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La main sur ma plaie

Méditations sur (Marc 1,40-45)

Par Anselm Grün

Quand, au cours de ces exercices, nous nous mettons en présence de Dieu, nous prenons douloureusement conscience de nos blessures et de nos plaies. Il n'existe personne dont la vie puisse en être exempte. Bien sûr, ces exercices ne sont pas en premier lieu une thérapie, mais une rencontre avec Dieu. Nous ne pouvons cependant rencontrer celui-ci sans y apporter tout ce que nous portons en nous. Si nous voulons prier, nous devons le faire avec notre vérité tout entière. Nous nous mettons en présence de Jésus-Christ, le sauveur, et il entend bien guérir nos blessures et nos maladies. Aussi longtemps que nous négligeons de reconnaître nos maux, nous nous faisons du mal à nous-mêmes et nous refusons de nous ouvrir totalement à Dieu. En évitant d’avouer les blessures passées, nous nous condamnons soit à blesser les autres, soit à nous faire du tort à nous-mêmes. Je rencontre sans cesse des gens qui s'exposent inconsciemment à des situations où se répètent leurs blessures d'enfance mal guéries. Une jeune fille cherche, par exemple, un ami qu'elle pourra mépriser parce qu'elle n'a jamais pris au sérieux son père. Une personne recherche une compagnie qui la blesse comme le faisait sa mère.

La guérison du lépreux, telle que la raconte Marc 1,40-45, nous invite à révéler toutes nos plaies au Christ pour qu'il puisse les toucher et les guérir. Ce malade est venu à lui en l'appelant à l'aide. Un lépreux, c'est-à-dire quelqu'un qui ne peut se tenir debout, qui ne peut s'accepter et qui se sent par là même exclu par les autres. Il s'agit souvent là d'un cercle vicieux que nous sommes incapables de briser nous-mêmes. Nous ne pouvons consentir à ce que nous sommes, et nous ne percevons alors les mots et les gestes des autres que de façon négative : si quelqu'un parle, c'est qu'il daube sur moi ; si quelqu'un rit, c'est de moi ; je ne vois partout que refus de moi. Je me tiens de plus en plus à distance, tout comme devaient le faire les lépreux en Israël : ils devaient demeurer à l'écart et n'avaient le droit de s'approcher d'aucune personne bien portante. C'est ce que ressentent aujourd'hui beaucoup de gens. C'est à l'écart des autres qu'ils vivent leurs peurs, leur refus d'eux-mêmes, leur incapacité d'entrer en relation. Ils sont continuellement dans la crainte de peser sur les autres : «Je suis vraiment impossible. On ne peut pas m'aimer.»

Dans notre histoire, notre lépreux est conscient de son malheur et de son désespoir. Il ose briser la barrière de sa solitude. Il vient vers Jésus, tombe à ses pieds et déclare : « Si tu le veux, tu peux faire que je devienne pur» (Mc 1,40). Tout comme lui, nous devons nous aussi avouer notre impuissance. Nous ne pouvons nous guérir nous-mêmes. Nous ne pouvons même pas décider de nous accepter désormais nous-mêmes, tels que nous sommes ; nous avons besoin de découvrir que quelqu'un nous accepte sans condition. Le lépreux croit que Jésus peut le purifier, qu'il peut le libérer de tous les reproches qu'il se fait à lui-même, de son besoin de se déprécier et de se flageller lui-même, d'échapper à l'angoisse de se voir rejeté comme nul. Il sait aussi que toutes ses tentatives pour échapper au cercle vicieux du refus de soi-même et du rejet par les autres sont vouées à l'échec. Chez nous aussi, le salut ne peut commencer que si nous nous rendons ainsi à Dieu, que si, comme le lépreux, nous tombons à genoux aux pieds de Jésus-Christ, sauveur du monde, et que nous crions du plus profond du cœur vers celui qui, seul, peut nous aider et nous guérir.

La description de la guérison du lépreux comporte quatre temps, ceux qui peuvent aussi devenir pour nous les temps du salut. Jésus a pitié du malade. Le grec dit plachnisteis. Il est saisi aux entrailles. Les entrailles sont le lieu des sentiments blessés. Jésus ne traite pas le malade de l'extérieur. Il le laisse l'envahir. Il ressent avec lui. Il ressent avec moi. Il se laisse blesser par moi. Dans et par ses plaies, il peut guérir les miennes. Puis Jésus étend la main. Il franchit l'abîme qui existe entre le lépreux et lui. Celui qui se refuse lui-même ne peut parfois pas admettre que quelqu'un tende la main vers lui. C'est pourquoi Jésus ne prend pas immédiatement la main du malade, mais lui tend lui-même la sienne. Il crée un pont et permet au malade de venir lentement à lui. Je connais beaucoup de gens qui n'osent pas venir à Jésus avec toutes les purulences qu'ils traînent. Il est consolant de savoir qu'il nous tend lui-même la main, qu'il nous appelle à faire le pas qui nous fera sortir de nous-mêmes.

Alors Jésus touche le lépreux. Il n'est pas agréable d'aborder un tel malade. On se salit soi-même les mains. Jésus n'a absolument pas peur de ce contact. Il me touche précisément là où je suis nul et dégoûtant, là où il n'y a que purulence et œdème. Il me touche exactement à l'endroit que je voudrais pouvoir cacher aux autres et à Dieu, parce qu'il m'est insupportable, parce que je ne puis même pas le regarder moi-même sans dégoût. Dans la prière, je consens vraiment à ce que la main de Jésus vienne tout toucher pour tout guérir, afin que je puisse moi-même oser le toucher lui-même avec amour et embrasser sa main. En posant sa main sur mes plaies, Jésus me dit : « Je le veux, sois purifié. » En disant ces mots, il fait couler en moi la force de son amour. Il ne s'agit pas là d'une parole en passant, mais bien de la force de son cœur. A travers elle, c'est toute son affection et son acceptation inconditionnelle de moi qui se répand en moi, sa volonté absolue que j'existe, que je vive, que je sois pur et en bonne santé, que je devienne bon et clair comme au jour où Dieu me créa.

Dans le récit, il est dit : « Au même moment, la lèpre disparut et l'homme redevint pur. » Cela paraît trop beau pour être vrai. Chez nous, les choses ne vont pas si vite. Mais si nous jetons notre lèpre, tout ce qui nous dégoûte, notre nullité, dans une prière pleine d'amour du Christ, si nous laissons couler dans notre refus de nous-mêmes le flot de cet amour, il peut arriver que nous puissions d'un seul coup nous accepter inconditionnellement nous-mêmes. Je le découvre soudain : je puis être ce que je suis. Tout est bien. Au cours de ces exercices, nous devons dans notre prière porter au Christ toutes les plaies qui surgissent. Car tout ce que nous excluons de notre relation avec lui ne fera qu'entraver notre vitalité et bloquer notre relation à Dieu. Au cours des prochains jours, je vous invite à revenir sans cesse exposer au Christ tout ce que vous ne pouvez supporter en vous, ce que vous préféreriez cacher. Exercez-vous à le faire en priant du fond du cœur. Avouez votre incapacité à vous améliorer tout seul. Remettez-vous-en à la miséricorde de Jésus en vous laissant aller dans ses bras. Confiez-vous à lui et pensez qu'il ressent les choses avec vous, qu'il tend le bras vers vous et vous touche et que, par cette simple parole, « je le veux, sois purifié », il injecte en vous un amour brûlant qui vous guérit. Si vous allez communier ces jours-ci, vous pouvez penser que, dans l'hostie, il vient lui-même vous tendre la main. Il vous touche et chasse tout ce que vous refusez et refoulez en vous. Le pain que vous mangez dans l'eucharistie est l'incarnation de la déclaration divine : «Je le veux, sois purifié. » S'il veut que vous deveniez pur, vous devez vous aussi vouloir de toutes vos forces qu'il en soit ainsi en vous parce que Jésus vous a touché, que tout soit bon en vous parce que le Christ consent à ce qui est en vous.


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Modifié le  14-02-2012.