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L'entrée messianique à Jérusalem (Marc 11,1-25)

Par Anselm_Grün

Aussitôt après la guérison de Bartimée, Marc relate l'entrée de Jésus à Jérusalem. Là, Jésus n'accomplira pas de miracles. Par des signes et des paraboles, il expliquera le mystère de sa mort prochaine, et il achèvera sa vie en mourant sur la croix pour les humains : pour ceux qui aspirent à la guérison, mais aussi pour ses ennemis qui le clouent sur la croix. C'est dans cette mort que culmine son action libératrice, que se révèle le sens de son annonce du Royaume de Dieu, et que nous sont enseignées les conditions nécessaires pour y accéder.

Devenu voyant, Bartimée suit donc Jésus ; il nous engage à comprendre le mystère insondable des événements. Il y a d'abord la prescience de Jésus, qui annonce à deux de ses disciples qu'ils vont trouver à l'entrée d'un village un ânon attaché ; ils devront le lui amener. C'est en pleine conscience que Jésus a suivi et suit encore le chemin qui le conduit à la croix, et qu'il accepte tout. Ici, Marc ne cite pas expressément l'Ancien Testament, mais son récit en évoque deux passages: Genèse 49,11 et Zacharie 9,9. Dans Genèse 49,11, Jacob bénit son fils Juda, dont sera issu celui qui portera le sceptre ; dans Zacharie 9,9, il est question du Messie, roi de la paix, qui chevauche un ânon.

Les disciples et tous les gens qui accompagnent Jésus depuis la Galilée étendent leurs manteaux sur le chemin et y répandent des rameaux arrachés aux buissons environnants. Ces deux actes sont caractéristiques du rituel royal : c'est en tant que vrai roi d'Israël que Jésus entre dans Jérusalem. Selon Marc, cette entrée triomphale n'émeut guère la ville, elle n'a de portée que dans le cercle des fidèles. Les disciples poussent le cri d'allégresse juif: «Hosanna! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!» (11,9). Avec Jésus entrant en souverain dans sa ville, c'est le royaume de David qui se réalise, le royaume messianique qu'attendent les Juifs. L'aveugle Bartimée avait déjà nommé Jésus Fils de David; maintenant, les disciples le reconnaissent eux aussi comme tel. Mais la ville de David se ferme à son roi. En criant «hosanna», les disciples appellent les anges à se joindre à leur liesse.

Jésus n'entre pas seulement dans Jérusalem, mais aussi dans le Temple. Là, maintenant seul avec les Douze, il considère ce qui s'y passe. Chez Marc, le Temple est toujours décrit en termes négatifs ; son intention, ce faisant, est de montrer que Jésus vient prendre le relais du culte ancien. Il ne s'agit plus d'offrir dans le Temple des sacrifices purement extérieurs, mais d'y célébrer le service divin par un cœur qui s'ouvre à la volonté et à l'amour de Dieu ; les deux scènes suivantes le montrent avec clarté.

Ces deux scènes, Marc les a imbriquées avec beaucoup d'art, selon la technique dite du « sandwich », qui lui est propre. La première, celle de la malédiction du figuier, pose un problème à certains lecteurs. Sa signification n'apparaît que sur l'arrière-plan de l'Ancien Testament. Jésus ne maudit assurément pas ce figuier parce qu'il est irrité de ne pas pouvoir apaiser sa faim ; il userait mal de son pouvoir, et l'acte serait mesquin. Le figuier richement orné de feuillage mais dépourvu de fruits est plutôt une image d'Israël. Le prophète Michée déplorait déjà de ne pas trouver de fruits sur le figuier parce que les gens pieux et honnêtes avaient quitté le pays (Mi 7,1-2). En mettant la malédiction du figuier en rapport avec la purification du Temple, Marc révèle qu'il ne s'agit pas en réalité de l'arbre, mais bien du Temple, de « l'ordre religieux établi, dont Jésus annonce la fin» (lersel, p. 189). De même que le figuier, le Temple s'est desséché ; il n'est plus le lieu de la prière, de la véritable rencontre avec Dieu, mais un endroit où marchands et changeurs font des bénéfices. Cette attitude critique de Jésus envers le Temple nous invite à nous demander constamment si notre activité religieuse n'est pas devenue elle aussi une activité commerciale. Quand je prie, est-ce que je pense vraiment à Dieu, ou bien est-ce que je l'utilise pour que mes affaires marchent bien ? La prière court toujours le risque de se servir de Dieu. Pour Jésus, la spiritualité n'est à la mesure de Dieu que si elle porte des fruits dont les hommes peuvent se nourrir.

Comme pour illustrer sa parole de malédiction, Jésus entre alors dans le Temple avec ses disciples ; il en chasse « les vendeurs et les acheteurs », renverse les tables des changeurs et explique son acte en combinant deux citations, l'une d'Isaïe (56,7), l'autre de Jérémie (7,11) : «N'est-il pas écrit: Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations ? Mais vous, vous en avez fait un repaire de brigands ! » (11,17). Le Temple n'est pas la propriété des Juifs, il est ouvert aussi aux païens. Jésus pense assurément au temple spirituel dont la vie se perpétue dans la communauté chrétienne, car Marc ne compte pas sur une reconstruction du Temple détruit. Jésus reproche en outre aux grands prêtres et aux chefs du peuple d'avoir profané le sanctuaire. Ce blâme renferme aussi un avertissement aux chrétiens : ils ne doivent pas traiter leur Église comme les grands prêtres ont traité le Temple. Mais les grands prêtres et les scribes, ces lettrés, réagissent en décidant de tuer Jésus. Ils ont très bien compris le signe que révélait son acte : il annonçait la fin de leurs activités douteuses et l'accès du Temple ouvert à toutes les nations. Ils tentent donc de faire mourir Jésus, mais ils ont peur, « parce que son enseignement bouleversait les foules» (11,18). Les actes de Jésus sont de toute évidence compris comme faisant eux aussi partie de cet enseignement. Quand il parle de Dieu, il émeut les gens, comme l'a déjà montré la toute première guérison rapportée par Marc, où l'on voit les démons réagir à sa Parole. Il s'exprime et agit de telle façon que le sens de ce qu'il dit et fait est manifeste. En jetant les marchands et les changeurs hors du Temple, il montre à l'évidence qu'il le considère comme un lieu de prière, l'espace d'un dialogue intime avec Dieu.

Passant le lendemain matin près du figuier, les disciples voient qu'il est vraiment desséché, faisant ainsi percevoir ce qu'il est advenu du Temple et ce qui s'y passait: il est lui aussi «desséché jusqu'aux racines » et ne portera plus de fruits. Jésus profite de cette double expérience faite par les disciples pour leur faire comprendre, en trois paroles, comment il conçoit le véritable Temple, la prière et la piété : trois paroles qui décrivent la spiritualité qu'il attend de ceux qui le suivent.

La première porte sur la foi. Elle ne consiste pas en des actes extérieurs, mais en une confiance totale, inconditionnelle en la bonté du Père du ciel. Qui a cette foi peut ordonner à la montagne de se soulever et de se jeter dans la mer, et elle le fera (11,23). Par cette image, Jésus ne veut assurément pas dire que les disciples doivent accomplir des tours de magie grâce à leur foi. Cette montagne qui se jette dans la mer figure plutôt la montagne de problèmes et de peurs qui nous empêche souvent de voir la réalité telle qu'elle est. Face à la Passion, voici la foi que Jésus attend de nous : même si à force de souffrance tu ne penses apercevoir aucun signe de Dieu, même si tous les plans que tu bâtissais pour ta vie sont contrariés, même si ta vie tout entière menace d'être un échec, pourvu que tu aies cette confiance absolue que Jésus conserve jusque dans sa Passion, alors la montagne qui te masque la vue s'écroulera et se jettera dans la mer. La mer est une image de l'inconscient ; les peurs y reflueront comme elles en sont issues, et la vision s'éclaircira. Le véritable service divin consiste en cette confiance inconditionnelle en ce Dieu qui transforme en victoire jusqu'à sa mort sur la croix.

La deuxième de ces paroles dit la confiance absolue dont doit être empreinte notre prière : « Tout ce que vous demanderez dans la prière vous sera donné si vous croyez déjà l'avoir reçu» (11,24). Cette parole semble en contradiction avec notre expérience ; elle ne signifie assurément pas que tous nos souhaits les plus déraisonnables seront exaucés parce que nous prions Dieu de nous les accorder, mais seulement que notre prière doit être pénétrée de confiance et de foi en Dieu. S'il en est ainsi, nous ne formulerons aucune prière qui contredirait sa volonté ; en priant, nous reconnaîtrons ce qui est vraiment bon pour nous, et que Dieu est déjà près de nous et nous protège. Ce savoir et cette confiance en un Dieu qui dans toute situation, même sur la croix, est là, c'est déjà la réalisation de tous nos vœux, dont le plus profond est précisément cette présence aimante et salvatrice. Si telle est notre foi, nous n'avons plus rien de particulier à demander. Thérèse d'Avila comprenait bien le sens de cette parole quand elle a dit que « Dieu à lui seul suffit». Qui fait en priant l'expérience de sa proximité et de son assistance n'a plus besoin de rien d'autre, ni de prier pour que soient exaucés des souhaits sans nombre.

La troisième parole par laquelle Jésus définit la prière telle qu'il l'entend concerne notre rapport aux autres (11,25). Si nous les en excluons, nous ne prions pas en chrétiens. La prière authentique implique le pardon ; nous ne pouvons vraiment nous présenter devant Dieu que si nous pardonnons à tous ceux à qui nous avons quelque chose à reprocher. Si nous n'y sommes pas prêts, nous risquons, en priant, de nous placer au-dessus des autres ou d'instrumentaliser Dieu. Notre relation avec lui exige que nous apurions nos relations humaines.


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Modifié le  14-02-2012.