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Les paraboles de Jésus

Par Anselm Grün

Jésus n'est pas seulement un thérapeute, mais encore un conteur inspiré. C'est dans ses paraboles qu'il sait le mieux représenter ses vues sur Dieu et sur l'être humain. Leur fonction est d'aller chercher l'homme là où il est. Souvent Jésus part de situations quotidiennes où l'homme peut se trouver placé; ou encore il le dépeint dans son travail d'agriculteur. À l'évidence, il s'entendait à raconter la vie concrète des gens de manière à captiver ses auditeurs, en s'adressant à leurs sentiments. Puis, soudain, il ouvre leurs yeux et les dirige vers Dieu ; ils comprennent alors que «Dieu, il est comme cela; c'est ainsi qu'il agit envers nous ». Jésus ne parle pas de Dieu en termes abstraits, il prend les choses au niveau de l'homme et de sa vie quotidienne, et fait ainsi comprendre qui est Dieu et comment il agit. L'enjeu d'une parabole est toujours de transformer l'auditeur et sa vision des choses, de le faire accéder à une nouvelle image de l'homme et de Dieu. Les paraboles nous montrent Jésus parlant de Dieu de la façon la plus authentiquement personnelle. Ces paraboles, Luc les a formulées avec un tel art qu'elles n'ont pas seulement touché le cœur des Grecs de son temps, mais qu'elles atteignent encore aujourd'hui le nôtre.

Jésus n'y parle pas seulement de Dieu et de l'homme dans son rapport à Dieu ; pour le théologien réformé Klaas Huizing, elles sont un authentique autoportrait. «Dans ses paraboles, Jésus a fait son propre portrait, et ce n'est pas un hasard si Luc, en qui l'iconographie célèbre le peintre, a donné de ce portrait la copie la plus réussie, ou plus exactement agrandi ces miniatures à la dimension de tableaux » (Huizing, p. 234). Dans les paraboles, c'est donc l'homme Jésus que nous rencontrons, avec son rayonnement personnel, sa façon si particulière de penser et de parler. Dans ses paraboles, il ne parle pas seulement du Royaume des cieux, il en fait sentir la présence, ses paroles font que le Royaume vient à nous ; à portée de la main et de l'expérience. Le ciel s'ouvre au-dessus de nous, et nous comprenons qu'en ce moment même Dieu œuvre en nous ; il se fait chair, il se fait langage. Selon le théologien Hans Weder, le discours des paraboles n'est pas seulement poétique mais aussi poïétique : il recrée la réalité, par ses images il y fait accéder le Royaume.

Luc nous a transmis la plus belle des paraboles, celle qui a été, sans cesse et plus que toute autre, reprise et interprétée : celle de « l'enfant prodigue », du fils perdu, encore appelée parfois : du père miséricordieux. Outre les paraboles reprises de Marc et de Matthieu, il en est toute une série qui ne se trouvent que chez Luc : celles du riche paysan (123,13-21), de la drachme perdue (15,8-10), de l'intendant malhonnête mais habile (16,1-8), du mauvais riche et du pauvre Lazare (16,19-31), du juge injuste et de la veuve importune (18,1-8). Dans ces paraboles qui lui sont propres, Luc use souvent de procédés stylistiques typiquement grecs, avant tout le monologue intérieur, qui remplit dans la littérature grecque « la fonction de dévoiler le caractère d'une personne, ses soucis ou ses intentions» (Bovon II, p. 282).On rencontre ce procédé surtout dans la littérature romanesque et la comédie de l'Antiquité, par exemple chez Ménandre, Haute et Térence, mais la tragédie grecque en use aussi, chez Eschyle, Sophocle et Euripide. Dans le roman d'amour de l'Antiquité, le monologue intérieur a pour but d'intensifier l'implication affective des lecteurs, qui « se glissent littéralement dans le rôle des personnages » (Heininger, p. 49). Dans le roman Kallirhoe, Artaxtares se dit à lui-même : « Éprouve tes possibilités, ô mon âme ! Accède à toi-même. Tu n'as pas d'autre conseiller» (ibid., p. 52). Cela rappelle fort le riche paysan de l'Évangile soliloquant avec son âme. Dans la comédie, les monologues de l'acteur sont des dialogues avec les spectateurs, qui est ainsi impliqué dans l'action. «Le monologue crée une communauté intime et secrète entre le personnage en action et le spectateur, qui devient pour ainsi dire son confident» (ibid., p. 78).

Le monologue intérieur commence par une introduction, souvent par la question : « Que dois-je faire ? » Vient ensuite le point sur la situation, avec examen des différentes possibilités, et enfin l'exposé de la solution. Le but du monologue intérieur est d'inciter le lecteur à agir autrement, à une conversion qui doit le remettre dans la bonne voie. Chez Luc, cependant, la question ne se limite pas au seul monologue intérieur ; les publicains et les soldats posent aussi la question à Jean le Baptiste (3,10; 12,13); c'est également ainsi que les habitants de Jérusalem réagissent au sermon de Pierre sur la Pentecôte (Ac 2,38). C'est la question fondamentale de toute vraie philosophie ; ainsi le stoïcien Épictète : « Que devons-nous faire ? Telle est la question d'un disciple honnête de la philosophie qui éprouve les douleurs de l'enfantement de la vérité» (ibid., p. 82). Luc n'invente pas ses paraboles ; il reprend les récits symboliques de Jésus et leur donne une forme littéraire propre à atteindre ses lecteurs grecs, auxquels il souhaite présenter Jésus comme un poète qui les initie au mystère de l'âme humaine, leur révèle des pensées secrètes et leur enseigne la vraie philosophie, la sagesse divine, chemin de la vie authentique.

Dans les paraboles qui lui sont propres, nous constatons aussi la tendance de Luc à prendre ses exemples aussi bien dans le monde des femmes que dans celui des hommes : à côté de la parabole masculine de la brebis égarée (15,3-7), celle de la drachme perdue, dont le sujet est une femme (15,8-10); à l'intendant habile, il associe la veuve courageuse, sans peur devant le juge impie (18,1-8). Quant au Royaume des cieux, Jésus le compare tant au grain de sénevé qu'un homme met en terre qu'au levain qu'une femme mêle à la farine (13,18-21). Luc ne sait représenter le mystère de l'action divine et celui de l'être humain qu'en décrivant des hommes et des femmes en train de penser et d'agir. Parler de Dieu en termes justes, pour lui, c'est associer anima et animus, voir le masculin et le féminin en Dieu; nous ne pouvons bien parler de l'être humain qu'en portant le regard d'un égal amour sur l'homme et la femme, et en nous efforçant de sonder la différence de leur pensée.

La parabole de la drachme perdue

Cette brève parabole (15,8-10), dont le sujet agissant est une femme, succède à celle de la brebis égarée. Il est intéressant de constater que Luc choisit souvent de représenter des veuves ou des femmes seules. La femme ne se définit pas à partir de l'homme; elle est centrée sur elle-même. C'est bien ici le cas : elle n'appa­raît pas dans sa relation à l'homme, mais dans son être et son existence propres. Elle a dix drachmes - le nombre de la complétude ; qui possède dix drachmes est entier et sain. Or elle a perdu une drachme. Un, c'est aussi le nombre de l'unité; ayant perdu une de ses drachmes, elle n'est plus entière, elle est privée de sa propre unité et de son unité avec Dieu, de son centre, sans lequel les neuf autres drachmes ne lui servent de rien ; privées de cohésion, elles se dispersent. Cette femme sait ce qu'elle a perdu : elle-même. Grégoire de Nysse interprète la drachme comme une image du Christ; du point de vue psychologique, on pourrait dire qu'elle représente le Soi. Qui a perdu le contact avec le Soi peut faire encore beaucoup de choses au-dehors, mais tout ce qu'il fait manque de centrage, de force, de clarté.

La femme allume donc une lampe. Pour Grégoire, il s'agit de l'entendement. Elle a besoin de lui pour éclairer l'obscurité de l'inconscient et y rechercher son intégrité perdue. Luc pense assurément aussi à la lumière de la foi, seule capable d'éclairer vraiment l'entendement; c'est de la lumière divine que nous avons besoin pour chercher dans notre maison la drachme perdue. La femme balaie partout dans sa maison, elle ôte les saletés qui se sont déposées sur le sol. Dans ces impuretés, Grégoire voit l'image de l'état de distraction dans lequel nous vivons : en nous engageant dans des activités trop nombreuses, nous salissons notre maison, nous ne sommes plus maîtres chez nous ; une couche de poussière se dépose sur notre âme, et nous sommes obligés de balayer vigoureusement pour recouvrer l'éclat originel de l'âme. Cette femme regarde avec soin, infatigable ; elle tient fort à retrouver sa drachme. L'être humain ne cherche pas seulement Dieu, il se cherche aussi lui-même, cet être authentique qu'il a perdu. Tel est son malheur : l'aliénation, la perte de soi.

Et la femme retrouve sa drachme, elle se retrouve elle-même. Elle appelle alors ses amies, ses voisines : «Partagez ma joie, car j'ai trouvé la pièce que j'avais perdue... » (15,9). Qui se trouve lui-même accède aussi à un nouveau rapport à autrui, un rapport festif. Cette femme n'appelle que d'autres femmes à partager avec elle sa fête : elle est devenue elle-même, elle a trouvé Dieu, elle a trouvé le Soi. Selon C.G. Jung, nous ne pouvons trouver le Soi sans trouver en nous l'image de Dieu ; le Soi n'est pas le résultat de notre histoire, mais l'image primordiale que Dieu s'est faite de nous. Pour Luc, c'est l'image de la conversion du pécheur qui s'était perdu lui-même. Se convertir, c'est penser autrement, c'est voir au-delà des choses, trouver la voie vers le Soi. Nous devons délaisser le devant de la scène et nous ouvrir pour trouver la drachme dans les profondeurs de notre âme. Alors, dit Jésus, la joie règne parmi les anges de Dieu. Jésus est venu pour nous rappeler qu'il y a en nous un noyau divin, pour nous inviter à nous convertir : à trouver Dieu en nous, et en Dieu notre être authentique, le Soi. Au bout de ce chemin il y a la joie d'être vraiment humains, mais nous ne le sommes que si nous avons ainsi retrouvé Dieu. Le péché consiste à manquer la rencontre avec soi-même, à s'égarer, à se perdre, à passer à côté de la vie, à être agi au lieu d'agir. Pour Luc, Jésus est celui qui invite les hommes à retrouver leur humanité.

Une parabole se lit toujours à plusieurs niveaux ; elle laisse au lecteur la liberté d'y projeter ses expériences et ses aspirations propres. La femme à la drachme peut représenter l'âme qui a perdu son centre et se met à sa recherche ; elle peut être aussi l'image de Dieu qui cherche l'être égaré et met toute la maison sens dessus dessous. Si l'on interprète ainsi, nous donnons de Dieu une image féminine. Or il n'y a pas, dans tout l'Ancien Testament, un seul passage où Dieu serait comparé à une femme fouillant ainsi sa maison de fond en comble. L'exégète suisse Hermann-Josef Venetz dit à ce propos : « Qui fait cela témoigne d'une grande compétence et d'une grande liberté, mais aussi d'une non moins grande familiarité avec Dieu et le monde, telle qu'on ne peut l'attendre que de Jésus et de ses proches » (Venetz, p. 124). Selon Tauler, cette parabole signifie que Dieu choisit juste le moment où nous nous sommes bien installés dans la maison de notre vie pour agir comme une femme qui sème le désordre pour retrouver sa drachme; au milieu de notre vie, précisément, nous y sommes bien installés, mais à force d'agir à l'extérieur nous avons perdu la drachme ; Dieu nous plonge alors dans une crise, dans le désordre, pour la retrouver en nous. Mais on peut aussi interpréter cette parabole par rapport à Jésus. Il conçoit sa propre activité comme féminine et maternelle. En effet, Dieu a envoyé son Fils allumer la lumière de la foi, nettoyer le monde et quêter sans relâche les humains. Ce qu'il recherche, ce sont précisément les pécheurs et les publicains, ceux que les pharisiens jugent « perdus ». Cependant le comportement de cette femme décrit aussi l'action de Jésus dans l'âme de l'individu; il allume la lumière en l'homme pour qu'il se connaisse lui-même en plongeant son regard dans ses propres profondeurs. Jésus nettoie l'espace intérieur en chassant de l'âme, par sa Parole, tous les démons, tous les automatismes qui entravent la vie, et il cherche, inlassable, le Soi en l'être humain. Pour Platon, le grand philosophe grec, le but de l'existence était de reconnaître l'âme dans sa vérité originelle. Pour Luc, Jésus est le divin voyageur qui met l'homme en contact avec son noyau divin, le Soi.


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Modifié le  14-02-2012.