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Bilan

Par Anselm_Grün

Quel est le message pour nous, aujourd'hui, dans l'évangile de Marc ? Tout ce discours sur les démons et la puissance des ténèbres ne nous est-il pas étranger? Cette théologie de Marc ne reste-t-elle pas bien en retrait par rapport à sa transposition dans le contexte juif, chez Matthieu, ou dans celui de la philosophie grecque, chez Luc ? Que faire de ce qui nous embarrasse tant, d'énigmes insolubles comme celle des disciples qui jusqu'au bout ne comprennent rien, ou celle des trois femmes qui ne transmettent pas le message de la Résurrection ?

Je ne peux présenter ici que quelques impressions et quelques idées personnelles qui me sont venues à force de fréquenter ce texte. Ce qui me fascine en lui, c'est Jésus dans sa fonction de guérisseur ; d'un guérisseur qui ne pratique pas des méthodes douces, mais lutte par la puissance de l'esprit contre celle de la maladie et de toutes les entraves à la vie. Dans mon travail d'accompagnateur spirituel, je me sens souvent très proche de ce Jésus-là, car je constate qu'il s'agit d'une lutte, d'un combat : non pas contre l'être que j'ai en face de moi, mais contre les schémas existentiels qui le dominent, contre les images fausses qu'il a de lui-même, contre les images pathogènes qu'il a de Dieu, contre ses obsessions, ses fixations, ses scléroses. Je voudrais parfois avoir quelque chose de la force limpide et directe de ce Jésus, de sa faculté d'appréhender aussitôt chez un malade le fond du problème et, partant de sa réaction, d'attaquer le point sensible afin que le processus de guérison s'engage rapidement. Mon plus vif désir est d'affronter, comme Jésus, celui qui se complaît dans son mal, et de lui ôter ses illusions. En effet, celles-ci ont bien souvent partie liée avec la maladie, et Jésus ouvre les yeux aux malades pour qu'ils cessent de fuir la vérité.

Ce qui me frappe tellement dans ce Jésus de l'évangile de Marc, c'est la puissance de son rayonnement. Où qu'il se présente, on ne peut pas l'ignorer, il faut faire face à sa présence limpide et pure : il est là, tout simplement, porteur d'un pouvoir qui s'impose ; s'adressant aux gens, il trouve toujours le ton juste, celui de la vérité. Ce Jésus est centré sur lui-même, et c'est à partir de son centre qu'il aborde chaque malade de manière à le faire accéder aussi à l'essentiel de son être, à sa complétude, à la santé. À l'un, Jésus ôte l'idée fausse que les autres seraient responsables de son mal, et l'incite à contribuer à sa propre guérison ; sur les yeux de tel autre, il pose une main aimante et protectrice pour lui donner le courage de regarder le monde tel qu'il est. Il émane de lui une force qui redresse les êtres, il crée un espace de confiance où les hommes se sentent acceptés sans condition et retrouvent le sentiment de leur inaliénable dignité.

Un autre aspect encore de ce texte m'a frappé : son caractère incommode, inharmonique, ses énigmes insolubles ; il se contente d'indications allusives. Apparemment, il s'achève sur une catastrophe que même le tombeau retrouvé vide et le message de l'ange ne semblent pas réparer. Marc nous laisse sur la peur des trois femmes et sur leur refus d'exécuter le commandement reçu, il ne donne aucune conclusion nette II faut voir au-delà des apparences pour saisir le mystère de Jésus tel qu'il apparaît ici. Il est toujours k Messie, aussi bien quand il combat les démons et guérit les malades que quand il tombe, impuissant, entre les mains de ses ennemis qui font de lui ce qu'ils veulent Tout ce que dit Marc présente aussi un sens plus profond, mais il faut les yeux de la foi pour comprendre ce Jésus et pour le suivre. C'est pourquoi les deux guérisons d'aveugles comptent sans doute parmi les passages essentiels de l'évangile : nous pouvons nous y reconnaître nous-mêmes. Jésus a du mal à ouvrit nos yeux ; il n'y parvient pas du premier coup, nous ne voyons d'abord que des formes vagues. C'est peut-être là une image : à la première lecture de Marc bien des choses encore nous échappent ; nous ne découvrons que de façon très imprécise le mystère de ce Jésus, et il nous faut relire et relire sans cesse pour que sa figure se dessine avec netteté et, à travers lui, celle du Dieu en qui il a mis toute son espérance.

Lors de la seconde guérison, Jésus demande à Bartimée ce qu'il doit faire pour lui. Invitation nous est faite à ne pas rester, face à l'évangile, des lecteurs distants ; ce Jésus, nous devons lui dire ce que nous voulons, quelle puissance démoniaque nous empêche de vivre ; alors seulement, la rencontre nous ouvrira les yeux et nous comprendrons que Jésus a le pouvoir de nous rendre la santé et de transformer notre vie.

La théologie de la croix constitue selon moi un autre aspect capital de ce texte. C'est dissimulée par la croix que se révèle la gloire de Dieu, c'est dans l'impuissance que triomphe sa puissance ; les ténèbres sont vaincues au moment même où elles culminent, dans la mort de Jésus, quand l'obscurité se fait sur le monde. C'est au plus profond de la déréliction et de l'angoisse que la confiance en Dieu surmonte l'épreuve. La théologie que nous propose Marc est exigeante, inconfortable, mais c'est justement ce dont notre temps a besoin, n n'y a que trop de théologiens aujourd'hui qui ont réponse à tout, mais leurs réponses touchent la tête, non le cœur. Face aux horreurs dont nous sommes constamment les témoins, toute explication théologique nous reste en travers de la gorge. C'est alors que l'évangile de Marc vient à notre secours ; il rapporte la Passion de Jésus sans la magnifier, il décrit l'angoisse, l'impuissance, le désespoir, l'ignorance, la trahison. Il faut y regarder de très près pour reconnaître derrière ces événements incompréhensibles la présence d'un Dieu qui suscite la vie jusque dans la mort, illumine les ténèbres et vainc les démons de la violence et de la haine au moment même où ils semblent les plus puissants.

Il existe aujourd'hui une tendance à tout voir en positif, à négliger le négatif; elle nous mène à l'impasse. S'imaginer que des pensées positives suffisent à donner aux choses un tour bénéfique est une erreur. Marc nous enseigne une autre attitude. Il décrit les deux faces de la réalité : le Jésus qui guérit lutte avec vigueur, connaît le succès, fait ce que Dieu lui inspire, animé d'une puissance fascinante. Mais ce même Jésus ne peut pas se défendre contre la trahison de Judas et de Pierre, contre les accusateurs, les grands prêtres, Pilate ; il ne peut échapper à la mort la plus infamante, sur la croix. Seule donne une juste image de notre vie cette tension entre le succès et l'échec, la puissance et l'impuissance, la confiance et le désespoir, la joie et le deuil, la mort et la résurrection.

Telle est l'image que Marc nous donne de Jésus : non celle d'un Jésus bien doux et bien gentil, mais celle d'un être puissant, capable aussi de colère, que même ses proches, y compris sa mère, ne reconnaissent pas pour ce qu'il est et tiennent pour fou. Il ne se borne pas à guérir, il maudit aussi le figuier stérile ; il dort dans la barque pendant que le naufrage menace. Marc m'empêche de me faire de Jésus une image trop claire ; pour comprendre vraiment son mystère, il faut supporter toutes ces tensions. Impossible de se l'approprier : il est et reste l'inconnu par excellence, fascinant, incompréhensible, objet d'enthousiasme et d'irritation. C'est chez Marc qu'on le rencontre au plus près de sa réalité historique ; or, plus on s'en rapproche, plus il présente d'angles vifs. Je devine alors comment il dut fuir sans trêve les sbires d'Hérode et, dans une situation politique explosive à l'extrême, s'attendre constamment à être arrêté et mis à mort. Je rencontre ce Jésus qui cherchait sa voie entre les pharisiens, avec leurs différentes écoles, les esséniens, les zélotes, les sadducéens, les Juifs et les Romains ; celui qui, laminé entre les intérêts divergents de tous ceux qui avaient alors la parole, finit dans l'échec apparent. Mais en ce Jésus qui reste pour moi finalement inexplicable, c'est Dieu que je rencontre ; sur sa croix, il m'est donné de voir celui qui a vaincu l'angoisse, l'impuissance, les ténèbres, le déchirement, les démons et le mal lui-même, et qui siège maintenant à la droite de Dieu.

S'il me faut résumer ce que je pense être le plus profond message de l'évangile de Marc, je dirai : contre toutes les peurs, la confiance ; contre tous les désespoirs, l'espérance; contre toutes les ténèbres, la lumière; contre toutes les haines, l'amour. Ce Jésus-là ne me demande pas plus que je ne peux supporter, car il ne m'impose aucun système de commandements. Il ne m'ennuie pas non plus, parce qu'il ne peut être enfermé dans aucune idéologie, si pieuse qu'elle se veuille. Toujours autre, toujours incommode, il m'incite à suivre mon chemin sans craindre les conflits qui m'y attendent ni les échecs qui pourraient casser l'image que j'ai de moi-même. Ce Jésus, figure tout à fait dépourvue d'harmonie et qui finit sur la croix, me fait don d'une confiance illimitée sur la voie qui me mène vers l'amour et la gloire de Dieu, quelque jugement que les hommes puissent porter sur moi.

C'est pourquoi je souhaite au lecteur, homme ou femme, de vivre en progressant dans cette confiance dont Jésus a vécu, dans laquelle il est mort et ressuscité.


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Modifié le  14-02-2012.