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La redevance du Temple (17,24-27)

Par Anselm Grün

            Matthieu nous rapporte deux scènes concernant les impôts: la redevance du Temple (17,24-27) et l'impôt dû à César (22,15-22), mentionné aussi chez Marc et Luc. Dans le cas de l'impôt dû à César, il s'agit du rapport du chrétien à l'État. Celui-ci n'a pas de pouvoir réel sur l'homme, qui, créé par Dieu, est à son image, lui appartient et doit lui rendre tout ce qui constitue sa personne : sa vie, son cœur, son âme. Le chrétien ne doit rendre à l'État que ce qu'il en a reçu à travers ses institutions: l'enseignement, les soins médicaux, l'administration. Le fondement de cette liberté par rapport à l'État, c'est le fait que l'homme est à l'image de Dieu. Chez Matthieu, cette idée déjà présente dans l'Ancien Testament (Gn 1,27) prend la forme renouvelée de la filiation divine. Fils et filles de Dieu, les chrétiens affirment cette qualité en se sachant engagés avant tout envers leur Père. L'État ne peut étendre le domaine de ses responsabilités au-delà des aspects extérieurs de la vie commune ; les chrétiens doivent l'accepter, sans en faire un absolu.

La redevance du Temple – un « didrachme », destiné à son entretien et recouvré par les autorités juives – était un impôt spécifiquement juif. Dans l'esprit des rabbins, il avait une valeur propitiatoire ; il attestait que l'on prenait au sérieux le Temple et la Loi et que l'on en attendait le salut. Les collecteurs de cet impôt ne s'adressent pas directement à Jésus; à l'évidence, ils n'osent pas en discuter avec lui. Ils se tournent donc vers Pierre, qui représente ici, encore une fois, les disciples et la communauté des chrétiens. A ceux qui lui demandent si son maître s'acquitte de la redevance, Pierre répond affirmativement. Mais ensuite Jésus, pour l'instruire, lui pose une question singulière: «Dis-moi, Simon, selon toi, de qui les rois perçoivent-ils les taxes et les impôts ? De leurs fils ou des étrangers ? » (17,25). Pierre n'a qu'une réponse à donner: «Des étrangers. » II est logique que les rois ne prélèvent pas les impôts sur leurs propres fils ; Jésus en conclut que « les fils sont donc exempts » (17,26). Cette courte phrase montre comment Jésus considère les disciples, et comment, à sa suite, Matthieu conçoit l'existence du chrétien et celle de la communauté ecclésiale. En tant que fils ou fille de Dieu, le chrétien est libre et ne doit aucun impôt au Temple ; il est libre par rapport au Temple, à la Loi, à tout le rituel et à la mesquinerie des petits commandements à observer. Pour Jésus, à l'évidence, l'homme est libre par essence et ne doit pas se laisser réduire à cet esclavage. Certes, les rites et les commandements peuvent l'aider à exprimer sa relation à Dieu, mais l'homme n'est pas fait pour le Temple et la Loi ; créature et même enfant de Dieu, il est libre. L'Église n'a guère insisté sur cette liberté, et c'est pourquoi cet épisode n'a pas joué un grand rôle dans l'histoire de l'exégèse.

Matthieu a placé cette scène juste avant la description de l'ordre et de la vie en communauté, indiquant par là comment il conçoit la communauté et l'Église : leurs membres sont de libres enfants de Dieu, qui ne doivent pas se laisser enchaîner de nouveau par l'étroitesse des commandements. La Parole de Jésus reste un aiguillon pour l'Église, une incitation à se reconsidérer elle-même. En effet, elle n'a cessé de retomber dans les vieux schémas de pensée que Jésus avait dépassés, comme le montre cette scène ; elle a sacralisé ses propres lois comme si elles avaient exprimé la volonté de Dieu ; elle a fait craindre aux hommes de ne pas parvenir jusqu'à Dieu s'ils n'obéissaient pas aux commandements qu'elle édicté. Agissant ainsi, elle a commis un contresens radical sur l'intention de Jésus, dont le message proclame la liberté du chrétien: celui-ci n'a pas besoin d'observer les commandements pour être fils ou fille de Dieu, il l'est naturellement et n'est donc pas tenu de le mériter. Cependant, quand les enfants de Dieu veulent vivre ensemble, ils ont besoin de règlements pour mettre de l'ordre dans leur communauté, mais ces règlements ne doivent pas avoir valeur de loi. Tout groupe, qu'il soit Église, entreprise, équipe soignante, communauté spirituelle, court le risque de se vouer à une idéologie ; on se retranche alors derrière de nobles idéaux, et l'on oublie qu'être ensemble implique des conflits et des affects qui rendent souvent la vie commune difficile. Se dissimuler derrière une idéologie asservit les hommes en les soumettant à des normes ou des principes. Jésus désire que les hommes soient libres et que tous les règlements qui organisent leur vie collective émanent de leur liberté.

Quand l'être humain est vraiment libre, il peut se plier à des contraintes extérieures sans perdre ni sa dignité ni sa liberté. Jésus le manifeste en engageant Pierre à aller à la pêche ; dans le premier poisson qu'il prendra, il trouvera une pièce de quatre drachmes avec laquelle il paiera la redevance du Temple pour lui-même et pour son maître (17,27). Ainsi, dit-il pour expliquer
ce geste, ils ne scandaliseront personne. Certains prendront notre liberté pour de l'arbitraire, de l'anarchisme, aussi est-il plus sage de se soumettre à certains règlements, spontanément et non par peur d'être puni ou de ne pas « faire son salut ». Cette petite scène délivre une leçon fondamentale : dans la vie communautaire, la liberté du chrétien doit se manifester ; il ne se demandera pas avec angoisse s'il sera sauvé ou non, il est d'ores et déjà dans le salut, déjà auprès de son Père, mais sa liberté même implique qu'il soit disposé à s'intégrer à la communauté et à ses structures.


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Modifié le  14-02-2012.