IESCHOUA

La Résurrection Accueil | Nous contacter

Accueil
Haut
Mission
Vie de Jesus
Parcours
Evangile St Luc
Evangile St Matthieu
Evangile St Jean
Evangile St Marc
Croisiere
Nourriture du coeur
Forum  Prieres
Témoignages
Chants
Prieres & Reflections
La passion
Suggestions
Liens
Forum discusions

La Résurrection (Marc 16,1-8)

Par Anselm_Grün

Au matin de Pâques, ce sont de nouveau trois femmes qui se rendent au tombeau, les mêmes qui ont vu Jésus mourir sur la croix et reconnu en lui le Messie, confirmé par Dieu dans sa gloire. Elles veulent à présent oindre son corps. Il n'est pas logique d'attendre le troisième jour pour oindre un cadavre, mais ici le sens est profond et dépasse la logique : « le soleil venait de se lever» (16,2), c'est le Christ qu'elles veulent honorer. Ce soleil levant symbolise la résurrection de Jésus, qui dissipe les ténèbres où sans lui les humains sont plongés, ainsi que la clairvoyance de ces femmes, illuminées au matin de Pâques alors que les disciples sont tous restés aveugles. La pierre, elle, symbolise tout ce qui nous empêche de vivre ; elle a été roulée de côté, le pouvoir de la mort est brisé, ainsi que celui de toutes les inhibitions qui pesaient sur notre vie. De cette pierre, il est dit qu'elle était «énorme» (16,4) ; il arrive qu'un véritable rocher nous écrase et nous empêche de nous lever pour sortir du tombeau de notre peur et de nos ténèbres.

Courageuses, les trois femmes entrent dans le sépulcre ; elles veulent savoir précisément où se trouve le corps de Jésus, ou ce qu'il en est advenu. Elles voient alors, « assis à droite », donc du côté faste, celui de la conscience claire, « un jeune homme enveloppé d'une robe blanche» (16,5). La blancheur du vêtement signifie qu'il s'agit d'un messager de Dieu, d'un ange ; les trois femmes ont la réaction de peur que provoque toujours une telle manifestation du divin. Elles sentent, à l'évidence, que la résurrection de Jésus témoigne d'une intervention de Dieu dans sa destinée. Mais l'ange leur adresse la parole: «Ne soyez pas épouvantées. Vous cherchez Jésus, le Nazarénien, le crucifié? Il s'est relevé. Ils l'avaient déposé ici, mais il n'y est plus» (16,7). L'ange commence par rassurer les femmes : ce que Dieu a fait à Jésus, c'est pour leur salut qu'il l'a fait. Il les informe ensuite du sort de celui qu'elles ont vu mourir sur la croix : sa mort n'était pas une fin, il n'est plus dans la tombe, il vit.

Le messager céleste charge aussitôt les trois femmes de transmettre la Bonne Nouvelle de la Résurrection. Elles doivent dire aux disciples, et surtout à Pierre : «... il vous précède en Galilée. Là-bas, vous le verrez, comme il vous l'avait dit» (16,7). Jésus n'est pas seulement celui en qui le centurion a reconnu sur la croix le Fils de Dieu, mais aussi celui qui précède les disciples, ainsi que tous les lecteurs de l'évangile et tous les fidèles de l'avenir. Chrétiens d'aujourd'hui, nous ne gardons pas seulement le souvenir de ce Jésus qui vécut il y a deux mille ans ; il vit et nous précède toujours, sur tous nos chemins. Il ne suffit pas de reconnaître en lui le Messie ; cela, même les démons l'avaient fait. Est chrétien celui qui le suit, et sait le voir de ce regard intérieur qui est connaissance. Les disciples étaient restés aveugles pendant la Passion ; seul Bartimée, l'aveugle devenu voyant, avait suivi Jésus jusqu'au bout de son chemin, et seules les femmes avaient eu le courage de regarder en face sa mort et son ensevelissement. Après la Résurrection, tous les disciples doivent voir eux aussi Jésus dans sa vérité, comme celui qui les précède et leur montre la voie.

Qu'évoqué la Galilée ? C'est, tout d'abord, le pays natal de ceux et celles qui entouraient Jésus. Ensuite, ce nom prononcé par l'ange indique au lecteur le lieu où il sera chez lui, où il vit et travaille. C'est aussi la contrée où Jésus a exercé son ministère ; l'y voir, c'est «le reconnaître dans son identité terrestre, celle du crucifié ressuscité» (Gnilka, 2, p. 343). Enfin, quitter Jérusalem pour la Galilée, c'est «se rendre chez les païens» (ibid.). Transposée à notre vie actuelle, l'invitation de l'ange nous désigne l'endroit où nous pourrons voir ce Jésus qui a gardé jusqu'au bout sa confiance en son Père du ciel et l'a vue confirmée par sa résurrection: c'est là où nous vivons, parmi les païens, reconnaissant en nous-mêmes un reste de paganisme. Le Messie que décrit Marc ne doit pas être proclamé pendant l'exercice de son ministère terrestre, mais seulement après sa résurrection, qui révèle son mystère. Cela vaut aussi pour nous : dans notre vie, nous ne pouvons voir en Jésus le Messie libérateur et croire en lui que si nous nous rappelons qu'il a été crucifié et qu'il est ressuscité. Quand nous portons nous-mêmes notre croix, contrariés par un destin incompréhensible ou par des ennemis, voir le Ressuscité signifie croire que nous aussi nous sommes confirmés par Dieu dans notre confiance. L'échec qui nous brise et la mort même ne signifient pas la fin de tout. Tant que nous agissons en ce monde, le Ressuscité est parmi nous et nous montre que rien ne peut nous arracher notre confiance en la présence salvatrice de Dieu. Lors de toutes les petites morts que nous traverserons au cours de notre pèlerinage et lors de notre mort définitive, nous serons accueillis dans les mains de sa bonté et assurés d'être ses enfants bien-aimés.

Cependant, les trois femmes ne s'en retournent pas pleines de joie auprès des disciples pour leur annoncer la Résurrection. Marc conclut son récit sur une phrase qui a depuis toujours plongé les exégètes dans la perplexité: «Elles s'enfuirent du tombeau, stupéfaites et tremblantes. Elles ne dirent rien à personne. Elles avaient peur» (16,8). Certains pensent que l'évangile originel ne pouvait se conclure ainsi ; tous sont d'accord pour considérer les versets 9 à 20 comme un ajout, car ils manquent dans les manuscrits les plus anciens. Mais comment le texte a-t-il bien pu s'achever dans sa version première ? La solution la plus plausible me semble être de laisser la fin telle qu'elle est et de se demander ce qu'elle signifie. Marc ne quitte pas le lecteur sur un happy end, mais plutôt sur une conclusion ouverte qui nous invite à lire et relire sans cesse le texte en méditant sur le mystère de Jésus de Nazareth. En fin de compte, le message de l'ange n'est pas des­tiné aux disciples et à Pierre, mais aux lecteurs, qui sont invités à se demander s'ils croient en la Bonne Nouvelle. Impossible pour eux de refermer tranquillement le livre pour vaquer aux occupations quotidiennes « car ils ont appris qu'il n'y avait pas d'autre chemin à suivre que celui de Jésus, quelles qu'en puissent être les conséquences » (lersel, p. 253). Accompagnant Jésus, les disciples n'ont pas été guéris de leur cécité, mais celui qui sait lire l'évangile est guéri de la sienne, et trouve dans les paroles de Jésus et dans son chemin un modèle pour sa propre vie (cf. lersel, p. 254).

Van lersel est d'avis qu'il faut laisser la conclusion en l'état, précisément parce qu'elle est ouverte, bien faite pour déconcerter et bouleverser le lecteur tout comme les trois femmes. « Cette histoire ne lui laisse pas de repos, car l'image d'un Jésus mis à mort dans la violence, ressuscité par Dieu et montrant la voie à qui veut le suivre s'est trop profondément inscrite dans son âme» (ibid., p. 261). Une autre raison encore plaide pour cette solution: si l'on considère cet évangile dans son ensemble, on y décèle un art de la composition fondé sur un schéma narratif fait de parallélismes. Le début et la fin, précisément, présentent un grand nombre de ces correspondances. Le récit commence dans le désert et s'achève dans la tombe, deux lieux où de la mort naît une vie nouvelle ; il s'ouvre sur l'annonce de l'Évangile (1,1) et se clôt sur les paroles de l'ange proclamant la Résurrection. Au début, le messager est Jean le Baptiste, «vêtu d'une peau de chameau », comme un pénitent, et envoyé par Dieu pour ouvrir la voie à Jésus ; à la fin, c'est un ange dont la robe, blanche et lumineuse, figure la joie des temps nouveaux qu'il annonce. Désormais, c'est Jésus lui-même qui ouvre la voie ; où que nous vivions, il nous apprend à la suivre d'un pas assuré, pour y éprouver l'amour inconditionnel que Dieu nous porte. Lorsque Jésus ressortit du Jourdain après son baptême, il vit le ciel s'ouvrir, et entendit «une voix du ciel : "Tu es mon Fils, mon aimé, en toi est ma joie"» (1,11). Au terme de son parcours, sortant du tombeau, c'est lui-même qui se révèle comme tel à tous ceux dont la foi a ouvert les yeux. Et le Ressuscité qui nous précède en Galilée nous montre que nous aussi, si nous croyons, nous reviendrons de la mort à la vie, et qu'il nous sera permis de suivre notre chemin en qualité de fils et de filles de Dieu, non plus dans la pénitence et la conver­sion mais dans la joie d'une vie renouvelée.


Pour nous contacter :

E-Mail : luc@ieschoua.org

Modifié le  14-02-2012.