IESCHOUA

Les esprits se divisent au sujet de Jésus Accueil | Nous contacter

Accueil
Haut
Mission
Vie de Jesus
Parcours
Evangile St Luc
Evangile St Matthieu
Evangile St Jean
Evangile St Marc
Croisiere
Nourriture du coeur
Forum  Prieres
Témoignages
Chants
Prieres & Reflections
La passion
Suggestions
Liens
Forum discusions

Les esprits se divisent au sujet de Jésus (3,20-35)

Par Anselm Grün

La construction « en sandwich » si caractéristique de Marc établit un lien entre la double visite des proches de Jésus et les propos des « lettrés » l'accusant d'être «la proie du Prince des mouches» (ce qu'on traduit aussi par «possédé de Béelzéboul») (3,22). Ce procédé équivaut à une assertion théologique : même les proches de Jésus risquent de le démoniser. La méthode de rejet défensif la plus subtile consiste à prétendre que l'adversaire est un malade : on en fait un possédé, c'est-à-dire un psychopathe, ce qui rend superflu tout débat avec lui. La propre famille de Jésus a succombé à ce danger ; elle voulait un Jésus conforme au schéma familial préétabli : « Chez nous on pense ceci, on ne dit pas cela. » Même la mère de Jésus ne l'a pas compris, à l'évidence ; il était inacceptable qu'il suive son propre chemin, qu'il se sente engagé envers le Père du ciel et non pas par les intérêts familiaux. Nous ne pouvons pas savoir avec précision en quoi consistait au juste ce conflit entre Jésus et les siens. Certains exégètes considèrent que, en proclamant un Royaume de Dieu ouvert à tous, Jésus allait à l'encontre de la conception pharisienne de la famille et la faisait apparaître sous un jour négatif; les pharisiens tenaient plus à sauvegarder l'honneur de la famille qu'à se confronter au message de Jésus et à son chemin. Ce que dit Marc du comportement des proches de Jésus est en soi déjà un dur jugement : «Ayant appris tout cela, les siens quittèrent leur village pour se saisir de lui. Ils disaient : "II a perdu la tête"» (3,21). Pour eux, il n'est plus normal, il est fou, et il convient d'employer la force pour le ramener au sein de la famille.

Ce propos - « il a perdu la tête » - est conforté par l'intermède des lettrés (les scribes) qui accusent Jésus d'être possédé et d'expulser les démons avec l'aide de leur prince. Sur le sens du nom de Béelzéboul, les exégètes ne sont pas d'accord. Il signifierait «le Maître de la maison », le chef suprême des démons. De même que la famille de Jésus, les lettrés refusent de discuter sérieusement son enseignement et préfèrent l'accuser de complicité avec les démons. Cette méthode visant à esquiver le débat avec l'opinion des autres est encore aujourd'hui fort appréciée : on qualifie l'adversaire de malade mental, ce qui dispense de considérer ses actes et ses paroles, évacués comme symptômes de sa maladie.

Mais Jésus ne se laisse pas enfermer dans ce rôle de psychopathe, de possédé. Il réfute le propos de ses adversaires en racontant une parabole : « Comment l'Adversaire pourrait-il chasser l'Adversaire? Si un royaume est divisé, c'est la ruine » (3,23-24). C'est la démonstration par l'absurde : ce que disent les lettrés est impossible, car les démons seraient alors sans aucun pouvoir. C'est aussi un avertissement adressé à la communauté chrétienne. En établissant ce rapport entre la démarche de la famille et l'accusation des lettrés, Marc ne s'intéresse pas seulement à l'histoire familiale de Jésus, mais aussi aux risques de scission qui menacent la communauté. Le pire ferment de discorde, c'est de reprocher à d'autres membres du collectif de faire cause commune avec les démons, d'être sous leur influence dans la prédication et l'action.

Jésus qualifie de péché contre le Souffle de Dieu (le Saint-Esprit) le comportement des lettrés qui l'accusent d'être possédé parce qu'il les insécurise. C'est l'Esprit qui parle en lui ; ses adversaires agissent contre leur conscience, sachant au plus profond d'eux-mêmes qu'il porte un message important qu'ils ne devraient pas rejeter, mais dont ils se débarrassent par leur accusation.

Je rencontre sans cesse des êtres qu'effraie la notion de péché contre l'Esprit. Ils se demandent si leurs péchés ne relèvent pas de cette catégorie, ce qui les rendrait irrémissibles. Or Jésus vise par là une attitude bien précise : le refus du message de Dieu, maintenu contre le savoir profond qu'on a de lui ; la falsification consistant à diaboliser celui qui cherche à toucher les cœurs au nom de Dieu. Nos péchés quotidiens ne sont pas des péchés contre l'Esprit ; nous péchons par paresse, par lâcheté. Le péché contre l'Esprit, c'est la falsification délibérée qui présente le sacré comme relevant du mal.

Après le départ des lettrés déconfits, Marc rapporte une deuxième visite de la mère de Jésus et de ses frères. Ils restent à l'extérieur de la maison et font appeler Jésus pour qu'il sorte. Ils veulent disposer de lui, mais Jésus ne sort même pas et saisit l'occasion pour évoquer sa nouvelle famille : «Les voici, ma mère et mes frères ! Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère » (3,34-35). La relation à Dieu, la disponibilité pour l'engagement à faire sa volonté, voilà qui crée une communauté nouvelle, plus profonde que celle des liens familiaux ; ce qui assure la cohésion la plus intime, ce n'est pas le confort et l'intérêt commun, c'est l'accomplissement de la volonté divine. Cette expérience, les chrétiens n'ont jamais cessé de la faire: là où des êtres se sont rassemblés au nom de Jésus pour chercher Dieu ensemble, il se forme toujours un lien profond. Malheureusement, comme le montre Marc par sa composition « en sandwich », une telle communauté est toujours menacée. Elle se détruit si quelques-uns s'érigent en juges des autres, et surtout si l'un diabolise l'autre et le présente comme un psychopathe. Les membres de la communauté chrétienne courent eux aussi le risque de se faire de Jésus une image faussée au lieu d'affronter la provocation de son message. L'Église elle-même court aujourd'hui le danger de se cramponner à ses images toutes faites au lieu de se laisser insécuriser par Dieu. Marc l'exhorte à s'interroger sans cesse sur la volonté de Dieu, et à veiller à ce que tous l'accomplissent. C'est la condition pour que se forme une communauté solide et durable.


Pour nous contacter :

E-Mail : luc@ieschoua.org

Modifié le  14-02-2012.