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La résurrection de la fille de Jaïre et la guérison d'une hémorroïsse (5,21-43)

Par Anselm Grün

Ces deux histoires habilement imbriquées mettent en scène des cas de problèmes relationnels. La première raconte le devenir d'une jeune fille à qui son père ne prête aucune attention. Ce père est un « chef de synagogue » qui, accaparé par ses responsabilités, ignore sa fille ; elle tombe malade et meurt. À l'évidence, elle ne peut plus vivre. Le père reconnaît qu'en dépit de toute sa piété et de sa position éminente il est impuissant à lui porter secours. Le premier pas de la thérapie consiste donc à s'adresser à un autre ; il tombe aux pieds de Jésus, implorant son secours. Cette démarche est importante : il renonce au pouvoir par lequel il se pensait en mesure de tout régenter, ce qui permet à sa fille d'échapper à l'étreinte mortifère de sa main.

Avant de guérir la fillette, Jésus s'adresse au père qui l'a sollicité. Il sent que sa relation à sa fille est marquée par la peur. Ce père voudrait tout maîtriser lui-même, il lui en coûte de lâcher sa fille pour la confier au pouvoir guérisseur de Dieu. C'est pourquoi Jésus lui dit: «N'aie pas peur. Aie seulement confiance » (5,36). Ce renoncement préalable au pouvoir est indispensable pour que la guérison se fasse. Le père craint pour sa fille, et en conséquence il exerce sur elle un contrôle permanent ; ou bien il met tout en œuvre pour qu'elle corresponde à l'idée qu'il se fait d'elle, il prend part à son développement non pas en lui faisant confiance, mais en voulant la façonner lui-même au lieu de laisser se développer la forme que Dieu a mise en elle.

Jésus se rend près du lit de l'enfant, prend sa main et lui dit : « Taliîha koum ! », ce qui signifie « Fillette, je te le dis, éveille-toi ! » (5,41). En lui prenant la main, il lui communique un peu de la force qu'il porte en lui. Il lui fait confiance : elle saura se mettre debout et suivre son propre chemin. Il ne la retient pas, au contraire il la laisse libre et ordonne qu'on lui donne à manger. Il n'est pas bon qu'on l'entoure de trop de soins, qu'on lui facilite trop l'existence, qu'on écarte d'elle tous les risques; ce qu'il faut, c'est renforcer sa vitalité. Lui donner à manger signifie alimenter ses propres forces, celles de son corps ; c'est ainsi qu'elle pourra vivre.

C'est sur la demande de Jaïre que Jésus se rend auprès de la fillette âgée de douze ans. En chemin il rencontre une femme affligée depuis douze ans d'un « écoulement de sang ». On pourrait dire qu'à douze ans la fille de Jaïre atteint l'âge adulte. Quant à la femme, dont les règles ne cessent pas depuis douze ans, elle a des problèmes avec sa sexualité et sa condition de femme. Ce nombre douze peut aussi être interprété symboliquement. Il exprime la complétude de l'être humain et sa capacité relationnelle. L'homme n'accède à sa vérité que s'il est capable de relations ; or ces deux malades en sont incapables. La fillette s'y soustrait en se pétrifiant dans la solitude de la mort. La femme, elle, voudrait établir des relations, mais elle n'y parvient pas parce qu'elle s'y prend mal : elle ne donne, ne se dépense que pour obtenir qu'on se tourne vers elle. Donner son sang, c'est donner sa force, se vitalité, mais seulement pour être aimée et reconnue des autres, or elle ne fait que perdre des forces ; elle donne beaucoup parce qu'elle a besoin de beaucoup Elle dépense aussi son avoir pour se soigner. La fortune, l'argent, renvoient toujours dans un rêve au> aptitudes et possibilités du sujet. Nous développons tous cette tendance : nous apprenons dans l'effort, mais seulement pour être reconnus par les autres. Ce faisant, nous sentons bien aussi que nous n'y trouvons pas notre compte et que finalement nous nous retrouvons vidés de notre substance.

La situation de cette femme change quand elle cesse de donner et touche simplement le manteau de Jésus : elle prend ainsi quelque chose de lui : sa spiritualité-son rapport avec Dieu. Elle ne donne plus pour recevoir, elle prend seulement ce dont elle a besoin et, prenant l'essentiel, elle reçoit à son tour, elle est guérie. Elle a perçu la force qui émane de Jésus, bien qu'elle n'ait osé l'approcher que par-derrière; maintenant, ce qui était secret doit être abordé en face. Elle doit affronter sa maladie et sa guérison, dire toute la vérité. Elle se sent alors acceptée, non seulement dans son corps mais encore dans tout son être, sa féminité, l'histoire de sa vie. Sentant le rayonnement de Jésus, elle prend confiance et peut lui exprimer ouvertement son tourment. Sa situation n'était assurément pas facile dans une société masculine devenue impure à cause d'elle; celui qui touchait une femme dans cet état devenait lui-même impur et devait de soumettre aux rites de purification. Mais Jésus la relève : « Fille, ta confiance t'a sauvée. Va en paix, sois délivrée de ton fléau» (5,34). En lui adressant ainsi la parole, il ne la traite pas en étrangère, mais établit avec elle une relation de familiarité et lui confirme qu'elle a fait ce qu'il lui fallait faire. Quand elle ne donnait que pour attirer 'attention, elle n'avait pas la foi; elle voulait tout accomplir par elle-même et ne pouvait qu'aller à sa perte. Désormais elle fait confiance à Jésus et prend de lui ce dont elle a besoin pour vivre ; ainsi elle guérit et retrouve sa dignité.


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Modifié le  14-02-2012.