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Le bon Pasteur (Jean 10,1-18)

Par Anselm Grün

Certains spécialistes de la Bible sont d'avis que ce discours n'est pas rapporté correctement dans l'Évangile de Jean, et en donnent donc une tout autre version. Je n'en considère pas moins, avec Ludger Schenke, que le texte est parfaitement cohérent. Dans sa controverse avec les pharisiens, Jésus commence par un propos énigmatique (10,1-5) ; il parle de l'activité quotidienne du berger. Il va de soi que le berger entre dans l'enclos des brebis par la porte et non pas en escaladant la clôture ; le portier le connaît et lui ouvre. Seuls les voleurs et les brigands entrent autrement. Le voleur vole par ruse ; le brigand, lui, use de violence pour voler. Ils sont l'un et l'autre des images de ceux qui se présentent au nom de Dieu mais se comportent mal avec ceux vers lesquels ils viennent ; ils font un mauvais usage de leur mission et oppriment ceux à qui ils devraient apporter le message de Dieu. Ce danger n'a pas existé seulement dans l'histoire d'Israël et de l'Église primitive ; il est toujours actuel : il y a encore des guides qui abusent de l'autorité spirituelle. Dans l'Évangile de Jean, tout discours sur la réalité extérieure est une énigme qui cache autre chose ; qui résout l'énigme est un sage, mais on ne peut résoudre l'énigme que si l'on comprend bien Jésus. Or les auditeurs de son temps, comme sans doute bien des lecteurs d'aujourd'hui, ne comprennent pas ce dont il leur parle (10,6). Cet Évangile ne comporte pas de paraboles, mais seulement des discours énigmatiques et des mots imagés, par lesquels Jésus évoque le mystère de l'homme et celui de Dieu; sa théologie mystique n'use pas de ces récits que Luc, le Grec, sait si merveilleusement intégrer à son discours, mais d'images qui laissent transparaître un arrière-plan caché.

Jésus résout lui-même l'énigme en s'identifiant d'abord avec la porte (10,7-10) puis avec le berger ( 10,11-18). Tout ce discours s'articule sur l'affirmation quatre fois énoncée «Je suis». Deux fois, Jésus dit « Je suis la porte », la porte des brebis ; lui seul a l'accès légitime à l'enclos, par lui les brebis peuvent entrer et sortir, trouver bon pâturage et donc avoir abondance de vie (10,9-10). Depuis toujours, la porte est pour les humains un symbole fondamental, celui du passage d'un plan à un autre, de la terre au ciel. Beaucoup de civilisations connaissent l'image de la porte du ciel, passage du plan terrestre au plan divin. Dans les rêves aussi, la porte est un symbole important ; parfois nous rêvons que nous ne retrouvons plus celle de notre maison, ou bien qu'elle est fermée : nous sommes exclus du domaine intérieur de notre âme et nous errons dans le monde extérieur, privés d'accès à nous-mêmes. Jésus est la porte qui nous permet d'accéder à notre cœur, qui nous met en contact avec notre être profond. La grande question est de savoir quelle expérience cette image a pu induire chez les disciples, ou quelle expérience personnelle de Jésus elle exprime. Il semble bien que les premiers chrétiens aient perçu Jésus et ses paroles comme la porte qui leur donnait accès à eux mêmes ; quand ils méditaient à son sujet, ils découvraient soudain qui ils étaient, ils pouvaient entrer, comme par une porte, dans leur demeure intérieure, et s'établir dans leur Soi. Tel est encore aujourd'hui le défi: comprendre Jésus, c'est me comprendre moi-même, accéder à ma vérité. Pour le thérapeute Wemer Huth, la détresse de l'homme de notre temps est d'avoir perdu le chemin de son centre spirituel (cf. Huth, p. 474). L'essentiel, selon moi, c'est d'interpréter l'image de la porte de telle façon qu'elle atteigne l'être humain dans son désir profond de retrouver le contact avec son centre.

Jésus est donc la porte par laquelle je peux entrer et sortir, en quête d'une bonne pâture. Ici apparaît une autre dimension de cette image : la porte ne nous donne pas seulement accès à notre intériorité, mais aussi à l'extérieur, au monde. Entrer et sortir, introversion et extraversion, ce couple est indissociable ; ne reste vivant que celui qui, par Jésus, est capable des deux mouvements. Jésus nous promet qu'en passant cette porte qu'il est pour nous, nous trouverons le chemin du pâturage nourricier ; il est le pasteur dont parle le Psaume 23 :

« Grâce à Toi

couché dans l'herbe des prés verte

Guidé vers les eaux calmes

Tu me redonnes des forces

Tu m'indiques le sentier le plus juste

Oh à cause de ton nom » (ps 23 [22],2-3).

Jésus nous dit qu'en lui nous trouverons le salut, la plénitude de la vie et l'accès à notre être complet; en lui seul apparaît la vie dans sa vérité, la vie divine qui n'est pas bornée par les limites de notre corps et de notre histoire.

Si nous abordons sans préjugés le discours du bon Berger, nous découvrons toute la pertinence de son articulation. Après avoir dit par deux fois « Je suis la porte», Jésus dit encore deux fois : «Je suis un bon Berger» en grec kalos, qui signifie beau, bon, juste. Jésus est le seul vrai berger, tel que l'a décrit la Bible dans le Psaume 23, par exemple, ou dans Ezéchiel 34 (Les pasteurs d'Israël). Il use chaque fois d'images différentes pour expliquer comment il comprend sa mission. Au verset 10,11, il déclare : «Le bon berger se dépouille corps et âme pour ses brebis. » Le berger rétribué, « celui qu'on paie », au contraire, prend la fuite dès que s'approche un loup. «Ceux qu'on paie» n'entreront en scène que quand Jésus aura donné sa vie. Jésus pense donc ici à l'avenir ; il se peut que Jean ait ainsi visé ceux d'entre les responsables de communautés chrétiennes qui, certes, les dirigent, mais ne se préoccupent que de leur commodité personnelle. Les brebis les suivent parce qu'elles connaissent leur voix, mais dès qu'un danger menace, ils reculent et abandonnent les brebis aux loups dévorants. Par cette image du bon berger, Jésus évoque sa mort ; il ne meurt pas en expiation de nos péchés, mais en signifiant qu'il est là pour nous, ses brebis, afin de nous protéger contre les loups, contre les dangers de l'existence. Comment comprendre cela ? On peut, bien sûr, donner une interprétation historique de ces dangers : les chrétiens sont exclus de la communauté juive, et les pharisiens tentent de les détourner de leur foi. Mais une image dit toujours plus qu'à première vue; celle-ci renvoie au mystère de l'homme et à celui de Dieu. Ce qui nous menace, c'est le mépris de nous-mêmes, ce sont les schématismes psychiques qui nous inhibent, les blessures, les offenses, le manque de repères et d'appui. Quand Jésus dit qu'il donne sa vie pour ses brebis, il exprime son amour inconditionnel pour nous. Le pire danger pour l'homme, c'est l'expérience du manque d'amour, avec ses conséquences traumatisantes. Qui sait n'être pas aimé se rejette lui-même, se condamne, devient dur, froid et vide. Il est incapable de s'aimer lui-même et d'aimer autrui; il a donc besoin d'un amour sans réserve, maintenu jusqu'au sacrifice de la vie, pour guérir de cette blessure mortelle. La deuxième fois où Jésus se présente comme le bon berger, c'est pour nous en révéler une autre qualité : « Moi je suis un bon berger, je connais les miennes, les miennes me connaissent, comme le Père me connaît, comme je connais le Père et je me donne corps et âme pour mes brebis » (10,14-15). Ici s'exprime l'intimité de la relation entre Jésus et les siens. Il connaît ses disciples et tous ceux qui croient en lui; son amour va à chacun en particulier, nul n'a pour lui trop peu d'importance pour valoir l'enjeu de sa vie. Jean use ici d'une formule bien particulière : il ne dit pas que Jésus sacrifie sa vie, mais qu'il la met en jeu (tithèmi) pour les siens. Le véritable motif de la mort de Jésus est son amour pour les hommes, qu'il connaît, qui sont ses amis. Dans ses discours d'adieu, il dira : « II n'est pas d'amour plus grand que celui-ci : quitter la vie pour ceux qu'on aime» (15,13). Dans ce verset, Jean emploie également le mot tithèmi ; la Vulgate le traduit par ponere, placer, mettre à la disposition. Sa vie, Jésus l'engage, la met en gage pour ceux qu'il aime ; il ne s'y accroche pas, son amour va jusqu'à la quitter pour eux.

Jésus complète son interprétation du bon berger en évoquant les autres brebis, celles qui ne sont pas dans l'« enclos» «enclos» d'Israël; par là, il donne à entendre qu'il a offert sa vie non pas pour les seuls Juifs mais pour tous les hommes, pour le monde entier, et| qu'il l'a donnée librement : « Personne ne me l'ôte, je la dépose de moi-même» (10,18). Ce Jésus johannique est souverain; il n'est pas le simple jouet d'une situation politique qui le mène à la mort. S'il peut donner sa vie pour ceux qu'il aime, c'est qu'il se sait aimé par le Père, jusque dans sa mort. S'il peut se donner ainsi absolument, c'est parce qu'il n'a pas le seul pouvoir de donner sa vie, mais aussi celui de « la reprendre » (10,18). Il fait là allusion à sa résurrection, par laquelle il accède à un niveau sans égal ; il sait que l'amour est plus fort que la mort. Jean ne voit donc pas dans la mort de Jésus un acte expiatoire ; la notion de faute n'apparaît même pas ici. Jean ne sépare jamais la mort et la résurrection, toutes deux expression de l'amour infini et inconditionnel de Dieu pour les hommes et de celui de Jésus pour les siens, fondé sur l'amour que le Père a pour lui: « Voilà pourquoi je suis aimé de mon Père /parce que je donne ma vie, et qu'après je la reprends » (10,17).

L'image du bon berger que Jésus donne de lui constitue pour nous aussi un défi. Dieu nous appelle à devenir, à notre tour pour d'autres, la porte et le bon berger. Dans l'accompagnement spirituel, il nous est parfois permis de voir que nous donnons à notre interlocuteur la clé de son propre mystère intérieur. L'image du bon Pasteur nous invite à un examen de conscience : en quelle mesure, dans l'exercice de notre activité pastorale ou plus généralement dans notre aide à d'autres, ressemblons-nous à «ceux qu'on paie», indifférents au sort des brebis ; ou bien aux voleurs et aux brigands qui se servent d'elles pour satisfaire leurs propres besoins, aux étrangers qui pénètrent par effraction dans l'âme d'autrui et la dévastent en la plongeant dans l'angoisse. Quiconque s'engage dans la cure d'âme, la thérapie, l'accompagnement, connaît le risque de cet abus spirituel : l'utilisation des autres pour compenser ses propres déficits, au lieu de leur venir en aide. Nos contemporains aspirent à rencontrer de bons pasteurs qui s'engagent pour eux au lieu de les exploiter, sur le plan psychique ou financier.

Jésus, le bon Berger qui donne sa vie et la reprend, est intérieurement libre, déterminé non par son destin extérieur mais par son amour. Comme lui, nous sommes libres de donner notre vie et de la reprendre, mais nous ne ferons l'expérience de sa plénitude que dans l'équilibre entre donner et reprendre ; si nous ne faisons que donner, nous serons bientôt au bout de nos ressources. La « reprise » ne renvoie pas seulement à la résurrection où nous recevrons pour toujours la vie que Dieu nous a destinée ; dans cette vie déjà, nous avons besoin d'un équilibre sain entre donner et prendre. Le véritable amour a le pouvoir de se donner, de mettre sa vie en jeu pour ceux à qui il se donne ; mais un tel amour n'est possible que si j'ai d'abord su prendre l'amour que mes parents m'ont donné et que Jésus fait ruisseler en moi dans une totale plénitude.

 


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Modifié le  14-02-2012.