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Le discours sur le Royaume des cieux (Mathieu 13)

Anselm Grün

Dans le chapitre 13. Matthieu rassemble en un discours unique toute une série de paraboles, souvent introduites, de façon frappante, par la formule : « Le règne des cieux, c'est...» Alors que chez Luc cette formule ne se présente que deux fois, dix paraboles concernent le Royaume chez Matthieu. Par ces récits imagés, Jésus montre que les hommes n'ont pas à chercher le Royaume dans l'avenir; il est déjà là. s'ils agissent sur la terre « selon la volonté royale de Dieu dans les cieux» (Limbeck, p. 189). Ces paraboles sont très riches en métaphores; on ne peut parler qu'en images du Royaume des cieux, du règne de Dieu, de sa présence salvatrice parmi nous, mais en images propres à toucher les cœurs et à les faire bouger. Je me bornerai à en examiner brièvement quelques-unes.

La première de ces paraboles, en fait, n'évoque pas directement le Royaume. Jésus est assis dans un bateau, et le peuple l'écoute ( 13,2). Cette attitude est caractéristique du maître qui enseigne. Jésus parle du semeur au travail. Une partie des grains tombe sur le chemin sur un terrain rocheux et dans les buissons épineux. Jésus s'adresse à la communauté des chrétiens. Tous ont entendu la Parole qu'évoque l'image du semeur, mais l'âme de certains chrétiens ressemble à un chemin : sans repos ni profondeur, tout y reste à la surface, en vue. La Parole de Dieu ne peut pas y pénétrer, le grain est mangé par les oiseaux ; ceux-ci représentent les nombreuses pensées erratiques qui empêchent la réception du message. Trop d'idées préconçues sur Dieu ne laissent aucune chance à sa Parole d'entrer en nous.

Le terrain rocheux, c'est l'image des êtres que la Parole remplit d'enthousiasme, mais qui manquent de persévérance : elle ne pénètre qu'au niveau superficiel des émotions, le fond du cœur n'est pas atteint. Quant aux épines, elles représentent les passions, et l'aiguillon des blessures que nous recevons ou nous infligeons à nous-mêmes; elles ne laissent pas lever la semence, elles l'étouffent. Être tourmenté par le souci ou constamment occupé à fouiller ses blessures, c'est empêcher le grain de pousser.

La plupart des grains tombent néanmoins sur une terre fertile, et y portent une riche moisson : chez l'un, cent épis, chez l'autre soixante, chez un autre encore, trente (13,8). Matthieu ne dissocie pas l'écoute et l'action : le fruit que doit porter l'existence chrétienne, c'est un comportement nouveau. Mais l'on voit se dessiner là une autre image encore. L'intensité de la vie et la fécondité sont les signes d'une spiritualité authentique ; qui se laisse transformer par Dieu se distingue par la richesse des fruits qu'il porte, il rayonne de vie, d'imagination, de créativité (13,4-9).

La parabole de l'ivraie (13,14-30) ne se trouve que chez Matthieu ; différentes interprétations en sont possibles. La première concerne la communauté. Matthieu dirige très délibérément cette parabole contre les rigoristes. Il y avait à l'évidence dans sa communauté des chrétiens attachés avant tout à la pureté de l'Eglise; tous les pécheurs devaient en être expulsés. Or Jésus s'oppose à cette rigueur ; la communauté sera toujours composée de bon grain et de mauvaise herbe mêlés. Jésus mentionne l'ivraie, qui ressemble beaucoup au blé; or qui sarcle trop tôt l'ivraie arrache souvent en même temps le bon grain, parce que leurs racines sont entremêlées. Quand le temps de la récolte est venu, on peut mieux les distinguer. « C'est pourquoi, en Palestine, on laissait une partie de l'ivraie pousser jusqu'à la moisson ; c'est le moissonneur qui, en coupant les épis, laissait tomber l'ivraie pour qu'elle ne soit pas mise dans la gerbe » (Limbeck, p. 190). Tout comme le moissonneur, la communauté doit laisser grandir ensemble les bons et les méchants, qu'il n'est pas de son ressort d'extirper; c'est Dieu lui-même qui le fera, c'est à lui qu'il revient de juger, et non aux hommes.

Mais l'on peut aussi considérer cette parabole comme une image de l'âme humaine; le champ, c'est elle. La nuit, pendant que nous sommes plongés dans l'inconscience du sommeil, l'ennemi sème la mauvaise herbe et, revenus à la conscience, nous constatons que, dans notre champ, l'ivraie pousse mêlée au blé. Si nous voulions arracher l'ivraie, nous arracherions aussi le bon grain, et plus rien ne pousserait. Nous ne devons pas nous fixer sur une impossible perfection, car le prix du perfectionnisme, c'est la stérilité: il n'y a plus rien à récolter. Il est vrai que nous ne devons pas non plus laisser foisonner la mauvaise herbe ; il faut l'observer, éventuellement la couper, mais nous ne pouvons l'arracher. Dans les profondeurs de notre âme, nous avons tendance à éliminer tout ce qui est imparfait, mais en agissant ainsi nous devenons stériles. Il faut beaucoup de patience et de sérénité pour laisser pousser en nous ce qu'il y a de bon et de mauvais. Et il nous faut être libérés de l'obsession de devoir porter sans cesse des jugements de valeur. Laissons donc pousser le tout et remettons le jugement au Seigneur, maître de la moisson.

Les deux paraboles du grain de sénevé et du levain sont communes à Matthieu et à Luc. Les Pères de l'Église ont souvent identifié ce grain de moutarde à la foi semée dans le cœur de l'homme ; on le voit soudain prendre la dimension d'un arbre: on y prend appui, autour de lui se forme une communauté, les oiseaux nichent dans ses branches. Vivacité, légèreté, ouverture au ciel sont les marques d'une âme pénétrée par la foi. Pour saint Augustin, le levain, que l'on mêle à « trois mesures de farine », est l'image de l'amour qui transfigure tout en nous. Les Pères ont, en outre, donné une interprétation allégorique de ces trois mesures, y voyant les trois composantes de l'être humain: la pensée, la sensibilité et le désir, ou encore la raison, la sensorialité et le corps. Toutes trois doivent être pénétrées par la foi et l'amour; nous devenons alors, pour les autres, le pain. C'est la femme qui mêle le levain à la farine ; elle est l'image de la part féminine de l'être humain, sensible à la complétude, à la renaissance, à la transformation. La farine peut représenter aussi ce qui nous coule entre les doigts. Nous avons parfois le sentiment que notre vie est semblable à la farine : nous n'arrivons pas à maîtriser nos pensées, nos sentiments, il y a tant de choses en nous qui restent juxtaposées, sans lien entre elles. En nous, l'inconscient est comme une poussière qui se dépose partout ; nous ne savons pas d'où elle vient, mais elle est là. Si le levain de l'amour pénètre tout en nous, cette multiplicité d'éléments volatiles, à peine palpables, se fond en une unité cohérente. Du jour au lendemain, tout est travaillé par le levain et peut se changer en un pain nourricier que nous offrons aux autres.

Les brèves paraboles du trésor caché dans un champ et de la perle précieuse trouvée par un marchand qui, pour l'acheter, vend tous ses biens se trouvent également chez le seul Matthieu (13,44-46) ; on retrouve ces images dans beaucoup de contes et de récits populaires. L'Évangile est d'un tel prix que l'on gagne à se défaire de tout son avoir pour le posséder. Les Pères ont expliqué ces images : le trésor, c'est le Christ, caché dans le champ de l'Écriture. Le Christ, c'est aussi l'image de notre vrai Soi, l'image intacte de Dieu en nous, enfouie dans un terrain d'apparence insignifiante. Pour le trouver, il nous faut creuser cette terre, fouiller la fange de notre existence ; mais pour celui qui trouve le contact avec ce noyau divin, au plus profond de son être, tout le reste n'a plus d'importance et il peut s'en défaire : il a trouvé la vraie vie.

La perle a, elle aussi, souvent été identifiée au Christ par les Pères. De même que la perle se développe dans la coquille de l'huître, le Christ naît du sein virginal de Marie. Dans la mythologie grecque, la déesse de l'amour, Aphrodite, naissait elle aussi dans un coquillage; ainsi le Christ, l'amour fait homme, surpasse la déesse grecque. De même que la perle dans l'huître, la divinité du Christ est dissimulée dans la chair, y compris dans la nôtre. Si je trouve le Christ en moi-même, je découvre la vraie richesse : celle de l'âme, qui égale et dépasse toutes les autres. Je me détache alors de tout ce que j'avais acquis ; je peux l'abandonner pour obtenir la perle précieuse.

La parabole du filet (13,47-50) se trouve, elle aussi, uniquement chez Matthieu. Elle figure le jugement. Le filet représente l'Église: il prend tous les poissons, bons et mauvais. Mais de même que les pêcheurs séparent les uns des autres, à la fin du monde les anges de Dieu trieront les humains. Cette parabole est un avertissement, elle exhorte les chrétiens à tout faire pour être au nombre des bons poissons, car c'est à eux d'en décider. Matthieu ne veut pourtant pas nous présenter l'image d'un Dieu qui punit, mais seulement attirer notre attention sur les conséquences de nos actes ; pour être de bons poissons, nous devons répondre à l'appel de Jésus, et nous engager.

Au verset 13,52, Matthieu dresse une sorte d'autoportrait, en disant : « Aussi tout scribe qui règle sa vie sur le règne des Cieux est-il comme un maître qui tire de son trésor de l'ancien et du nouveau. » II est scribe, homme de culture, il a étudié l'Ecriture sacrée, il établit un lien entre le nouveau message de Jésus et l'Ancien Testament ; le chrétien érudit a pour tâche de déchiffrer l'un à la lumière de l'autre. Le propos de Matthieu est donc d'établir la continuité entre les deux. On irait plus loin encore aujourd'hui en ce sens ; il ne s'agit plus seulement de révéler cette continuité, mais de faire apparaître Jésus comme celui qui incarne et accomplit la sagesse de tous les peuples.


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Modifié le  14-02-2012.