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Le début

Marc (1,1-15)

Par Anselm Grün

 

Commençant son texte, Marc emploie le mot archè, particulièrement lourd de sens, allusion au début de la Création. En Jésus, Dieu procède à une recréation de l'homme et opère à nouveau son salut. «Ici commence l'Évangile de Jésus, le Christ, le Fils de Dieu» (1,1). Cependant archè, outre le sens de «commencement», a aussi celui de «fondement». Le fondement de l'Évangile, c'est l'histoire de Jésus, depuis son baptême jusqu'à sa mort. Ce que Marc veut proclamer, c'est un message de joie, une bonne nouvelle. Il a été le premier à intituler un livre tout entier «évangile». Dans l'Ancien Testament, ce sont le plus souvent des anges, messagers de Dieu, qui apportent aux hommes les bonnes nouvelles ; leur apparition signifie la victoire de Dieu sur ses ennemis. Dans l'Empire romain, les décrets impériaux étaient appelés « évangiles » ; ils promettaient bonheur et salut. La Bonne Nouvelle de Marc, c'est qu'en Jésus Dieu instaure un nouveau Royaume, le sien, où les humains expérimenteront auprès de lui l'expérience de la félicité et du salut.

Marc énonce à dessein le double nom, solennel et déjà considéré dans l'Église primitive comme sacré : Jésus Christ, qualifié en outre dès les débuts de Fils de Dieu. À la fin de l'évangile, le centurion - un Romain - répétera ce titre, refermant ainsi le texte sur lui-même. « Fils de Dieu » ne signifie pas encore, chez Marc, Fils incréé du Dieu trinitaire devenu homme en Jésus. Dans le judaïsme, le roi était appelé Fils de Dieu, de même que le Messie, le peuple d'Israël et même le maître de sagesse ; ce titre ne signifiait pas la consubstantialité avec le Père, mais une relation étroite avec Dieu. La relation de Jésus avec Dieu est toute particulière, spécialement proche et pénétrée de son Esprit. Les Grecs associaient cette notion à une ascendance divine. Zeus a engendré beaucoup de fils et de filles, et les theoi aneres, «hommes divins », qui foisonnaient à l'époque, étaient souvent appelés fils de Dieu parce qu'il y avait en eux une étincelle divine : ils étaient issus de Dieu. Pour les stoïciens, «l'homme, de par sa raison, était un descendant de Dieu, dont il portait en lui la semence» (Gnilka, p. 60). Mais c'est probablement plutôt de la tradition juive que Marc tire ce titre, pour lui si prestigieux, bien qu'il écrive son évangile pour les chrétiens d'origine païenne, qui lui associaient également à coup sûr le sens qu'il avait dans la mythologie et la philosophie grecques.

La figure dominante du début est Jean le Baptiste. Il est la voix qui clame dans le désert et appelle les hommes à ouvrir la voie au Seigneur. Ici, Marc cite Isaïe dans la traduction grecque des Septante ; parlant du « Seigneur », le prophète pensait assurément à Dieu. Pour Marc, le vrai Seigneur du monde c'est Jésus, dont Jean prépare la venue ; il invite les hommes à se convertir : à lui ouvrir leur cœur et à l'emplir de son esprit. Marc montre en Jean un ascète rigoureux, vêtu comme les Bédouins de l'époque d'une peau de chameau et se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage ; il n'insiste pas sur sa prédication, mais sur l'annonce de Jésus qui viendra après lui, sera «plus puissant » et baptisera les hommes « avec le Souffle Saint». Le baptême donné par Jean était un rituel de conversion symbolisant la rupture avec un passé dont on voulait se purifier pour revenir à l'observation des Commandements ; faute de conversion, il restait sans effet. Le baptême dispensé par Jésus présente une autre dimension : par lui, l'Esprit (le Souffle) entre en l'homme et le rend capable de se comporter autrement.

Le début du ministère public de Jésus est marqué par le baptême que lui donne Jean. De Jésus, Marc dit seulement qu'il est venu de Nazareth en Galilée pour recevoir le baptême. Il est difficile de préciser la réalité historique sousjacente ; on suppose que Jésus était proche des milieux esséniens, dont Jean lui-même faisait partie, et qu'il comptait parmi ses plus proches disciples. Pour l'Église primitive il y avait là un problème : ayant baptisé Jésus, Jean semblait placé au-dessus de lui. Or ce baptême devient pour Marc l'occasion de démontrer la véritable nature de Jésus, en relatant sa consécration par Dieu : « Remontant de l'eau, il vit le ciel se déchirer. Le Souffle, comme une colombe, descendit sur lui. Et une voix, du ciel : "Tu es mon fils, mon aimé, en toi est ma joie"» (1,10-11). La vocation divine se manifeste donc à la vue et à l'ouïe. C'était là un très ancien désir d'Israël : voir le ciel s'ouvrir, et Dieu envoyer son Esprit (son Souffle) pour sauver les hommes. Si l'Esprit plane comme une colombe, cela ne veut pas dire qu'il en a la forme, ainsi que tant d'artistes l'ont représenté par la suite; Marc évoque plutôt l'Esprit planant au-dessus des eaux, au début de la Création. En Jésus, Dieu recrée le monde et tout recommence : l'homme retrouve la forme que Dieu avait pensé lui donner au départ, à son image, et c'est ainsi qu'il apparaît dans le baptême de Jésus. Cet Homme renouvelé ne s'est pas privé lui-même de la bienveillance de Dieu, comme Adam par le péché originel. Dans l'histoire du déluge, la colombe annonce la paix, la réconciliation. Chez les Grecs, la colombe était consacrée à Aphrodite et symbolisait donc l'amour divin descendant sur les humains.

Jésus est le Fils bien-aimé de Dieu et entretient avec son Père une relation de tendresse ; l'inclination est réciproque. Marc nous montre ici comment nous devons voir le Rabbi de Nazareth : doté de l'Esprit saint, rempli d'une force divine et porté par la faveur du Père, il accomplira son œuvre, libérant l'homme de toutes les puissances qui l'empêchent d'être vraiment lui-même, lui restituant la forme première pensée par Dieu et le rendant capable de l'amour auquel il aspire profondément.

Cette qualité de Jésus, le baptême la communique aux chrétiens ; au-dessus de nous aussi le ciel s'ouvre, et il nous est donné d'entendre la voix de Dieu qui nous dit : « Tu es mon Fils aimé, ma Fille aimée, en toi est ma joie, tu as ma faveur ; tu me plais, il est bon que tu existes. »

Jésus ressort du Jourdain, qui semble rempli des péchés de ceux que Jean avait baptisés avant lui ; c'est l'image de notre baptême. Nous sommes imparfaits, chargés de fautes, mais Dieu ne les regarde pas. En ressortant de l'eau où nous laissons nos fautes, nous savons que Dieu nous aime sans condition, avant même que nous ne fassions le bien.

Jésus ne reçoit pas le baptême pour lui-même, mais pour remplir une mission en notre faveur, par la force de l'Esprit saint. Après son baptême, Marc dit : «Aussi-tôt après, le Souffle l'entraîna dans le désert » (1,12). Le verbe grec est très fort : ekballei, il le jette dehors, par une impulsion intérieure. On pourrait s'attendre à ce que Jésus commence par goûter l'expérience qu'il vient de faire, par se chauffer au soleil de l'amour divin, et le voilà contraint à se rendre au désert, royaume des démons et de la mort. C'est là que doit faire ses preuves la vie que Dieu a donnée à son Fils. L'Esprit pousse Jésus à traverser toutes les vicissitudes de la condition humaine ; le baptême doit pénétrer tous les abîmes de son âme, afin que l'Esprit en métamorphose les ténèbres et les démons.

Jésus reste quarante jours au désert, image des quarante années de la traversée du désert par Israël. Le peuple juif n'a cessé de succomber aux tentations de Satan ; Jésus, lui, y résiste. Cependant, Marc ne dit pas comment il a été tenté. Il décrit en deux images seulement cette existence au désert : il réside parmi les bêtes sauvages, servi par des anges. Telle est la tension où il vit, où nous vivons tous, notre vie durant, écartelés entre l'instinct et l'esprit, l'agressivité et l'amour, les forces qui détruisent et celles qui protègent. Jésus est pleinement homme, mais aussi plongé dans la sphère du divin ; il en va de même pour nous. Au désert, Jésus semble vivre en bonne intelligence avec les animaux sauvages, dans la paix paradisiaque décrite par Isaïe (au chapitre 11), qui devient ici réalité. Cela signifie qu'il a assumé toute sa part de sauvagerie et d'agressivité, et qu'elle ne lui cause plus de tort. Le ciel et la terre, l'esprit et l'instinct, la spiritualité et la sexualité ne sont plus en conflit. Deux brefs versets suffisent à Marc pour décrire la profondeur de l'expérience faite par Jésus au désert: il a atteint la maturité humaine et la complétude, son rapport à Dieu a pénétré tous les domaines de son corps et de son âme, de sa conscience et de son inconscient. Tout imprégné de l'Esprit, il est en mesure de proclamer le message de Dieu sans l'altérer, sans y mêler des motivations humaines parasites.

Alors que Jésus a su associer à ses côtés les bêtes sauvages et les anges, je rencontre aujourd'hui bien des êtres qui croient pouvoir traiter leurs blessures et résoudre leurs problèmes par la seule spiritualité ; ils ne se rendent pas compte que les « bêtes sauvages » infiltrent leur vie spirituelle et la rendent autoritaire et agressive. Jésus, lui, s'était familiarisé avec les bêtes, sachant distinguer la spiritualité qui intègre de celle qui dissocie ; il décèle aussitôt si un être humain permet aux anges et aux bêtes de coexister en lui, ou si la voie spirituelle lui sert à éluder ses pulsions agressives et sexuelles.

Marc formule ensuite le message de Jésus en des phrases brèves : «L'heure où tout se joue est venue. Le royaume de Dieu s'est rapproché. Retournez-vous et placez votre confiance dans l'Évangile» (1,15). Le mot grec pour le temps est ici kairos, qui signifie le bon moment, celui où se concentre l'essentiel du temps. Le moment est arrivé où la proche présence de Dieu offrira à l'homme la vraie vie en lui donnant accès à la vérité de sa nature. Quand Dieu est proche, le temps parvient à sa plénitude ; les mystiques, Maître Eckhart plus que tout autre, ont aimé prêcher sur ce thème. Dieu, qui est au-dessus de toute temporalité, entre dans le temps et l'accomplit. Jésus n'annonce pas le jugement, mais la présence salvatrice de Dieu ; l'homme doit y réagir, non par la pénitence, mais par la conversion, le retournement, metanoia. Le sens littéral de metanoeite, est: «pensez autrement» ; «voyez au-delà des choses », et vous découvrirez que Dieu est proche ! Jésus veut ouvrir les yeux aux hommes afin qu'ils voient Dieu en tout et partout, car il est déjà là et nous n'avons pas besoin de le prier de venir. On retrouve dans le mot grec l'écho du mot hébreu qu'il traduit et qui signifie « se retourner, faire demi-tour, changer de chemin». Les Hébreux présupposent que l'homme s'aventure souvent sur des voies qui ne le mènent pas au salut, mais à sa perte ; il doit alors retrouver le bon chemin, ou faire demi-tour sur celui de la perdition et revenir au point de départ. Pour cela, la foi est nécessaire. Ici, le changement requis est bien particulier : il faut croire à l'Évangile, lui faire confiance. On pourrait peut-être comprendre la chose ainsi : qui demeure dans la Bonne Nouvelle et entend la Parole de telle façon qu'elle soit en lui, celui-là trouve la confiance, une stabilité, une assise dans l'incertitude du monde. Pour Marc, la Bonne Nouvelle c'est l'Évangile de Jésus Christ ; la conversion implique donc la confiance en sa personne. C'est lui qui ouvre les yeux, qui montre la voie de la vraie vie et insuffle une confiance absolue en Dieu, inébranlable en dépit de toutes les résistances adverses et de toutes les défaites.


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Modifié le  14-02-2012.