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La guérison du possédé. Marc (1,21-28)

Par Anselm Grün

La première guérison a pour Marc le caractère d'un programme: c'est celle d'un possédé. Il montre ainsi que pour lui la maladie est toujours une forme de possession. Ces démons, puissances étrangères qui dominent l'être humain, représentent les compulsions, les idées fixes, les complexes névrotiques. Marc parle aussi d'esprits (souffles) impurs qui troublent l'image que l'homme a de lui-même et de Dieu ; c'est le cas de ce « démoniaque ». Par opposition aux disciples, qui «croient en l'Évangile», nous voyons ici un homme habité par la confusion et les ténèbres. Sa conscience est peut-être troublée par l'amertume, l'aigreur, ou par un idéal moral excessif qui l'aveugle sur les impuretés refoulées dont il est rempli. La guérison signifie toujours pour Marc que Jésus arrache l'être humain au pouvoir des esprits impurs et le délivre de tout ce qui l'empêche d'accéder à lui-même dans sa vérité.

Le récit de la première guérison présente déjà la structure « en sandwich » que Marc applique à toutes les scènes importantes. Il dit d'abord que Jésus a enseigné à la synagogue de Capharnaüm, et que ses auditeurs ont été stupéfaits ou effrayés «car ce qu'il enseignait, il l'enseignait de sa propre autorité et non comme le font les lettrés» (1,22). Vient ensuite le récit de la guérison, et la scène s'achève sur les réactions du public : « Qu'est-ce que cela veut dire ? Un enseignement neuf ! Donné de sa propre autorité ! Il commande aux souffles impurs et ils lui obéissent ! » (1,27). Par cette organisation concentrique, Marc montre que la prédication de Jésus ne reste pas sans effets et qu'au contraire c'est par elle qu'il guérit ; parlant de Dieu en termes justes, il libère les hommes. L'image de Dieu et l'image que l'homme a de lui-même sont étroitement liées. En proclamant que Dieu guérit, libère, encourage et accepte les hommes, il les affranchit des images de Dieu qui les rendaient malades, de toutes les puissances qui les asservissaient, et il leur permet de devenir eux-mêmes.

Quand Jésus parle de Dieu, les hommes ont l'impression que Dieu est réellement présent. Ce qu'il dit, il ne le tient de personne d'autre, mais de sa propre expérience, et les auditeurs sont atteints et leur cœur bouleversé ; ils ne peuvent pas prendre du recul et réfléchir tranquillement sur ce qu'il a dit. Ils sentent que Jésus parle comme étant investi de l'autorité, que ses paroles font percevoir la puissance et la présence même de Dieu, et ils savent que la vérité, c'est cela.

Le mot grec qui dit l'« autorité», le plein pouvoir, est exousia, et il signifie aussi la liberté d'agir comme on l'entend. C'est en toute liberté intérieure que Jésus parle de Dieu, sans crainte, et comme un souverain dont le pouvoir participe de celui même de Dieu. Littéralement, exousia veut dire : « à partir de l'être » ; Jésus agit et parle depuis le sein de l'être, où il a sa demeure, de son être propre et de celui de Dieu, et ses paroles sont en accord avec cet être.

Marc décrit la réaction des gens à ce discours et à la guérison d'un «démoniaque». L'esprit (le souffle) impur qui le possède se met à crier : « De quoi te mêles-tu, Jésus le Nazarénien ? Tu es venu pour nous perdre, c'est cela?» (2,24). Cet esprit représente les images impures, morbides, démoniaques que nous avons de Dieu, ainsi que les images de nous-mêmes qui nous empêchent de vivre. Trop souvent nous portons en nous une image de Dieu qui défigure sa vérité : celle d'un Dieu comptable qui inscrit tout en termes d'actif et de passif, dont l'arbitraire ne cesse de nous contrarier; d'un juge qui nous observe et nous évalue en permanence. De telles images d'un Dieu démonisé troublent et faussent aussi celles que nous avons de nous-mêmes. Nous nous servons alors de Dieu comme d'une assurance contre toutes les éventualités de la vie, pour gonfler notre ego et nous mettre au-dessus de nos semblables. Nous aimerions bien disposer de lui, le mettre à notre service. Ceux qui voient Dieu de cette façon ne peuvent pas se contenir en présence de Jésus ; ils se mettent à crier, le démon est contraint à se manifester, sentant qu'il est pris à la gorge. Quand Jésus parle, il secoue les hommes pour les réveiller, il les bouleverse ; ils ouvrent alors les yeux et comprennent soudain ce qu'ils sont, qu'ils se sont cachés derrière leurs images de Dieu et ont fabriqué d'eux-mêmes une image contraire à leur vérité.

Jésus apostrophe rudement l'esprit impur: «Tais-toi et sors de lui» (2,25). Il fait la distinction entre l'être humain et le démon qui le manipule. Face au démon, pas d'entente possible, il faut le chasser par la force. Jésus ordonne le silence aux voix intérieures qui déchirent cet homme, car on ne peut argumenter contre elles ; elles répètent mécaniquement leur discours. Pour en délivrer l'homme, il faut la force et la décision de Jésus. L'esprit sent cette force, mais il ne cède pas sans résistance ; il secoue violemment sa victime, la quitte en hurlant, et se montre ainsi dans sa vérité : vacarme et destructivité, obstacle au recueillement où l'homme peut se trouver lui-même. En même temps, la réaction du démon témoigne de l'autorité de Jésus : il ne peut échapper à sa parole. L'homme se trouve alors écartelé entre la puissance du démon et celle de Jésus, sentant que Jésus dit la vérité de Dieu et se cramponnant à ses vieilles images de Dieu et à sa vie telle qu'il l'a bâtie. Il est placé devant une décision à prendre : il ne peut plus échapper à Dieu, et c'est en criant qu'il se sépare de son démon. On entend résonner ici déjà le cri d'agonie de Jésus sur la croix, signe de sa victoire définitive sur le mal.

Les spectateurs perçoivent la nouveauté de l'enseignement de Jésus, de son discours sur Dieu, qui apporte réconfort, liberté, guérison et salut, et ils sentent son autorité. Il ne commente pas la Loi, comme les pharisiens, il ne parle pas de Dieu ; sa Parole manifeste la puissance et la présence même de Dieu. Elle agit sur l'être humain, lui donne la liberté de parvenir à son centre dont les démons l'ont chassé, et de devenir ce qu’il est ; parce que cette parole est juste, les démons, les images psychiques pathogènes doivent s’effacer, une fois qu’a été démasquée leur nature hostile et destructrice. Mais il faut aussi la force de Jésus pour les chasser de l’âme humaine.


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Modifié le  14-02-2012.