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L'action de grâces de Jésus (11,25-30)

Anselm Grün

Ce discours d'allégresse et l'invitation qu'il adresse à tous les affligés, l'exégèse l'a considéré comme le joyau de l'évangile de Matthieu. Dans la prière qui l'ouvre, Jésus exprime la familiarité de son rapport au Père, le remerciant de s'être révélé par lui, son Fils, aux « simples ». C'est aux pauvres que Jésus annonce le Royaume, aux simples, aux « tout-petits » de la société, aux hommes et aux femmes de Galilée, humbles campagnards, et non à ceux à qui leur culture semblerait donner droit à la connaissance de Dieu. Ces pauvres, Jésus leur fait partager l'intimité de son rapport au Père, celui du Fils unique qui seul le connaît vraiment. L'Église primitive interprète dans un sens mystique la connaissance du Père à travers le Fils : connaître, c'est toujours aimer, s'identifier à l'autre. Entre le Père et le Fils existe un rapport de tendre amour ; le Fils y introduit aussi les chrétiens, il leur fait partager son expérience mystique du Père. Maître Eckhart a donné de ce texte l'interprétation suivante: notre béatitude consiste à connaître Dieu, à devenir un avec lui. La voie de cette union passe par le Fils et par la Parole que le Fils nous a confiée (cf. Luz, 2, p. 216).

L'expérience mystique à laquelle Jésus souhaite nous initier, il la révèle dans l'invitation qu'il adresse à tous ceux qui peinent: «Venez à moi, vous qui êtes inquiets et accablés. Je vous ferai trouver le repos » (11,28). Cette invitation ressemble à certaines paroles de sagesse contenues dans d'autres livres, par exemple celui de la Sagesse de Sirach, plus connu sous le titre d'Ecclésiastique (51,23-29). La sagesse procure le repos, alors que la folie est le lieu du vacarme. La sagesse s'adresse précisément aux simples, et son joug est léger. Matthieu montre ainsi que Jésus est le vrai Maître qui nous donne accès à la sagesse, objet depuis toujours du désir des Juifs comme des Grecs. Il l'incarne dans le monde tout entier. C'est pourquoi nous ne pourrons comprendre entièrement Jésus qu'en envisageant ses paroles dans un dialogue avec les doctrines de la sagesse des autres cultures et de leurs religions.

Jésus s'adresse à ceux qui peinent et portent un fardeau ; cette parole fut diversement interprétée. Les uns pensent que le fardeau, c'est la Loi juive ; or Jésus ne l'a pas abolie mais seulement réinterprétée. En fait, le fardeau sous lequel on ne peut que ployer, c'est l'obligation de toujours agir selon les prescriptions. Saint Augustin comprend cette parole autrement : si dur que puisse être ce qui nous est imposé, l'amour le rend léger (cf. Luz, 2, p. 220). Pour la théologie de la libération, le fardeau, c'est l'exploitation par les puissants et les riches. Pour la psychologie, ce serait la charge des blessures du passé, ou celle de schémas existentiels que nous avons intériorisés, par exemple le fait de chercher toujours la faute en soi-même, de se dévaloriser, de se mettre toujours sous pression. Pour certains, c'est leur piété même qui est devenue une charge. Jésus, lui, ne veut proclamer aucune spiritualité pesante, écrasante ; il nous enseigne un cheminement spirituel qui nous mène à la paix par la réconciliation avec nous-mêmes.

Jésus ne se borne pas à nous promettre la paix de l'âme, il nous montre aussi le chemin qui nous y mène. Il nous enseigne deux attitudes pour y parvenir. La première, c'est la douceur, la patience amicale envers nous-mêmes et les autres. Elle est indispensable : nous devons cesser de nous déchirer. Si nous jetons un regard indulgent sur tout ce que nous découvrons en nous-mêmes dès que nous suspendons nos activités et faisons le silence, nous accédons à la vraie paix. Si au contraire nous combattons avec colère ce qui monte en nous dans ce silence, nous n'y parviendrons jamais.

Seconde attitude à adopter: l'humilité, le courage de descendre dans les profondeurs, dans les abîmes de notre humanité. Jésus est humble en son cœur ; il est descendu dans les entrailles de la terre, mais sans oublier d'y emporter son cœur, il a regardé avec indulgence tout ce qu'il apercevait en lui-même et dans nos profondeurs. Si nous suivons le chemin qu'il a suivi, nous découvrons que son fardeau est léger, que son joug ne nous pèse pas. Loin de nous écraser, il nous redresse, nous libère de la pesanteur et de la dépression, nous offre la légèreté et la liberté. Il veut la miséricorde, non le rite de sacrifice (cf. 9,13 et 12,7, double citation d'Os 6,6). Le chrétien ne doit pas devenir la victime des commandements, se sacrifier lui-même sur l'autel du perfectionnisme, mais être miséricordieux envers lui-même. Voilà l'attitude que Jésus cherche à nous transmettre par toutes ses paroles et tout son être.


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Modifié le  14-02-2012.