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Pourquoi Jésus parle en paraboles (4,1-34)

Par Anselm Grün

En pleine action, Marc fait une pause et prête à Jésus un long discours. Dans la première partie de l'évangile, pendant que Jésus exerce son ministère en Galilée, il explique en trois paraboles comment comprendre ce qu'il fait. Dans la troisième partie, consacrée à son séjour à Jérusalem, Jésus parle longuement de ce qui va se passer en ce monde à cause de sa mort et de sa résurrection, et de la fin des temps qui s'ensuivra. Le quatrième chapitre est consacré à l'action de Jésus, à ses actes d'autorité, au message qu'il délivre. Jésus est au service de Dieu et répand la semence divine pour qu'elle lève dans les cœurs.

Il explique comment le Royaume vient par sa personne, son action et sa Parole. Mais cette Parole ne rencontre pas chez tous un terrain fertile ; le grain tombe aussi sur le chemin, sur les pierres ou dans les épines. Quand le terrain est fertile, il porte de bons fruits. Jésus explique lui-même à ses disciples pourquoi il s'exprime en énigmes, en paraboles (4,10-12). Seul peut comprendre le Royaume de Dieu celui qui, comme les disciples, est initié à son mystère ; pour les autres, ceux qui restent à l'extérieur, les paraboles ont plutôt une fonction de dissimulation. Cela nous paraît aujour­d'hui singulier, loin de nous, mais Marc explique par ce propos de Jésus pourquoi si peu de gens croient en son message. Pour ceux qui ne se sont pas engagés sur le chemin de Jésus, l'énigme reste entière ; pour nous, cette parole est un encouragement. Bien des chrétiens se désolent que si peu de gens soient accessibles au message. Celui qui n'a pas accédé au Royaume reste sans contact avec son intériorité, avec son âme, ne peut pas comprendre les paroles de Jésus ; elles restent énigmatiques jusqu'à ce que Dieu lui-même touche son cœur et l'ouvre au mystère de la Parole.

Jésus explique à ses disciples la parabole du semeur. La Parole divine s'adresse à quatre types d'hommes. Chez les premiers, la semence tombe sur le chemin ; Jésus dit qu'en ce cas l'Adversaire, Satan, vient et emporte la Parole reçue (4,15). Cela signifie sans doute qu'ils ne lui étaient pas vraiment accessibles et qu'ils ne l'ont pas laissée les pénétrer. Satan est ici représenté par les oiseaux qui picorent le grain, les pensées qui voltigent ça et là en l'homme. Qui est sans cesse occupé par mille pensées ne fait certes pas le mal, mais est incapable de recevoir Dieu. C'est pourquoi l'agitation permanente et superficielle qui perturbe le cœur est en fin de compte de nature diabolique ; ce n'est pas l'être humain lui-même qui vit, mais le démon qui vit en lui.

Chez d'autres, la Parole tombe sur un terrain rocheux : «Quand ils entendent la Parole, ils la reçoivent avec joie, mais ils n'ont pas de racines, ils vivent dans l'instant. Que l'épreuve survienne, ou la persécution à cause de la Parole, aussitôt ils trébuchent sur l'obstacle» (4,16-17). Ces gens s'enthousiasment avec facilité mais sont dépourvus de profondeur ; ils vivent au gré des émotions qui les agitent en tous sens et les déterminent; mis en difficulté, ils n'ont aucune stabilité et tombent dès qu'ils sont bousculés. Ils représentent beaucoup de chrétiens qui se laissent toucher par la Parole, mais en qui elle ne peut pas s'enraciner ; le moindre souffle les abat.

La Parole tombe dans les épines chez ceux qui sont sous l'empire des soucis, d'une richesse trompeuse et de l'avidité, passions qui étouffent la Parole de Dieu. Ils la suivraient volontiers, mais l'avidité est la plus forte : on veut absolument être le meilleur, le plus grand, le plus riche. La Parole est bonne tant qu'elle ne perturbe pas les efforts visant des buts personnels. Elle n'est donc pas prioritaire, mais simplement tolérée. Toutefois, les épines ne figurent pas les seules passions, mais aussi des blessures. Certains êtres se sentent tellement blessés que la Parole n'atteint pas leur cœur ; ils tournent en rond en eux-mêmes, obsédés par leurs souffrances, à tel point qu'elle n'a pas la moindre chance de leur apporter guérison et liberté.

Par ces trois exemples négatifs Jésus nous met en garde contre le risque d'une réception superficielle de la Parole. Si au contraire nous tendons notre cœur vers Dieu, elle tombe en terrain fertile et portera de bons fruits (4,20). Cette parabole est donc pleine d'optimisme. La Parole que Jésus a semée en Galilée ne lèvera pas seulement dans le cœur des disciples, mais aussi chez tous ceux qui s'ouvrent au message de l'Évangile. Ils seront richement récompensés par une vie féconde qui les comblera.

Ces fruits que la Parole de Jésus peut porter en nous, Marc les décrit en quelques mots imagés, que les autres évangiles mentionnent ailleurs mais qu'il met, lui, au service de son intention personnelle. Le fruit qui croît en nous est comme une lumière qui illumine notre vie ainsi que tout ce qui est caché en nous (4,21). Qui laisse la lumière pénétrer jusque dans les abîmes de son âme voit sa vie fécondée ; qui au contraire la ferme à la lumière divine ne verra pas le courant de la vie affluer, il se sclérosera et deviendra insensible. Vivre consiste à donner à pleines mains ce que l'on a (4,24-25) : l'être généreux ne se retrouvera jamais les mains vides, mais toujours pleines. Donner ne signifie pas ici seulement faire des cadeaux ou apporter un soutien matériel aux pauvres, mais aussi transmettre ce que l'on a entendu, appris et compris. À tout garder pour soi seul, on étouffe ; en celui-là seul qui donne, la vie afflue et devient féconde.

Jésus raconte ensuite la parabole du grain qui pousse tout seul: image d'espoir et d'optimisme, que l'on ne trouve que chez Marc. Il n'est pas nécessaire de nous donner beaucoup de peine pour que le grain lève en nous, l'activité patiente du paysan y suffit : il sème, il se couche pour dormir et se relève le lendemain, mais il ne surveille pas quotidiennement son champ ; « le grain germe et croît. Comment, il ne le sait pas » (4,27). Comment la Parole croît et porte des fruits dans l'âme ou dans le champ du monde, cela reste toujours un mystère. La terre les produit « d'elle-même », sans que nous y soyons pour rien ; c'est un miracle de Dieu, semblable à celui qu'il opère en nous en faisant mûrir la semence de sa Parole. Il nous est tout juste demandé de faire ce qui convient : travailler, dormir, nous remettre au travail. Cependant il ne faut pas attendre dans l'impatience ; la semence lèvera sans que notre volonté y soit pour rien. Le message de cette parabole nous décharge du souci oppressant de devoir sans cesse contrôler et faire avancer le processus de notre maturation. Il nous évite aussi de nous croire responsables de l'expansion du Royaume à travers le monde. Dieu veille lui-même sur la semence qu'il répand à travers Jésus et ses disciples ; notre tâche, c'est de semer et de faire ensuite ce que la vie exige de nous.

Un message semblable nous est donné dans la parabole du grain de sénevé, que Matthieu et Luc rapportent aussi. Là encore il s'agit de l'action autonome de la nature. Dieu agit souvent de manière invisible, mais efficace. Nous devenons nous-mêmes pour les autres comme des arbres sur lesquels ils peuvent prendre appui, et l'Église aussi : même si elle paraît n'être qu'un petit troupeau dans ce monde, elle devient un arbre à l'ombre duquel les peuples se rassemblent. Toutes ces paraboles formulent le message de l'évangile de Marc : c'est dans l'invisible que Dieu opère le salut de l'humanité ; ce grand mystère se dissimule sous les apparences de la petitesse et de l'insignifiance. C'est dans l'impuissance de la croix que Dieu révèle son pouvoir sur les démons, dans la haine des meurtriers que son amour triomphe de toute la méchanceté du monde.


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Modifié le  14-02-2012.