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Prier en secret
Méditations sur (Matthieu 6,5-6)

Par Anselm Grün

Faire des exercices, c'est s'entraîner à la prière, c'est suivre une école de prière. En Matthieu 6,5-6, dans le Sermon sur la montagne, Jésus nous dit comment faire : «Quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : pour faire leurs prières, ils aiment à se camper dans les synagogues et les carrefours afin qu'on les voie. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, terme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » En disant cela, Jésus renvoie aux diverses formes de prière chez les juifs. A certains moments, ils se rendaient au temple, mais pouvaient aussi se retirer chez eux. Pour beaucoup d'entre eux, même pour les membres de cercles pharisiens, il s'agissait là d'une règle méritoire. Pour bien se faire voir, on se tenait debout. On multipliait les prières en se prêtant ainsi à l'admiration des gens. Jésus se dresse contre de telles façons de taire : dès lors que les prières ne visent qu'à nous mettre en valeur, elles ne sont plus que comédies. Jésus nous invite au contraire à nous retirer en un lieu isolé, là où personne ne nous verra. Il nous parle d'une chambre, chez les campagnards de Palestine, une espèce de hutte. Avant de prier, il faut en fermer la porte.

Pour Jésus, la prière est donc une affaire qui se passe uniquement entre Dieu et nous. Il n'est plus question de nous faire valoir devant les autres, même sous prétexte de les édifier. Nous devons renoncer à tout ce qui, en elle, nous donnerait un quelconque sentiment de supériorité : puisque je prie, je suis meilleur que les autres et je peux les regarder d'en haut. Or c'est bien comme cela que les hypocrites comprennent la prière. Pour eux, il ne s'agit pas de Dieu, mais de leur prestige. Leur but, ce n'est pas de rencontrer Dieu, mais de se pousser du col en se croyant supérieurs aux autres. En priant, ils ne font que tourner autour d'eux-mêmes.

Notre prière doit se dérouler dans le secret. Cela ne signifie pas seulement que nous devons fuir les yeux des autres. Le secret désigne aussi la pièce intérieure dans laquelle nous devons nous retirer. Se retirer dans le secret, c'est rentrer dans la chambre de son cœur et y fermer la porte à tous les bruits du monde. Prier, c'est laisser entrer Dieu dans ma chambre, afin de me retrouver seul à seul avec lui et de le laisser me transformer. La prière est donc quelque chose de très intime. Elle se passe au plus profond de notre âme. C'est là que nous rencontrons Dieu, car il se cache en notre cœur. Il existe en nous un espace de silence auquel le monde n'a pas accès, et où même le tapage de nos propres pensées ne peut pénétrer. C'est là que Dieu habite en nous et, là où Dieu habite, toutes nos pensées doivent faire silence : les reproches que nous nous faisons à nous- mêmes, nos sentiments de rancune, nos conflits avec les autres, nos insatisfactions, nos mécontentements, nos jalousies, nos calculs. Tout en nous doit devenir tranquille. Nous sommes alors vraiment libérés du pouvoir de ce monde, du pouvoir des hommes, de leurs attentes, de leurs exigences, de leurs jugements, de leurs préjugés. Prier ne signifie pas seulement que nous nous entendons avec Dieu au sujet de notre vie, que nous lui demandons si celle-ci est correcte et comment la mener. Selon les mots de Jésus, cela signifie plutôt que nous entrons dans l'espace intérieur du silence, que nous nous mettons à l'abri du bruit de ce monde pour nous retrouver seul avec Dieu, pour nous retrouver tranquilles avec lui qui habite dans cet espace secret.

C'est ainsi que les mystiques ont toujours compris les choses. Évagre le Pontique, un des écrivains monastiques les plus importants du IVe siècle, nous parle du lieu divin où, en nous, brille la véritable lumière grâce à laquelle nous découvrons notre véritable identité, l'image intacte de notre être telle que Dieu l'a tracée. Et il qualifie cet espace intérieur de « revue de la paix ». Le silence y est total. Là cessent tous les soubresauts qui agitent si souvent notre âme, ceux de nos besoins, de nos passions, de nos émotions, de nos pensées si contradictoires. Là, notre cœur trouve le repos, car là règne la paix de Dieu. C'est en même temps le lieu d'où sont exclues toutes les disputes humaines. L'accès en est barré à toute malveillance, à tout refus. Là, peu importe ce que les autres pensent et disent de nous : nous sommes seuls avec Dieu. C'est là que nous avons notre patrie, parce que Dieu lui-même, mystère par excellence, y repose. On ne se trouve vraiment chez soi que là où demeure le mystère.

Jésus nous dit que le Dieu qui habite en nous voit aussi ce qui est enfoui. Il regarde dans notre cœur. Il connaît tous les recoins de notre âme, ceux où nous aimons nous faufiler pour nous cacher de lui et des hommes. Il perce les motifs égoïstes de nos prières. Rien n'échappe à ses yeux. Il ne nous reste finalement qu'à nous présenter à lui dans une nudité totale. En le laissant voir tout ce qu'il y a en moi, je me découvre vraiment libre. Seule la vérité nous rend libres, nous dit Jésus dans l'évangile de saint Jean. Si je cesse de cacher quelque chose à Dieu, je cesse par là même de me détester et de me condamner. Je sais que tout ce qui est sombre et mauvais, ce qui me rend amer et m'empoisonne - les replis les plus profonds de mon cœur – est aussi habité par l'amour de Dieu. Je n'ai donc plus besoin de me mettre à l'abri de moi-même. Je puis occuper la totalité de ma maison. Car chaque chambre, même la cave la plus obscure, est demeure divine : Dieu l'éclaire de la chaude lumière de son amour. Nombreux sont ceux qui n'occupent que la moitié de leur maison. Mais les espaces inoccupés contaminent par leur moisissure tout l'immeuble. Ce que nous nous cachons à nous-mêmes, à Dieu ou aux autres, tue notre vitalité.

L'histoire de la spiritualité recourt aux images les plus diverses pour décrire les chambres intérieures où nous devons nous retirer pour prier. Les Pères de l'Eglise parlent du saint des saints. Ils font ainsi allusion au temple avec ses différents cours et portiques, dont certains n'étaient accessibles qu'aux hommes, d'autres aux femmes, d'autres aux païens. Mais, au saint des saints, seul le grand prêtre pouvait accéder. Dans le saint des saints de notre cœur, seul le Christ entre pour prier le Père en nous et avec nous. Cet espace est fermé aux païens, autrement dit à tous les soucis qui, si souvent, nous accablent, ceux liés à  notre travail, à notre famille, à nos amis ou, tout simplement, à nous-mêmes, à notre santé ou à notre perfection, nos susceptibilités, nos peurs. Dans ce saint des saints où je viens faire ma prière, je viens donc me sanctifier, guérir, retrouver le contact avec l'éclat originel que Dieu me prêtait, avec l'indestructible beauté qu'il m'a conférée.

Catherine de Sienne parle de la cellule intérieure où nous nous retirons pour prier, celle où nous nous retrouvons seul avec Dieu. Pour Thérèse d'Avila, la prière intérieure a lieu dans la pièce la plus profonde du château de notre âme, où nous nous sommes retirés avec le seul ami auquel nous voulons parler, Dieu, parce que nous sommes certains qu'il nous aime. « Cella est coelum », disent les moines : la cellule intérieure est le ciel, c'est là que le ciel s'ouvre au-dessus de nous. Là, notre vie s'élargit. Là, nous percevons que nous ne sommes pas seulement créatures terrestres, mais aussi créatures célestes. Là nous avons part à la gloire du ciel, nous participons à l'hymne de louange éternelle qui y retentit. Les moines disposent encore d'une autre notion pour qualifier leur cellule : cella est valetudinarium ; la cellule est l'infirmerie où nous retrouvons la santé. Puisque Dieu y habite, si j'y demeure dans la prière, j'y guéris. Je m'y trouve enveloppé par la présence aimante et salvatrice de celui qui vient soigner mes plaies : son amour se glisse dans mes ressentiments, panse mes blessures, calme mes jalousies et mes sentiments d'amertume, cure les recoins empoisonnés de ma vie et de mon âme, attendrit ce qui est durci, remet au jour ce qui est refoulé, coupé de la vie. Dans l'espace du silence, je redeviens neuf. Me reste à faire déborder cette santé de ma cellule intérieure dans toutes celles de ma maison, afin que le salut divin s'affirme partout chez moi.

Autres images utilisées à propos de cet espace intérieur de la prière : celle de la fiancée du Cantique des cantiques. C'est un jardin fermé, une source scellée (Cant 4,12). En nous jaillit la source de l'Esprit-Saint, celle de l'amour divin. Mais, bien souvent, cette source est bouchée par un amas de gravats - nos soucis, nos ruminations - qui se sont peu à peu accumulés et forment barrage. Dans la prière, nous nous débarrassons de toute cette sédimentation et nous redonnons libre cours à la source dont l'eau pure vient baigner nos profondeurs. Nous pouvons alors puiser à cette source d'amour ; à l'amour même de Dieu, celui dont le Cantique des cantiques déclare : « Ton amour est plus doux que le vin » (1,2). Dans la prière, c'est à cette source de l'amour divin que je m'abreuve afin que celui-ci puisse couler en moi et chez tous ceux que je rencontre quotidiennement.

Autre image encore : la flamme. C'est à elle que recourt encore le Cantique des cantiques pour décrire l'amour. « Ses traits sont des traits de feu, des flammes puissantes » (Cant 8,6). Luc parle du feu du Saint-Esprit. En nous, le feu du Saint-Esprit, c'est l'amour divin. Nous n'en sommes pas consumés, mais vivifiés. Il n'a pas pour retombée les cendres d'espérances sans lendemain, mais la braise ardente d'une charité durable. Prier signifie ranimer en nous l'ardeur du feu divin qui vient nous réchauffer et nous revivifier afin que nous puissions  à notre tour répandre cette chaleur sur les autres. Prier veut dire que je protège en moi le feu afin que, de ce feu de l'amour divin, puisse jaillir une étincelle sur tous ceux auxquels j'ai affaire.

C'est pourquoi, en guise d'exercice, je vous propose de vous asseoir en silence devant Dieu. Entrez dans la chambre de votre cœur et efforcez-vous de fermer la porte. Donnez-vous une demi-heure ou une heure pour vous retrouver simplement seul avec Dieu. Observez votre respiration et imaginez-vous que, en expirant, vous évacuez tous les éboulis de votre histoire, ceux qui se sont accumulés dans votre cellule intérieure, ceux qui bouchent la source scellée et étouffent la braise du foyer. Puis prenez l'image qui vous convient le mieux, celle de la source intérieure, de la flamme qui brûle en vous, du saint des saints où vous trouvez le salut, de la cellule intérieure où vous êtes assis seul avec Dieu et où vous pouvez parler avec lui comme avec un ami, ainsi que le disait Thérèse d'Avila. Restez ainsi assis une demi-heure. Au début, vous constaterez que les portes de votre maison ferment mal, qu'en dépit de vos efforts, le bruit de vos pensées fait sans cesse irruption. Mais ne vous en inquiétez pas. Regardez ces pensées et laissez-les disparaître comme un nuage. Retirez-vous encore plus profondément dans votre chambre intérieure, là où rien ne peut plus pénétrer. Peut-être y aura- t-il quelques instants où vous aurez l'impression d'un silence total. C'est alors que vous ferez l'expérience à laquelle Jésus entend nous introduire par son école de la prière : être seul avec Dieu, être uni à celui qui aime mon âme, être en Dieu, toi en moi et moi en toi. Peut-être pourrez-vous alors dire comme sainte Thérèse : « A celui qui a Dieu, rien ne manque : Dieu suffit. »


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Modifié le  14-02-2012.