IESCHOUA

Pistes de réflexions : Les esprits se divisent au sujet de Jésus. Marc (3,20-35)

 

Pourquoi Jésus est-il attaqué même par ses proches?

La méthode de rejet défensif la plus subtile consiste à prétendre que l'adversaire est un malade : on en fait un possédé, c'est-à-dire un psychopathe, ce qui rend superflu tout débat avec lui. La propre famille de Jésus a succombé à ce danger ; elle voulait un Jésus conforme au schéma familial préétabli. Même la mère de Jésus ne l'a pas compris; il était inacceptable qu'il suive son propre chemin, qu'il se sente engagé envers le Père du ciel et non pas par les intérêts familiaux.

 

Certains exégètes considèrent que, en proclamant un Royaume de Dieu ouvert à tous, Jésus allait à l'encontre de la conception pharisienne de la famille et la faisait apparaître sous un jour négatif; les pharisiens tenaient plus à sauvegarder l'honneur de la famille qu'à se confronter au message de Jésus et à son chemin.  «Ayant appris tout cela, les siens quittèrent leur village pour se saisir de lui. Ils disaient: "II a perdu la tête"» (3,21). Pour eux, il n'est plus normal, il est fou, et il convient d'employer la force pour le ramener au sein de la famille.

 

Comment est-il attaqué ?

« il a perdu la tête » disaient les lettrés (les scribes) qui accusent Jésus d'être possédé. Ils disaient qu’Il expulsait les démons avec l'aide de leur prince Béelzéboul, «le Maître de la maison », le chef suprême des démons. De même que la famille de Jésus, les lettrés refusent de discuter sérieusement son enseignement et préfèrent l'accuser de complicité avec les démons. On qualifie l'adversaire de malade mental, ce qui dispense de considérer ses actes et ses paroles, évacués comme symptômes de sa maladie.

 

Comment Jésus répond-t-il à ses adversaires ?

 Mais Jésus ne se laisse pas enfermer dans ce rôle de psychopathe, de possédé. Il réfute le propos de ses adversaires en racontant une parabole : « Comment l'Adversaire pourrait-il chasser l'Adversaire? Si un royaume est divisé, c'est la ruine » (3,23-24). C'est la démonstration par l'absurde.

 

Avertissement à la communauté chrétienne.

Le pire ferment de discorde, c'est de reprocher à d'autres membres du collectif de faire cause commune avec les démons, d'être sous leur influence dans la prédication et l'action.

 

C’est quoi le pêché contre le souffle ?

Jésus qualifie de péché contre le Souffle de Dieu (le Saint-Esprit) le comportement des lettrés qui l'accusent d'être possédé parce qu'il les insécurise. C'est l'Esprit qui parle en lui ; ses adversaires agissent contre leur conscience, sachant au plus profond d'eux-mêmes qu'il porte un message important qu'ils ne devraient pas rejeter, mais dont ils se débarrassent par leur accusation.

 

Le péché contre l'Esprit est le refus du message de Dieu, maintenu contre le savoir profond qu'on a de lui ; la falsification consistant à diaboliser celui qui cherche à toucher les cœurs au nom de Dieu. Nos péchés quotidiens ne sont pas des péchés contre l'Esprit.  Le péché contre l'Esprit, c'est la falsification délibérée qui présente le sacré comme relevant du mal.

Qui est la famille de Jésus ?

La mère de Jésus et ses frères restent à l'extérieur de la maison et font appeler Jésus pour qu'il sorte. Ils veulent disposer de lui, mais Jésus ne sort même pas et saisit l'occasion pour évoquer sa nouvelle famille : «Les voici, ma mère et mes frères ! Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère » (3,34-35). La relation à Dieu, la disponibilité pour l'engagement à faire sa volonté, voilà qui crée une communauté nouvelle, plus profonde que celle des liens familiaux ; ce qui assure la cohésion la plus intime, ce n'est pas le confort et l'intérêt commun, c'est l'accomplissement de la volonté divine.

Pourquoi la famille chrétienne n’est pas unie ?

Elle se détruit si quelques-uns s'érigent en juges des autres, et surtout si l'un diabolise l'autre et le présente comme un psychopathe. Les membres de la communauté chrétienne courent eux aussi le risque de se faire de Jésus une image faussée au lieu d'affronter la provocation de son message. L'Église elle-même court aujourd'hui le danger de se cramponner à ses images toutes faites au lieu de se laisser insécuriser par Dieu.

 


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Modifié le  14-02-2012.