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Ascendance, naissance
et enfance de Jésus (1-2)

 Anselm Grün

Matthieu ne commence pas son récit, comme Luc, par l'enfance de Jésus, mais par sa généalogie : « Livre des origines de Jésus ». Il se réfère ainsi à Genèse 2,4 : «Enfants du ciel et de la terre à leur création/Le jour où Yhwh Dieu fait la terre et le ciel », pour évoquer le mystère du Messie. Il tient à expliquer le comment et le pourquoi de sa venue. L'histoire d'Israël débute par la promesse faite à Abraham : « Par toi sont bénies toutes les familles de la terre» (Gn 12,3). En Jésus, cette histoire s'accomplit et Dieu crée un nouveau commencement. De même qu'il avait créé au tout début le ciel et la terre, de même il a créé en Jésus l'Homme qui est le sens et le but de la Création. La promesse est tenue : cet Homme deviendra la bénédiction de toute l'humanité future.

Depuis toujours, les exégètes se sont demandé ce que signifient les quatre femmes nommément citées dans cette généalogie : Tamar, Rahab, Ruth et Bethsabée, la femme d'Urie. Tamar était la belle-fille de Juda; se sentant injustement traitée, elle se fit passer pour une prostituée pour s'unir à lui. Rahab était la prostituée qui permit aux Israélites de conquérir Jéricho. L'exégèse ancienne considérait ces quatre femmes comme des pécheresses, mais elle exprimait plus le préjugé des exégètes que l'intention de l'évangéliste. Toutes les quatre sont des étrangères : Matthieu montre ainsi dès le début que Jésus accueille l'humanité tout entière et offre aussi le salut aux païens. Ces quatre femmes en évoquent une cinquième: Marie, qui n'a pas plus que les autres sa place dans la généalogie, car l'arbre aboutit à Joseph et non pas à elle ; mais il est dit que d'elle «Jésus, dit le Christ, fut conçu» (1,16). En tant que cinquième, elle représente l'aboutissement de ce qui s'esquissait dans les quatre précédentes. C'est par les femmes que Dieu élargit la lignée, dérangeant la succession régulière. Ainsi se manifeste sa surprenante intervention, qui ignore les critères humains, et il apparaît que le Christ a recueilli et sauvé l'histoire tout entière, avec ses errances et ses vicissitudes. En Marie culmine l'étonnante action de Dieu: au milieu même de l'histoire, où se mêlent salut et perdition, il pose un nouveau commencement. Une interprétation symbolique est aussi possible : ces cinq femmes correspondent aux cinq livres de Moïse ; cinq est le nombre de Vénus, la déesse de l'amour, et l'amour est l'accomplissement de la Loi. Quatre pas mènent l'évolution du monde minéral au monde humain, à travers le règne végétal et le règne animal ; un cinquième pas mène au divin. En Marie, l'humanité se dépasse et atteint Dieu, qui se fait lui-même homme en elle.

Matthieu a habilement organisé son arbre généalogique : il comporte trois fois quatorze générations. Ces deux nombres aussi sont symboliques : le chiffre trois est celui de la perfection, quatorze celui de la guérison et de la métamorphose. Babylone avait quatorze dieux secourables. La naissance de Jésus affranchit les hommes de leurs déchirements et crée un lien entre eux ; en entrant dans leur histoire, qui fut trop souvent l'histoire de leur malheur, il la guérit de ses maux. Ces trois groupes de quatorze marquent les temps forts de l'histoire du salut: l'apogée avec David, la chute avec l'exil, et enfin l'accomplissement avec la venue de Jésus Christ. Toutes les vicissitudes de l'histoire d'Israël aboutissent à lui. Il les transfigure.

Cet arbre généalogique est suivi de cinq récits rapportant les circonstances de la naissance de Jésus et l'histoire du nouveau-né. Là encore, le nombre cinq apparaît comme principe organisateur, ce nombre évoque l'accomplissement de l'humanité. En Jésus, l'homme aliéné à lui-même par le péché recouvre la santé et la complétude. Matthieu raconte la naissance de Jésus sur fond d'allusions bibliques: Jésus est le nouveau Moïse, qui accomplit la parole que celui-ci, citant Yhwh, avait adressée à Israël : « Du milieu de leurs frères, je m'en vais faire se lever pour eux un prophète comme toi. Je placerai mes paroles en sa bouche et il leur fera part de tout ce que je lui aurai ordonné» (Dt 18,15). Matthieu ne se contente pas de raconter l'histoire, il l'interprète par rapport à l'Ancien Testament.

Le parallèle avec les récits concernant la naissance de Moïse, tels qu'ils étaient largement répandus en Israël au temps de Matthieu, commence avec le souci que cause à Joseph sa fiancée, Marie, quand il constate qu'elle est enceinte (cf. Limbeck, p. 33). La grossesse hors mariage était punie de mort par lapidation. Or Joseph, qui est un juste, n'obéit pas aveuglément à la Loi ; il fait preuve de miséricorde, thème important pour Matthieu. Si Joseph ne s'était soucié que d'observer la Loi, il aurait dû provoquer la lapidation de Marie. Or il ne veut pas respecter uniquement la Loi, mais aussi l'être humain; il représente un courant pharisien qui associe la justice et la miséricorde. Il se propose donc de répudier Marie «sans bruit», faisant droit à l'une et à l'autre. Mais tandis qu'il se livre à ces réflexions humaines, il voit venir à lui en songe un ange qui lui explique ce qui s'est passé, qui dépasse son entendement : l'intervention du Saint-Esprit. Ce rêve fait apparaître Joseph comme un homme pieux, que l'ange initie aux mystérieux desseins que Dieu forme pour son peuple. L'enfant de Marie aura une grande importance pour ce peuple tout entier. Joseph est donc invité à accueillir Marie et assumer la paternité conformément au droit juif.

L'ange révèle le mystère de l'enfant: il procède de la création divine, de l'action du Saint-Esprit, mais Joseph sera son père selon la loi et devra donc lui donner son nom : Jésus, « et il libérera son peuple égaré» (1,21). Le «peuple» ne désigne pas seulement Israël, mais l'humanité tout entière et donc les païens. Fils de David, Jésus se constitue un nouveau peuple qu'il libérera des liens du péché. D'emblée apparaît ici un thème important de l'évangile de Matthieu: Jésus n'annonce pas seulement le pardon de Dieu, il a le plein pouvoir de remettre lui-même les péchés qui éloignent de Dieu.

En Jésus, c'est la promesse messianique qui s'accomplit: «Elle mettra au monde un fils. Il recevra le nom d'Emmanuel, qui veut dire Dieu est avec nous» (1,23, cf. Is 7,14). Ainsi se réalise ce que Dieu avait toujours promis par ses prophètes : la reconstruction de Jérusalem, la fin de l'ordre ancien et l'avènement d'un ordre nouveau. Dieu sera présent parmi nous, non seulement en Jésus vivant mais encore en Jésus glorifié, jour après jour jusqu'à la fin du monde. Sa naissance marque le début d'un processus de rédemption qui se poursuivra jusqu'au terme de l'histoire. En Jésus, Dieu a accepté d'être à tout jamais présent parmi nous. Dans sa présentation des origines de Jésus, Matthieu relie le commencement et la fin. Ce qui a débuté à la naissance de Jésus est confirmé dans le discours d'adieu du Christ ressuscité : « Quant à moi, je suis avec vous, chaque jour, jusqu'à la fin des temps » (28,20).

Le soin que Matthieu apporte à l'articulation de son texte se manifeste aussi dans l'épisode de l'adoration des mages. Ils se prosternent devant l'enfant divin, comme le feront les disciples devant le Ressuscité.

L'histoire des mages venus d'Orient a toujours été populaire. Il s'agissait à l'origine de prêtres perses, qui étaient en même temps des astrologues, des devins, et des sages disposant d'un savoir surnaturel. Ils ont vu une étoile. Les astronomes font état d'une conjonction de Jupiter et Saturne dans la constellation des Poissons, en l'an 7 avant notre ère. Jupiter étant l'astre de la royauté et Saturne celui de la Palestine, les astrologues babyloniens pouvaient très bien voir là le signe d'une naissance royale en Israël. Ils se rendent alors à Jérusalem et demandent : « Où est le nouveau-né, roi des Juifs?» (2,2), attribuant au nouveau-né le même titre qui sera donné au Crucifié - signe éclatant de l'art de la composition chez Matthieu. Ces sages étrangers reconnaissent en Jésus le roi des Juifs, et l'adorent; son propre peuple, lui, le livrera aux Romains, précisément parce qu'il est son roi.

Les mages rencontrent le roi alors en fonction, un tyran cruel qui fit exécuter ses propres fils, soupçonnés de le trahir. Jérusalem attend avec espoir le roi qui doit venir ; le puissant Hérode a peur du nouveau-né. Ces thèmes légendaires ont été repris par Jean-Sébastien Bach dans son Oratorio de Noël. Bach fait chanter le soprano sur les paroles suivantes : « Un simple signe de la main renverse le pouvoir impuissant des hommes. Toute force devient dérisoire ! » La légende a surtout brodé autour de la figure de ces trois étrangers, de leur biographie, et elle a identifié leur cheminement à notre pèlerinage à travers la vie. Tout comme eux, nous suivons l'étoile de notre aspiration : elle se lève à l'horizon de notre cœur pour nous conduire au but, après maints détours, jusqu'à la maison où nous serons vraiment chez nous. La légende a changé les trois mages en rois, un jeune, un vieux et un noir. L'être humain doit se mettre tout entier en chemin pour trouver l'enfant dans la crèche et l'adorer. S'étant prosternés devant l'enfant, les mages ont atteint le but de leur pèlerinage et de leur vie.

Les trois rois ouvrent les « cassettes » renfermant leurs trésors, et offrent au nouveau-né de l'or, de l'encens et de la myrrhe. L'or et l'encens correspondent aux dons mentionnés par Isaïe (60,6) ; ces trois substances étaient offertes au dieu Soleil. En Jésus Christ, le vrai Soleil s'est levé, la lumière du monde. Les Pères de l'Église ont donné une interprétation symbolique de ces cadeaux : l'or est reconnaissance de l'enfant dans la crèche en tant que vrai roi, l'encens est offert à sa divinité, et la myrrhe évoque sa mort sur la croix. On peut également dire que ces trois dons représentent ceux que nous devons faire à Jésus. L'or représente notre amour, l'encens notre ardente aspiration, et la myrrhe nos souffrances et nos blessures. Tout cela, nous le possédons, il nous suffit de l'apporter à la crèche; nous ne sommes pas tenus d'accomplir de grandes actions. La myrrhe n'évoque pas seulement la souffrance mais aussi, en tant que plante médicinale, la guérison de nos blessures. Quand nous nous présentons tels que nous sommes à l'enfant divin dans sa crèche, nos blessures se ferment et notre désir atteint son but. Nous ne sommes pas seuls à apporter l'amour : par l'enfant, nous faisons l'expérience de l'amour incarné de Dieu ; en ce monde où nous sommes des étrangers, où nous n'avons pas de toit, il nous permet de nous sentir chez nous, dans notre pays.

La fuite en Egypte et le massacre des Innocents, ordonné par Hérode, montrent que Matthieu raconte la naissance de Jésus en parallèle à celle de Moïse. Moïse aussi est sauvé de la persécution de Pharaon, qui avait décidé de faire mourir tous les enfants mâles des Hébreux. Hérode était, en effet, inquiet de la prophétie de ses astrologues annonçant la naissance d'un libérateur d'Israël. Comme Moïse, Jésus est obligé de fuir à l'étranger jusqu'à ce que Dieu le rappelle. Certes, l'Egypte était le refuge des Israélites, mais aussi le pays des sorciers. Certains écrits juifs reprochent à Jésus d'avoir appris en Egypte la sorcellerie; selon d'autres, il aurait aussi recueilli la sagesse de ce pays et l'aurait associée à la tradition juive. Jésus ne naît pas dans un monde intact; autour de lui, il n'y a que meurtres, violences, intrigues des puissants, bannissements et malheur. Il est obligé de fuir à l'étranger et d'y vivre en réfugié - nous dirions aujourd'hui: en demandeur d'asile, dans un monde qui fait penser au nôtre. Il a vécu entièrement la condition humaine, ses succès, ses abîmes, il a tout assumé, et c'est pourquoi il a pu tout sauver.

Cette préhistoire, si l'on peut dire, s'achève sur l'ordre que l'ange donne à Joseph de s'installer à Nazareth. Nazareth était un endroit insignifiant en Galilée, région où se mêlaient les populations juive et païenne. Le choix d'un tel lieu montre déjà à lui seul que Jésus se saura envoyé pour tous. Matthieu commente alors : « On l'appellera le Nazôréen » (2,23). Les exégètes ne sont pas d'accord entre eux : faut-il voir là le simple rappel de son origine, ou bien un sens profond ? L'interprétation qui vient d'abord à l'esprit est de rattacher « Nazôréen » au mot hébreu nezer, le « rejeton sorti de la souche de Jessé» annoncé par Isaïe (11,1). Israël est semblable à la souche d'un arbre abattu ; ce peuple s'est égaré sur le chemin qu'il suivait avec Dieu, mais c'est précisément là où les hommes sont à bout que Dieu crée un nouveau commencement. Ce rejeton portera des fleurs et des fruits, il rendra la jeunesse à une humanité rénovée. Pour Matthieu, ce nom, Nazôréen, signifie que Jésus est le vrai Messie, et il explique pourquoi le Messie, à rencontre des attentes juives, vient de Nazareth ; il ne fut pas donné au seul Jésus, mais aussi aux chrétiens qui l'ont reconnu comme le Messie.


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Modifié le  14-02-2012.