'autre rive (cf. Luz, 2, p. 410). De tels parallèles ne parlent pas en défaveur de l'historicité de la scène ; ils montrent comment la marche de Jésus sur les eaux a pu agir sur les disciples et sur les lecteurs de Matthieu. Jésus traverse avec eux toutes leurs détresses et les délivre de leurs peurs : pensant à lui avec confiance, ils peuvent traverser les eaux de leurs craintes, de leurs dangers et de leurs détresses.

Dans leur barque, les disciples sont en peine, ballottés par les vagues. La nuit, nous sommes tourmentés par des doutes et par l'idée du non-sens ; nous n'avons plus de point d'appui, l'eau nous monte jusqu'au cou, les vagues nous secouent, nous prenons peur. Plus nous serrons les dents et ramons avec énergie, plus la situation s'aggrave. Nous ne gouvernons plus notre barque, nous sommes le jouet des flots. Matthieu use d'une image: «Le vent était contraire» (14,24). Tout se ligue contre nous : les hommes, le destin ; tout n'est que difficulté, et nous sommes obligés de rassembler nos forces pour ne pas sombrer, mais le vent nous est contraire.

« Au quatrième tour de veille », Jésus va au-devant des disciples, en marchant sur les eaux. Dans la Bible, ce moment précis est celui de l'intervention secourable de Dieu. C'est l'heure où Yhwh «sème la confusion dans le camp des Égyptiens », lors du passage de la mer des Roseaux (Ex 14,24). Ce peut être aussi une image de la crise du milieu de la vie, en rapport avec le nombre quarante. Le sol ferme se dérobe alors sous nos pieds ; dans notre inconscient, les tempêtes de ce que nous avons jusqu'alors refoulé se déchaînent. Mais le milieu de la vie est aussi le temps de la transformation. Au moment où Jésus marche sur les eaux, la destinée des disciples change. Ils commencent par éprouver de la peur : ils croient voir venir à eux un fantôme. Il n'est pas toujours agréable de faire l'expérience de Dieu, elle peut être effrayante. Mais Jésus leur montre comment le Père miséricordieux souhaite rencontrer les humains : «Courage. C'est moi. N'ayez pas peur» (14,27). Le Dieu de Jésus, c'est celui qui nous délivre de la peur et nous invite à la confiance. Disant «c'est moi», Jésus rappelle la révélation de Yhwh dans le buisson ardent : en lui, c'est Dieu lui-même qui se révèle, celui qui a conduit le peuple d'Israël hors d'Egypte, en protégeant sa traversée de la mer Rouge.

Le courage revient à Pierre quand il reconnaît le Maître; confiant en sa présence, il se risque à quitter la barque. Celle-ci peut être une image de l'ego, dont nous devons sortir. Quand il est secoué par l'inconscient, nous devons franchir les limites où l'ego nous enferme. Mais la barque peut aussi renvoyer à la communauté ; au plus fort des crises, nous ne pouvons pas compter sur elle pour nous porter. Il s'agit alors d'en sortir, et de prendre le chemin de la confiance. Tant que Pierre regarde Jésus, il est capable de marcher sur les eaux, mais dès qu'il regarde à ses pieds, il coule. Si nous regardons le Christ, il nous porte à travers l'incertitude de notre vie ; si nous restons fixés sur nos problèmes, si nous ne voyons que les vagues, nous coulons aussi. Et Pierre de crier : « Seigneur, sauve-moi ! » Rapportant la peur de Pierre et son appel au secours, Matthieu évoque le psaume 69, dans lequel les Juifs prient - comme les chrétiens doivent aussi le faire pour être sauvés des eaux qui menacent de les engloutir. Jésus alors étend la main et saisit Pierre ; sa réponse ne s'adresse pas seulement à Pierre, mais à tous les chrétiens dont la foi faiblit : «Pourquoi es-tu aussi peu confiant? Pourquoi ces doutes ?» (14,31). Cette qualification est caractéristique de l'évangile de Matthieu: ceux qui l'entourent ont la foi, mais leur foi est faible, elle ne suffit pas à les porter à travers les vagues de la tempête. Jésus est près de nous, dans la nuit de notre vie, au milieu des tempêtes qui nous menacent, et il veut renforcer notre foi ; si nous lui faisons confiance, elle pourra déplacer les montagnes, traverser les eaux, nous porter alors même que le sol ferme se dérobe sous nos pieds, que les autres nous abandonnent, que nos biens nous sont enlevés, que tout autour de nous part à la dérive.

Jésus monte alors dans la barque avec Pierre, et le vent s'apaise aussitôt. Pierre est sorti de la petite barque de son ego et, quand il y remonte avec Jésus, il n'est plus enfermé dans l'étroitesse de ses propres limites. Pour C. G. Jung, cette image signifie qu'il est passé du moi au Soi. Le Soi, c'est le centre de la personne, où Dieu est présent; nous n'y accédons que si nous accueillons Dieu en nous-mêmes. Si nous laissons le Christ monter dans notre barque, le vent s'apaise, l'agitation prend fin et le calme se fait dans notre cœur. Cette histoire nous apporte aide et consolation dans les turbulences de notre vie. Goethe a dit de cette scène qu'elle était l'une des plus belles légendes et qu'il l'aimait plus que toute autre (cf. Luz, 2, p. 411). Celui qui croit, même l'eau le portera, les vagues déchaînées ne pourront pas le submerger.


Pour nous contacter :

E-Mail : luc@ieschoua.org

Modifié le  14-02-2012.