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La vérité qui libère

(Jean 8,30-36)

Par Anselm Grün

Dans les controverses du chapitre 8, un passage m'a toujours fasciné. Quand Jésus dit que le Père qui l'a envoyé est constamment auprès de lui et ne le laisse jamais seul, de nombreux Juifs croient en lui et le suivent. L'image parfois si négative que l'Évangile de Jean donne des Juifs en est alors brisée.

En effet, la communauté johannique se compose en grande partie de Juifs; ceux d'entre eux qui ne croient pas en Jésus représentent le monde qui ne l'accueille pas. Or cette tendance à refuser Jésus est autant présente chez le lecteur que chez les Juifs fermés à lui parce qu'ils croyaient posséder toute la vérité ; le point essentiel, pour Jean, étant de savoir si l'on croit en Jésus ou si on le rejette. Selon Jean, le péché ne consiste pas à enfreindre des commandements, mais à se fermer face à Jésus. C'est la foi qui décide de tout; croire signifie passer de ce monde dans l'autre, traverser la surface, l'apparence, et voir la vraie réalité.

Jean n'emploie jamais le substantif pistis, la foi, mais toujours le verbe pisteuein, croire. Chez Paul, il en va tout autrement : pistis apparaît au moins cent cinquante fois, et pisteuein cinquante-quatre fois contre quatre-vingt-dix-huit chez Jean (Martini, p. 108). Pour Jean, la foi n'est pas ce que l'on possède, mais ce qui advient ; il ne s'agit pas de savoir si j'ai la foi, mais si je recommence sans cesse à croire, à dépasser ce monde, à voir en Jésus celui qui le surmonte et m'introduit à l'au-delà, au monde de Dieu. Tantôt Jean rattache la foi directement à Jésus, tantôt il utilise le verbe croire sans aucun complément. « Croire » désigne alors une autre modalité de l'existence, une vie qui a trouvé une saveur nouvelle. Croire, c'est voir, connaître, comprendre; c'est être illuminé et vivre dans la lumière, percer les apparences. Celui qui croit est passé des ténèbres à la lumière et porte en lui, dans la foi, la vie éternelle ; c'est seulement alors qu'il commence à vivre en vérité. Quand Jean parle de ceux qui croient en Jésus, il use d'expressions comme: accepter Jésus, venir à Jésus, le chercher, l'écouter, demeurer en lui. La foi est alors l'expression d'un rapport personnel à Jésus (cf. Martini, p. 111).

Dans le chapitre qui nous occupe, Jésus s'adresse «aux Juifs qui se fiaient à lui» (8,31). Rester dans sa Parole, vivre de sa Parole : qu'est-ce que cela signifie ? Nous portons tous en nous des paroles qui nous déterminent. Croire, c'est nous laisser déterminer par la Parole de Jésus, par ces paroles qui nous dévoilent la réalité et l'ouvrent sur Dieu. Qui demeure en la Parole de Jésus connaît la vérité, en contact avec elle, il est dans la vérité. Ici le mot « croire » revêt le sens mystique d'un éveil. Jésus a cette parole extraordinaire : «et la vérité vous rendra libres » (8,32). La vérité : le  mot ne renvoie pas ici à des assertions qui sont vraies, que l'on est donc obligé de croire, mais à la vraie réalité, celle de Dieu. La vérité fait don à l'homme de la lumière sur lui-même ; dans la vérité, il se connaît tel qu'il est, et cela signifie qu'il est libre. Il ne s'agit pas de la liberté politique ou de la liberté de pensée. Pour Jean, celui qui connaît Jésus et voit à travers lui Dieu dans sa vérité est libéré du monde des apparences où il était prisonnier, des illusions qu'il s'était faites sur lui-même, de son passé, de l'habitude qu'il avait de graviter autour de son moi. Il n'est plus obligé de se battre pour lui-même, de solliciter ; il a pris contact avec la réalité, en elle, il a trouvé l'accès à lui-même, à sa propre réalisation.

Par cette parole de Jésus, les Juifs s'entendent reprocher de ne pas être libres; c'est pourquoi ils s'en défendent. En tant que descendants d'Abraham, ils n'ont jamais eu le sentiment d'être des esclaves. Mais Jésus les renvoie à leur manque de liberté intérieure : «... lorsqu'on commet une faute, on devient esclave de sa faute» (8,34). Pécher, ce n'est pas enfreindre des commandements, c'est rester prisonnier des apparences, refuser de s'ouvrir à la vérité, de croire au Fils. Qui vit dans les apparences tombe en esclavage ; sa vie est manipulée de l'extérieur, il n'a pas de contact avec lui-même. Jésus explicite une fois encore ce qu'est la liberté par l'image de la communauté domestique, dont les esclaves pouvaient à tout instant être exclus alors que le fils y demeurait « à jamais ». Il en conclut que « Si le Fils vous libère, / vous serez vraiment libres » (8,36). Étant le Fils du Père, Jésus est l'homme vraiment libre ; il est dans la maison du Père, nous rendant nous aussi capables d'y demeurer et donc d'être libres. Seul Jésus peut faire don de la vraie liberté. Comment comprendre cette affirmation ? Pour Jean, Jésus est celui qui ouvre les yeux de l'être humain à la vraie réalité, celle de Dieu, et le dégage donc de la réalité extérieure en le mettant en contact avec son vrai Soi, lequel est libre. Ce qui nous libère, ce n'est pas seulement la vérité, mais aussi la foi, qui nous rend clairvoyants. Nous ne sommes plus dépendants de l'opinion des autres, des biens matériels, de la réputation, des apparences ; nous cessons de tourner en rond autour de notre passé, de nos blessures ; nous sommes simplifiés - nous sommes, tout simplement, présents à l'instant, reposant au sein de l'être dans sa pureté, qui est la vérité et la liberté.


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Modifié le  14-02-2012.