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« Tais-toi et écoute »

Méditations sur (Marc 7,31-37)

Par Anselm Grün

Lorsque, dans votre prière, vous conversez à haute voix avec Dieu, vous sentez souvent combien vous êtes muet. En sa présence, vous ne trouvez pas les mots pour exprimer votre vérité. Nous avons sans doute beaucoup à lui dire, mais il est difficile de le faire de façon appropriée. Nous découvrons à quel point il est malaisé de traduire ce qui sommeille au fond de notre cœur, nos pressentiments, notre souffrance, nos blessures, nos désillusions, notre amertume.

Aucun mot ne nous vient sur les lèvres. Nous tentons sans cesse de balbutier ce qui reste caché au fond de notre cœur, mais à peine avons-nous essayé que nous nous arrêtons. Nous n'osons pas révéler notre vérité la plus profonde.

En guise de texte de nos exercices, je vous propose donc la guérison du sourd-muet, en Marc 7,31-37. L'évangile raconte : « S'en retournant du territoire de Tyr, Jésus vint par Sidon vers la mer de Galilée, à travers le territoire de la Décapole. Et on lui amène un sourd, qui de plus parlait difficilement, et on le prie de lui imposer la main. Il le prit hors de la foule, à part. »

Pendant ces exercices, Jésus nous prend à part, à l'écart de la foule, loin du bruit quotidien, de tous ces gens qui nous entourent et qui nous occupent. En grec, il est dit : kar idian. Cela peut aussi signifier nous emmener chez lui, se retirer chez soi. Pendant ces exercices, Jésus entend nous prendre chez lui, nous faire habiter avec lui. Il nous prend dans son cœur pour que nous apprenions de celui-ci ce que Dieu voudrait faire en nous. Cette forme de traitement qu'il nous fait subir est bien particulière. Je dois être seul avec lui, et il se consacre alors entièrement à moi. Il me met à son école et entend soigner mes infirmités. Il s'agit là de ma surdité et de mon mutisme.

Je suis assez souvent sourd à ce que Dieu entend me dire. Je me suis bouché les oreilles, de sorte que sa voix si légère ne peut plus m'atteindre. Un père de famille me racontait que, une fois à sa table de travail, il n'entendait plus ses enfants crier. Nous sommes nous-mêmes souvent trop occupés pour percevoir l'appel de Dieu. Nous n'entendons pas non plus ce qu'il voudrait nous dire à travers notre prochain. Nous n'entendons que ce qui nous rassure, mais non ce qui nous remet en question. Nous ne percevons pas les tonalités des cris des autres. Nous entendons bien des mots, mais non pas les gens, leur cœur, leur appel au secours.

Nous sommes aussi muets. Peut-être suis-je devenu tel parce que les autres ne m'ont pas compris, parce qu'ils ne m'ont pas permis de parler ? On a souvent étouffé ma voix en trompant ma confiance. Ou peut-être suis-je devenu muet en présence de Dieu parce que je pense qu'il n'a pas entendu mon appel ? A moins que je ne ferme la bouche parce que j'ai peur de révéler ma vérité aux hommes ou à Dieu ? Je me cache plutôt derrière un flot de paroles, derrière des déclarations pieuses, afin que personne ne puisse découvrir ce qui ne va pas et ce qu'il en est vraiment de moi.

Jésus guérit le sourd-muet en cinq temps. Il nous fait ainsi découvrir ce que signifie vraiment entendre et parler, autant par rapport à Dieu que par rapport à notre prochain. Nos exercices ont cette double fonction : entendre vraiment, parler correctement.

Jésus commence tout d'abord par mettre le doigt dans l'oreille du malade. Le grec déclare : « II lui mit ses doigts dans les oreilles. » II lui bouche les oreilles pour qu'il ne distingue plus le bruit qui nous vient de l'extérieur et qui nous empêche d'entendre vraiment. Il nous fait comprendre à quel point nous sommes blessés. Au cours de ces exercices, il nous faut parfois nous boucher les oreilles pour pouvoir entendre vraiment, entendre ce que Dieu veut nous dire. Au lieu d'écouter les bruits extérieurs, c'est de l'intérieur du cœur qu'il faut percevoir sa voix si légère. Ce faisant, nous pourrons aussi nous ouvrir à la voix des gens qui nous entourent, ceux dont les mots nous parlent de Dieu. Nombreux ceux qui se bouchent les oreilles parce qu'ils ont peur de l'agressivité ou du mépris qu'ils croient déceler dans les mots des autres. Quand Jésus nous met avec amour le doigt dans les oreilles, il entend nous dire que, même dans les paroles agressives, il y a un désir d'entrer en relation avec nous.

Le second temps de la guérison consiste en ce que Jésus met un peu de salive sur la langue du sourd-muet. On peut y voir un geste de tendresse, comme un baiser. Il s'approche de l'homme comme une mère qui soigne l'écorchure de son enfant en la suçant. On ne peut pas obliger quelqu'un à parler. Pour lui délier la langue, il faut créer une atmosphère d'intimité et d'acceptation. Dans nombre de psychothérapies, il faut beaucoup de temps pour que le patient puisse vraiment dire ce qui le touche. Cela suppose de la confiance. C'est alors seulement que la vérité se traduit en mots.

Fridoline Stier traduit ainsi ce passage : «Jésus cracha et lui tint solidement la langue. » De cette façon, elle veut dire que Jésus doit commencer par stopper le flot de nos paroles pour nous apprendre à vraiment parler. Nous nous cachons si souvent derrière nos mots. Il y a des gens qui, en compagnie, n'arrêtent pas de parler. Il leur faut débiter assez de paroles pour que personne ne puisse avoir l'idée de leur demander leur vérité. Celle qu'ils se camouflent. Au cours de ces exercices, nous avons besoin de silence pour percevoir la voix de Dieu : c'est le silence qui nous permet de nous confronter avec lui et avec nous-mêmes. Cependant nous ne devons pas interdire de parler à notre seule langue, mais aussi à nos pensées. Car, même quand nous nous taisons, notre raison continue à fonctionner. Notre tête est sans cesse tirée à hue et à dia, nous demandant s'il faut faire ceci ou cela, quelle décision prendre. Bien souvent, ces ruminations sont une façon d'éviter notre vérité. Nous préférons tourner en rond dans notre tête plutôt que de laisser Dieu entrer dans notre cœur. Il se peut même que nous agitions de pieuses pensées, mais elles n'ont pour but que d'éviter que Dieu vienne lui-même nous toucher. Au cours de ces exercices, il s'agit d'introduire Jésus dans notre cœur pour qu'il puisse nous faire entendre des mots capables de nous toucher, de découvrir notre vérité authentique et de nous guérir, des mots capables d'imposer le silence à toutes nos pensées, des mots d'amour qui nous établiront dans la paix.

Troisième temps de la guérison du sourd-muet : Jésus lève les yeux au ciel. Au cours de ces exercices, il entend tourner notre regard vers  Dieu. Par sa prière au Père, il ouvre le firmament au-dessus de nous. Quand, dans ces exercices, nous rencontrons Jésus d'une façon nouvelle dans la méditation et le silence, le ciel s'ouvre et, d'un seul coup, tout devient clair. D'un seul coup, nous pouvons enfin proférer un oui dans notre vie. Notre cœur s'élargit et nous savons que tout est bien. Mais, en tournant son regard vers en haut, Jésus veut aussi nous montrer que, dans chaque mot que nous disons ou entendons, il s'agit finalement de Dieu. Chaque parole se fonde en dernier ressort sur la parole divine. Le véritable mystère de l'écoute et de la langue, c'est finalement que Dieu nous parle. Nous devrions apprendre à écouter de telle sorte qu'en chaque parole de la Bible nous puissions voir le ciel ouvert au-dessus de nous, qu'à travers chaque mot Dieu nous parle au cœur. Même dans les propos des hommes, nous devrions toujours percevoir le désir de Dieu. C'est alors que nous entendrions vraiment. Et, à travers chaque mot que nous proférons, il s'agit finalement de rendre Dieu perceptible en ce monde, de dire des paroles d'amour qui rendent sensible son amour. Le but de chaque entretien authentique, c'est d'ouvrir le ciel au-dessus de nous. Nous avons tous éprouvé combien une conversation profonde arrête le temps et rend Dieu proche, comment le ciel forme alors une voûte au-dessus de nous et combien notre cœur se dilate. En nous conduisant à nous taire et à nous boucher les oreilles, ces exercices veulent nous rendre sensibles à ce qui peut se passer dans l'écoute et dans le discours à partir du moment où nous nous y livrons authentiquement.

Alors Jésus soupira, ce que l’on peut aussi traduire en disant qu’ il poussa un gémissement. Cela marque la violence de son effort. Il lutte en ma faveur afin que je me décide vraiment pour Dieu, que je me libère de toute dépendance, que je mette fin à mon propre emprisonnement, que je laisse vraiment Dieu entrer dans ma vie. Il se bat avec ma maladie, avec mon mutisme et ma surdité, afin que par tous mes sens je puisse m’ouvrir à Dieu. Son gémissement fait voir à quel point il souffre pour moi, et qu'il agit, non pas de l'extérieur, mais en me faisant entrer chez lui. Il  m'ouvre son cœur pour que j'y trouve le repos, pour que j'y redevienne bien portant afin que je puisse en retour ouvrir totalement mon propre cœur à Dieu.

Ce n'est qu'après ce quatrième temps que retentit la parole libératrice. Jésus dit au sourd-muet : ephphatha, c’est-à-dire ouvre-toi. Dans notre rencontre, il entend ouvrir tous mes sens à Dieu : mes oreilles, afin que je l'entende à neuf, mes yeux, pour que je puisse le reconnaître vraiment — je dois aussi jeter un regard renouvelé sur le monde, afin de pouvoir y reconnaître Dieu —, mon tact, pour que je découvre dans le vent et dans le soleil la tendresse de l'amour divin. Trouver Dieu partout : c'est ainsi que saint Ignace caractérise l’ouverture à laquelle ces exercices voudraient nous conduire. Je suis ouvert si je perçois à tout moment avec attention ce qui existe, si c’est en pleine conscience que je marche, m'assois, me tiens debout, respire, écoute.

Chez le sourd-muet, l’ouverture se traduit par le fait de retrouver l'ouie et par la rupture des liens de sa langue. L'image du lien indique que le malade était au pouvoir du démon, dont Jésus le délivre. Chez nous, ce pouvoir du démon peut consister en peur, ou en n'importe quelle contrainte qui nous ligote. Nous craignons de dire ce qu'il y a en nous, car nous pourrions en être blessés. Nous sommes comme obligés de parler sans cesse pour nous détourner de nous-mêmes. Jésus voudrait nous délivrer des liens de ces peurs et de ces contraintes pour nous réapprendre à parler correctement, à parler comme cela convient à Dieu. Cela veut dire que nos mots permettront la relation, que ce seront des paroles d'amour capables de toucher les autres, de les éveiller à la vie, des mots d'encouragement qui les remettront debout, des mots de vie, de consolation, des mots qui les conduiront à la liberté.

Si vous méditez ce récit de guérison tout au long du jour, ne vous contentez pas de le faire lors de vos temps de silence. Il s'agit de transposer cette histoire dans votre vie quotidienne, dans votre travail, dans votre écoute, dans vos propos. Veillez à ce que vous écoutez et à ce que vous dites, en faisant attention à ce que cela vienne du cœur. Exercez-vous à reconnaître la voix de Dieu dans tous les mots que vous entendez. Apprenez à parler de telle sorte que vos mots débordent d'un cœur plein d'amour. Vous découvrirez alors que ce que vous dites, touche les gens qui vous entourent et les éveille à la vie, que cela suscite une relation et que le ciel s'ouvre au-dessus de vous. Si vous écoutez avec attention, si vous ne parlez qu'en pleine conscience, vous apprendrez qu'en définitive il s'agit de percevoir à travers chaque mot la parole de Dieu et de faire résonner en toute parole celle de Dieu même. Et une parole de Dieu est toujours une parole d'amour, une parole qui fait vivre. En méditant ce récit de guérison, efforcez-vous de prier inlassablement, de telle sorte que vos oreilles s'ouvriront toujours plus à l'entretien que Dieu mène avec vous, que vos lèvres ne cessent de louer Dieu pour tout ce qu'il réalise en vous et vous donne à chaque instant. Alors vous pourrez vous Joindre à la louange de la foule ; « II a bien fait toutes choses ; il fait entendre les sourds et parler les muets. »

 


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Modifié le  14-02-2012.