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La parabole du festin nuptial (22,1-14)

Par Anselme Grün

Martin Luther ne prenait pas volontiers cette parabole pour sujet de sa prédication ;  il a parlé d'un « évangile de terreur» (cf, Luz, 3, p. 243). Pour lui, ce Dieu courroucé qui rejette les invités dans les pires ténèbres ne peut tout de même pas être le Père de Jésus Christ. Pas plus que le précédent, ce récit ne nous laisse en repos ; il déclenche une réflexion qui doit aboutir à changer notre façon de penser et à une transformation intérieure. Une parabole, disent les linguistes, est un langage porteur d'événement; si nous entrons dans le jeu, quelque chose se passe en nous, nous verrons différemment la vie, Dieu et l'homme.

Parmi les diverses interprétations de cette parabole, la plus courante la rapporte à l'histoire du salut. Ce roi qui invite au repas de noces de son fils, c'est Dieu qui envoie Jésus sur la Terre pour célébrer ses noces avec l'humanité. Les serviteurs qui lancent les invitations, ce sont les prophètes ainsi que les messagers de la foi chrétienne. Pour un auditeur juif de l'époque, il est extrêmement grossier de ne pas répondre à une invitation qui représente un tel grand honneur ; en outre, elle a été faite longtemps à l'avance, ce que les serviteurs rappellent en disant que tout est prêt et que c'est le moment de venir. Dieu est patient ; il envoie ses serviteurs une deuxième fois : qu'ils allèchent les invités en leur décrivant tous les préparatifs et les délices qui les attendent. Mais les invités n'en ont cure. Ce ne sont ni des pharisiens ni des Juifs en général, mais des hommes qui ne répondent pas à l'appel des prophètes et des messagers de la foi, parce qu'ils attachent plus d'importance à leurs biens (leurs champs), leurs affaires, leurs succès. Que certains invités tuent les serviteurs, voilà qui nous paraît exagéré ; Jésus fait pourtant là allusion au meurtre des prophètes, si courant dans l'histoire d'Israël; plus d'un avait été mis à mort parce que sa parole réclamait la conversion et dérangeait donc les gens dans leur autosatisfaction. Le fait que le roi envoie son armée massacrer les meurtriers semble peu compatible avec l'histoire de l'invitation ; on peut supposer qu'est évoquée là la destruction de Jérusalem, que Matthieu considère comme le châtiment dû au rejet de Jésus. Le roi envoie alors ses serviteurs une fois encore, à travers tout son royaume, inviter tout le monde, les bons et les méchants. Dans l'Église, il y a donc les deux réalités et tous sont invités ; pour accéder au Royaume des cieux, nulle condition sociale ou morale n'est requise.

Vient alors la péripétie qui fâche beaucoup de gens. Le roi examine les convives, et voit que l'un d'eux ne porte pas la « tenue de noces ». Pour certains exégètes, cette tenue serait un cadeau reçu, l'usage en Israël étant de donner aux invités un vêtement approprié. Ce vêtement, ce serait alors le don de la foi ; cette interprétation est surtout celle du protestantisme. Or, selon Ulrich Luz, elle n'est pas défendable du point de vue exégétique. Dans l'Antiquité, on était tenu de se présenter, lors des noces, avec un vêtement propre mais non en habit de cérémonie : il suffisait donc de laver sa tunique. Les Pères de l'Église ont proposé diverses interprétations : le caractère sacré de la chair (Tertullien), les bonnes œuvres (saint Jérôme), l'amour (saint Augustin), ou encore le Christ, que les baptisés revêtent comme une tunique. La parabole signifie probablement que l'invitation est un pur cadeau, mais que l'invité est tenu d'apporter sa contribution en lavant son vêtement, c'est-à-dire en s'efforçant de mener une vie pure. En outre, le cadeau appelle une réponse ; je ne le prends au sérieux et ne respecte le donateur que si j'y réponds par mon existence tout entière. Le festin auquel prennent part aussi bien les mauvais que les bons, c'est l'image de l'Église, qui comprend toujours les uns et les autres; elle n'est jamais pure, mais toujours mêlée ; le pécheur y a sa place, à condition qu'il s'efforce de nettoyer son vêtement. Qui ne répond pas au don de la grâce est rejeté dans les ténèbres extérieures : c'est l'image du jugement dernier.

On peut cependant aussi interpréter cette parabole comme une image du chemin de l'individu vers la véritable humanité. On pourrait dire que cette interprétation à l'échelle individuelle, celle du sujet, relève de la psychologie des profondeurs. Elle remonte en fait à Origène, qui la place à côté de l'interprétation portant sur l'Église. Les deux sont fondées. Origène comprend la parabole comme représentant « la communauté créée par les noces spirituelles entre le Logos, le fiancé, et l'âme, la fiancée» (Luz, 3, p. 247). En rencontrant le Logos, l'âme accède à l'immortalité. La rencontre authentique et la réalisation de l'unité avec le Logos s'accomplit dans la contemplation, la vision de Dieu opérée par l'Esprit. Interprétée de la sorte, la parabole présente un sens tout à fait actuel pour chacun. Elle décrit le cheminement intérieur vers l'humanité et vers l'union à Dieu. Chacun de nous est invité au festin de noces ; notre vocation de chrétien ne consiste pas simplement à respecter les commandements, mais à répondre à l'invitation. Le but de notre vie est l'humanisation, qui nous unit au noyau divin en nous : le Soi. Souvent, nous nous désintéressons de l'invitation; la première fois, nous entendons à peine les appels légers de notre cœur. Nous soupçonnons bien que notre vraie vocation est de nous laisser plonger dans le sein de Dieu, mais la voix est si faible qu'elle ne parvient pas à notre conscience. Ou bien - et c'est la deuxième invitation - nous avons en tête des préoccupations qui nous importent davantage : accroître nos biens, courir après le succès, vaquer aux affaires quotidiennes. Parfois, nous allons même jusqu'à étouffer en nous ces appels ; ils nous sont désagréables, ils ne nous laissent pas de repos, et nous les masquons par nos activités, ou nous les empêchons tout simplement de nous parler.

Celui qui tue les serviteurs envoyés par le roi, c'est l'ego. Il ne veut pas se laisser perturber dans ses entreprises égocentriques. Mais le roi envoie encore une fois ses serviteurs ; tout, en nous, est invité. Ceux qui sont là au bord des chemins, ce sont les pauvres. La pauvreté en nous est plus ouverte à Dieu que le succès. Les serviteurs sont chargés d'aller partout dans le royaume, jusqu'au bout des routes. Toutes les régions de notre âme, toute l'histoire de notre vie, même les zones marginales de notre inconscient : tout en nous est appelé à s'unir à Dieu, rien n'est exclu, pas même le mal. C'est là un message réconfortant. La seule condition que Dieu nous pose, c'est de faire honneur à son invitation, de lui ouvrir tout ce qui est en nous. Le vêtement de noces signifie pour moi que je respecte le roi qui m'invite, que je traite avec soin tout ce que j'ai, si pauvre et si abîmé que ce soit, et que je l'associe à la fête. Il s'agit d'être attentif et prudent. Je n'ai pas à extirper le mal en moi, mais à le percevoir et à le revêtir de la tunique de l'amour. Je dois poser sur tout ce qui est en moi un regard aimant et le présenter ainsi à Dieu ; alors il m'est permis de participer au banquet nuptial et, tel quel, de m'unir au Père. Mais si je me traite moi-même avec légèreté, dans mon être et mon avoir, je serai rejeté, chassé de mon centre, plongé dans les ténèbres intérieures et déchiré par ce que je n'aurai pas voulu voir: c'est ce que signifient les pleurs et les grincements de dents. Si je ne suis pas prêt à regarder ma vérité en face et à l'offrir à Dieu, elle me brisera, et ma vie ne sera plus qu'une plainte. Le mal en moi deviendra source d'affliction, de désespoir et de non-sens.

Dans son interprétation de cette parabole, Matthieu met l'accent sur la prépondérance de la grâce sur tout effort humain. En même temps, il exhorte l'homme à répondre à l'appel, à prendre au sérieux le mystère de la grâce, à se faire disponible en réformant ses actes et son état d'esprit. On voit se dégager, une fois encore, l'image que Matthieu donne de l'être humain et de l'Église: celle-ci n'est pas une communauté de parfaits, elle comprend des bons et des méchants, des forts et des faibles, des êtres conscients et d'autres qui ne le sont pas. Il n'est pas de son ressort, ni donc de celui de ses dirigeants, d'exclure quiconque du festin des noces ; c'est le roi, c'est Dieu lui-même qui le fera à la fin des temps. De même que l'Église, l'individu est ambivalent, rempli d'oppositions: bien et mal, lumière et ombres, disponibilité et refus. Matthieu nous exhorte à prendre conscience de ce qu'il y a en nous et de le revêtir de la tunique que Dieu nous offre : un amour inconditionnel qui nous accepte tels que nous sommes. Si, le refusant, nous continuons à vivre dans l'inconscience, alors nous refusons la vie ; nous ne sommes plus qu'autodestruction, pleurs et grincements de dents.


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Modifié le  14-02-2012.