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Les trois annonces de La Passion

( Marc 8, 31-33; 9, 30-32; 10, 32-34)

Par Anselm_Grün

Dans la deuxième grande section de l'évangile de Marc (8, 27 -10, 52),  Jésus est en route vers Jérusalem.  Il n'est plus le guérisseur dont le pouvoir accomplit de grandes actions, mais le maître qui instruit ses disciples.  Il les instruit sur sa destinée et le mystère de sa personne, ainsi que sur ce qu'ils auront à faire après lui.  Toute cette section est articulée par trois annonces de la Passion et de la Résurrection, et nous enseigne à nous aussi ce que doit être une vie chrétienne.

Marc a mis la première annonce en rapport avec la profession de foi de Pierre (8, 27-30), voulant indiquer par là comment nous devons voir en Jésus le Messie.  Envoyé par Dieu pour parler de lui avec autorité et délivrer les humains du pouvoir des démons, il tombe lui-même entre leurs mains et ils le tuent.  Mais c'est précisément ainsi qu'il surmonte le mal pris à sa racine.  Marc montre comment il comprend Jésus enseignant avec autorité, comment ce pouvoir plénier se perd dans l'impuissance et manifeste par là même sa plénitude. Jésus doit souffrir beaucoup (8,31).  En référence à Isaïe 53,4, on pourrait dire que «ce sont nos tourments qu'il porte» ; la volonté de Dieu est que, représentant l'humanité, il en partage le destin et la sauve.  Marc énumère ensuite les groupes qui sont responsables de sa mort. Il est «rejeté par les anciens, les grands prêtres et les lettrés» (8,31).  Les anciens, ce sont les représentants de l'aristocratie laïque, les grands prêtres figurent l'ensemble du clergé juif, et les lettrés (ou scribes) sont les docteurs de la Loi.  Les pharisiens n'apparaissent pas ici; dans les controverses ils sont souvent, contre Jésus, des interlocuteurs qui l'aident à définir clairement sa propre position, mais non des adversaires acharnés à sa perte.  Il est donc «rejeté» ; le même mot grec peut signifier « méprisé », ce qui renvoie aussi au chant du Serviteur (Is 53, 3).  Ces souffrances de Jésus manifestent l'intention salvatrice de Dieu ; ce mépris décrit la destinée que les hommes lui réservent (Grundmann, p. 219).  Jésus exauce l'aspiration du peuple juif à voir, un jour, un serviteur de Dieu s'élever, porter ses maux, se charger de ses souffrances et, par ses blessures, le guérir (cf. Isaïe 53,1-12).

Les deux autres annonces de la Passion répètent la première en des termes presque identiques, et pourtant chacune apporte une accentuation nouvelle.  En 9,31, Jésus dit que «le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes » : parole énigmatique fondée sur un jeu de mots entre fils de l'homme et mains des hommes.  L'énigme consiste en ce que Dieu lui-même livre et abandonne le Fils de l'homme : ayant pleins pouvoirs, celui-ci s'engage pour les hommes et tombe entre leurs mains.  

Le mystère de Dieu nous reste d'abord incompréhensible et détruit les images que nous avons de lui ; il faudra l'Évangile pour montrer que ce Dieu veut le salut de l'humanité, et que sur la croix il élèvera son Fils, qu'il sacrifie, puis le fera trôner à sa droite.

La troisième annonce de la Passion est la plus détaillée.  Marc dépeint d'abord la situation dans laquelle se trouve Jésus au moment où il parle.  Il chemine vers Jérusalem et vers sa Passion ; « Jésus marchait en tête, devant ses disciples troublés. Ceux qui les suivaient avaient peur » (10,32).   Les gens sentent qu'il se passe quelque chose qui va bouleverser complètement les images qu'ils ont d'eux-mêmes et de Dieu.  Jésus répète ensuite ce qui va lui arriver ; on apprend maintenant dans quelles mains il va tomber : celles des grands prêtres et des lettrés, qui le livreront aux Romains.   Ceux-ci, des païens, «le tourneront en dérision, cracheront sur lui, le fouetteront et le tueront» (10, 34).  Le «mépris» de la deuxième annonce s'accentue ; le pire mépris dont on puisse accabler un homme, c'est la dérision, contre laquelle nul ne peut se défendre.   Bafouer quelqu’un, c'est le blesser non dans son corps mais dans son âme, et cette blessure va plus loin.  Cracher sur un être, c'est le traiter comme une ordure, lui dénier toute dignité humaine.  Quant à la flagellation, elle est toujours liée, dans l'Antiquité, à la crucifixion, la condamnation à mort la plus dure et la plus infamante que connaissaient les Romains.  Mais, en croix, Jésus n'est pas anéanti ni privé de sa dignité ; il ne restera pas dans la mort, il ressuscitera le troisième jour.

Les réactions des disciples à ces trois annonces sont chaque fois intéressantes.  La première fois, Pierre adresse de vifs reproches à Jésus ;  il veut le détourner de son chemin de croix.  Pierre pense en termes humains, il n'a pas le moindre soupçon de la volonté de Dieu ;  c'est pourquoi Jésus le traite de Satan et l'écarté (8, 33).  Puis Jésus enseigne à ses disciples, ainsi qu'à tous ceux qui voudront un jour le suivre, la gravité de leur engagement: « Si quelqu'un veut me suivre, qu'il se nie lui-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive.  Qui veut sauver sa vie la perdra et qui la perdra à cause de moi et de l'Évangile la sauvera» (8, 34-35).   Les exégètes interprètent diversement ces propos.  L'explication la plus plausible est que reniement et profession de foi sont inséparablement liés.  Se nier soi-même, cela veut dire prendre du recul par rapport à ses propres intérêts, placer sa foi non pas en soi-même mais en Dieu - un Dieu tout à fait différent des représentations que nous avons de lui.  Certains prédicateurs donnent l'impression qu'ils parlent beaucoup de Dieu, certes, mais en réalité ils parlent surtout d'eux-mêmes, se servant de Dieu pour gonfler leur propre image.  Seul est capable de professer sa foi sans partage au Dieu de Jésus, celui qui renonce à son image personnelle et s'oppose à un moi tout centré sur lui-même.

Rudolf Pesch, en accord avec E. Dinkler, interprète la croix comme signe de la profession de foi en se référant à Ézéchiel 9,4-6, où les fidèles de Yahvé sont marqués d'une croix sur le front en signe de leur foi.  Qui veut suivre Jésus doit professer radicalement sa foi au Dieu qui rend la vie aux morts.  En même temps, la croix est un signe protecteur : qui la porte au front est garanti contre la mort.  L'Église primitive attribuait déjà à la croix cette double signification.

L'interprétation de la parole suivante en découle : professer sa foi en Dieu, c'est sauver sa vie; au contraire, qui se place au centre avec ses besoins, ses illusions sur lui-même et sur sa vie la perdra. C'est ainsi que Jésus interprète le chemin que devront suivre ses disciples à partir de la croix ; le point décisif est de savoir si nous nous cramponnons à nos images de nous-mêmes et de Dieu, ou si nous nous fions au Dieu de Jésus Christ, qui nous dispense la vraie vie à condition que nous nous déprenions de notre vie superficielle.

Après la deuxième annonce de la Passion, les disciples se demandent qui d'entre eux est «le plus grand» (9, 34).  L'incompréhension des paroles de Jésus ne saurait être plus complète : il a dit qu'il serait livré à ses ennemis, et ses disciples, eux, songent à tirer le meilleur profit du Royaume de Dieu. Pendant que Jésus est humilié, abaissé, ses disciples pensent à leur propre grandeur.  Alors qu'après la première annonce l'enseignement portait sur la bonne manière de comprendre la profession de foi au Dieu de Jésus, les conversations portent à présent sur la vie dans la communauté, dans l'Église.  La façon dont les disciples comprennent la mort et la résurrection de Jésus n'est pas sans conséquences sur les relations qu'ils ont entre eux.  Ils ne devraient pas se focaliser sur la question de savoir qui parmi eux est plus grand que les autres ; l'important n'est pas la hiérarchie, c'est le service de Dieu.  Jésus le leur fait comprendre en plaçant au milieu d'eux un petit enfant qu'il embrasse: « Celui qui accueille un enfant, n'importe quel enfant, comme s'il était envoyé par moi, c'est moi qu'il accueille. Et celui qui m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais celui qui m'a envoyé. » (9,37).  Les disciples ne sont pas là pour leur propre compte ; ils doivent être au service les uns des autres, et ils doivent se mettre au service, précisément, des enfants pauvres et démunis (Pesch 2, p. 107).  On peut supposer que Jésus pense ici à l'accueil des enfants abandonnés, orphelins et privés d'assistance (ibid., p. 106).  La croix est le lieu où se décide l'idée que l'Église se fait d'elle-même: elle ne doit pas invoquer avec arrogance ses propres droits, mais se mettre au service des pauvres.  Elle a le devoir d'être ouverte à ceux qui sont en dehors d'elle, et de chasser les démons au nom de Jésus (9,38-41).  

Pour Marc, la croix sur laquelle Jésus meurt pour le monde entier est l'image même de la tolérance que l'Église doit exercer envers tous les humains.  Au lieu de s'arroger l'exclusivité du magistère, elle doit accepter en confiance que d'autres que ses membres comprennent le mystère de Jésus et de son Dieu, et témoignent à leur manière.  La croix a pour fonction de briser l'étroitesse du dogmatisme clérical et d'ouvrir les cœurs à l'amour que Dieu destine à tous.

Cette scène avec l'enfant peut se comprendre encore autrement. Nous devons accueillir Jésus comme un enfant, sans nous servir de lui pour accroître notre propre grandeur, en nous penchant au contraire vers lui pour l'embrasser. Il faut un cœur plein de délicatesse pour comprendre son mystère et le recevoir ; pour traiter un enfant comme il se doit, il faut retrouver en nous-mêmes le cœur de l'enfant que nous avons été, capable de recevoir Jésus avec étonnement et amour. Le message de Jésus ne nous permet pas de nous pavaner aux yeux du monde. Beaucoup de gens nous traiteront dédaigneusement d'enfants parce que, dans un monde où seuls comptent la concurrence et le succès, nous croyons encore au pur amour et que nous misons sur ce Jésus qui, rejeté par les puissants, suit la voie de l'échec.

Après la troisième annonce de la Passion vient l'entretien sur la position hiérarchique des deux fils de Zébédée.  Une fois encore, Marc montre l'incompréhension radicale des disciples de Jésus marchant vers Jérusalem, la mort et la Résurrection.  Ils ne pensent qu'à eux-mêmes, à l'idée qu'ils se font de leur propre chemin (8, 32), à leur grandeur personnelle à l'intérieur de la communauté (9, 34) et à leur hiérarchie interne (10, 37).  Ils restent centrés sur eux-mêmes, leurs besoins, leur vie, leur grandeur, leur pouvoir.  Or la croix, c'est exactement l'inverse : c'est le renoncement à la vie personnelle, l'abandon à Dieu et à sa volonté, conditions d'une vie authentique.


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Modifié le  14-02-2012.