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La tentation de Jésus (4,1-11)

Anselm Grün

 

Cet épisode dont Marc ne faisait qu'une brève mention, Matthieu le développe en récit d'une tentation qui nous concerne aussi. Jésus y apparaît comme le vrai Fils de Dieu, obéissant et fort devant la tentation de se servir de sa filiation à des fins personnelles. Matthieu montre que Jésus est devenu pleinement homme, subissant comme nous toutes les tentations. C'est l'Esprit lui-même qui le mène au désert, royaume des démons, et Jésus y affronte la solitude en toute conscience. En associant le jeûne à son séjour dans le désert, il intensifie la confrontation avec l'inconscient, avec les démons et les tentations qui montent en nous dans une solitude et une privation qui nous laissent sans défense. Le tentateur, c'est le diable, le diabolos, celui qui divise et sème le désordre ; celui qui, selon Matthieu, égare la pensée des hommes, infiltre dans la piété de leur discours des motivations égocentriques, destructrices, et mêle le mal au bien. Il utilise les paroles de la Bible en un sens qui n'a plus rien à voir avec l'Écriture sacrée. Il la détourne à ses fins démoniaques.

La première tentation est celle de la consommation sans limites. Elle consiste moins aujourd'hui à tirer de toutes choses une nourriture pour le corps, que bien davantage à tout traiter comme objet de consommation, jusqu'aux choses sacrées. Tout doit nous profiter, même la foi, même la prière, tout est évalué en fonction de son utilité et de la satisfaction des besoins que nous nous créons. Nous ne savons plus laisser le sacré être le sacré : intangible, soustrait à notre atteinte. Le diable engage donc Jésus à utiliser sa filiation pour satisfaire tous ses besoins. Mais être Fils de Dieu va bien au-delà de la satisfaction des besoins alimentaires ; Jésus renvoie le tentateur à l'Écriture : «Le pain n'est pas la seule nourriture de l'être humain. Toute parole qui vient de la bouche de Dieu l'est aussi» (4,4). La vraie faim est d'ordre spirituel ; on peut vivre de la Parole, qui est la nourriture de l'âme.

La deuxième tentation est de s'approprier Dieu, d'abuser de lui, de sa Parole, pour intensifier le sentiment que l'on a de sa propre valeur et gagner la considération des hommes. Or, en se servant de Dieu au profit de son ego, l'homme détruit ce qu'il y a en lui de plus précieux. Ce risque est aujourd'hui encore très grand: on enrôle Dieu contre les ennemis que l'on  combat parce que l'on croit avoir raison contre eux. Le diable tente donc Jésus en évoquant le psaume où il est dit que Dieu a commandé à ses anges de le porter sur leurs ailes. Jésus, lui, ne succombe pas à cette tentation ; il la repousse en citant une autre parole biblique :

«Tu n'éprouveras pas le Seigneur ton Dieu» (4,7). Si je me sers de ma démarche spirituelle pour accomplir devant les hommes des tours de force ou développer des facultés qui m'élèvent au-dessus d'eux, alors, selon Jésus, je tente Dieu, j'abuse de lui pour satisfaire mon ego. Bien des choses qui se vendent aujourd'hui sur le marché de la spiritualité comme enrichissement de l'expérience ne font que renforcer l'ego au lieu de l'ouvrir à Dieu.

La troisième tentation est celle de la puissance. Le diable montre à Jésus « tous les royaumes du monde »; il pourrait régner sur le monde entier, s'il se prosternait devant le diable et l'adorait. De nombreux contes illustrent cette tentation, ce pacte par lequel l'homme accroît son pouvoir en se vouant au diable. Or un tel pacte se paie toujours. L'homme y perd sa liberté, souvent aussi sa faculté d'aimer ; il devient froid, son âme meurt. Pour Matthieu, cette tentation est la plus dangereuse. Il décrira Jésus comme celui qui renonce à tout pouvoir et à toute violence, même face à celle des hommes, et qui sauvegarde précisément ainsi sa filiation divine, en faisant confiance à son Père céleste. Jésus écarte cette tentation en citant une parole de Moïse exhortant son peuple, dans le Deutéronome, à servir le vrai Dieu : « Tu ne te prosterneras que devant le Seigneur ton Dieu. Ton maître c'est lui, et lui seul» (4,10). Les paroles bibliques que Jésus oppose au diable sont toutes trois tirées du Deutéronome ; Matthieu montre ainsi que Jésus a connu et dominé les mêmes tentations que le peuple d'Israël lors de la sortie d'Egypte. En y résistant, Jésus devient le fondateur du nouveau peuple de Dieu, qui le suit dans la mise à l'épreuve.

Sur l'ordre énergique de Jésus : «Va-t'en, Adversaire ! », le diable s'éloigne. Pourtant Jésus n'en a pas encore fini avec la tentation, comme Matthieu l'explicite dans deux passages de son texte. Il adressera une seconde fois le même ordre à Pierre qui, essayant de le détourner du chemin de la souffrance (16,23), reprend le rôle du tentateur. Sur la croix, enfin, ce sont ses ennemis qui jouent à leur tour ce rôle. Ils répètent la formule initiale «si tu es fils de Dieu» (4,3), en se moquant de lui: «C'est donc que tu peux te délivrer toi-même ! Allez, fils de Dieu, descends de cette croix ! » (27,40). La croix représente le point culminant de la tentation, mais aussi la victoire définitive sur elle. Quand Jésus avait résisté dans le désert, Satan s'était éloigné et des anges étaient venus le servir. La montagne de la tentation, elle, devient celle du paradis. Le paradis, pour nous, est partout où nous résistons à la tentation ; nous éprouvons alors la proche présence aimante et salvatrice de Dieu, symbolisée par les anges. Comme Jésus n'a pas cédé à la dernière tentation, sur la croix. Dieu le transporte au paradis, par la Résurrection, en majesté auprès du Père.


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Modifié le  14-02-2012.