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Le Jugement dernier (25,31-46)

Anselm  Grün

 

II n'est guère de passage de cet évangile qui ait produit dans l'histoire de la spiritualité une telle fascination. Ici, la vie et l'amour chrétiens prennent une dimension universelle. L'amour du prochain s'adresse à tous, et surtout aux pauvres et aux affligés, chrétiens ou non. Il est dépourvu de tout calcul, il ne sait même pas qu'à travers le prochain c'est au Christ qu'il s'adresse, il n'a d'autre motivation que lui-même. Le philosophe Kant a été particulièrement sensible à cette fascination, mais elle peut toucher même des athées. La théologie de la libération a discerné dans ces paroles de Jésus le cœur de l'Évangile, et parle du sacrement du prochain, passage obligé pour aller à Dieu (cf. Luz, 3, p. 523). Dans le dialogue avec les autres religions, ce texte a également pris une grande importance. L'amour que Jésus exige des chrétiens s'adresse à tous, quelle que soit leur religion, et cette exigence est comprise aussi par les autres religions. Quiconque témoigne de l'amour envers un être humain accomplit le commandement de Jésus, le sachant ou non, et, dans cet être, c'est Jésus Christ qu'il rencontre, même s'il n'a jamais entendu parler de lui.

Les Pères de l'Église ont avant tout vu dans ce texte une exhortation aux œuvres de miséricorde. Les chrétiens devraient se préoccuper des pauvres, apaiser leur faim et leur soif, les vêtir, soigner leurs blessures, les visiter en prison. La légende de saint Martin, partageant son manteau avec un mendiant et voyant ensuite, la nuit, le Christ prononçant le verset de Matthieu 25,40, est profondément empreinte dans la conscience des chrétiens. Origène a interprété ces œuvres de miséricorde non seulement dans le sens matériel, mais également comme l'offre de la nourriture, du réconfort spirituels et du vêtement de la sagesse.

Dans ma jeunesse, ce texte m'a fasciné moi aussi. Il m'a aidé à cesser de graviter autour de moi-même, à regarder les êtres en détresse et à leur apporter l'aide dont ils ont besoin. Il m'a aussi fait peur, car il était souvent interprété comme un index dressé, menaçant. Être chrétien, pour moi, c'est tout simplement être là tout entier pour les autres, chercher partout les pauvres, les affamés, sur le plan spirituel aussi bien que matériel. Ce texte m'a donné mauvaise conscience parce que je sentais bien que je ne pouvais pas voir et moins encore aider tous les êtres en détresse. Aider me servait alors à apaiser cette mauvaise conscience, mais ne signifiait pas que je m'intéressais réellement à l'autre pour lui-même.

Le livre sur «Ceux qui aident sans en avoir les moyens» m'a ouvert les yeux, en me montrant que bien souvent ce que je faisais pour aider était mêlé à d'autres motivations : le goût du pouvoir exercé, le sentiment de devenir meilleur, la compensation de mes propres manques. Ce qui m'a servi, c'est que le Juge se présente en Roi. Dans l'esprit de Jésus, je n'aide pas un pauvre en apaisant ma mauvaise conscience, mais en le considérant et en le traitant comme un être royal. L'aide ne doit pas dégrader l'autre en faisant de lui un assisté, mais le redresser afin qu'il découvre sa dignité de roi ou de reine. En ce sens, le discours de Jésus sur le Jugement m'est une incitation permanente à porter attention aux êtres qui m'entourent quand ils ont faim ou soif, quand ils n'ont ni logis ni racines, qu'ils sont nus, exposés, prisonniers d'eux-mêmes, de leurs obsessions. Je ne peux assurément pas guérir ou aider tout le monde, il faut que j'accepte mes limites, et pourtant les paroles de Jésus ne me laissent pas de repos. Elles me délivrent du narcissisme que l'on observe dans certains parcours spirituels. On se découvre disciple de Jésus, dans l'aptitude à exercer une sobre fraternité. Venir en aide à tout le monde serait une tâche impossible, mais je peux toujours voir dans un frère un roi, dans une sœur une reine ; cela leur rend leur dignité. En revêtir celui qui est nu, en nourrir l'affamé, c'est déjà un premier pas.

Dans ce discours, deux images posent problème à beaucoup de lecteurs. D'abord celle du Jugement; ils lui associent la peur d'être condamnés. Ils voient le Juge comme un comptable pointilleux pesant sur sa balance chacun de leurs actes et les damnant pour l'éternité s'ils ne font pas le bon poids. Or, ce discours est une exhortation à vivre notre vie dans l'éveil. Si nous vivons ainsi, selon l'esprit de Jésus, notre rapport aux autres sera correct. Le jugement montre quel est dès à présent l'enjeu de nos actes : la vie ou la mort. Selon Matthieu, l'être humain sera jugé d'après ce qu'il aura fait et non seulement selon ce qu'il aura pensé ; la vraie profession de foi ne se manifeste pas dans des paroles dogmatiquement correctes, mais en actes. Tous les humains, chrétiens ou fidèles d'une autre religion, croyants ou athées, comparaîtront devant le Christ Juge du monde. Il ne nous appartient pas, à nous, de juger, mais à lui seul qui voit dans les cœurs. Avant ce discours, Matthieu a parlé de l'histoire de Jésus, qui est celle d'« Emmanuel» - Dieu avec nous ; nous pouvons avoir confiance en lui, car il n'est pas seulement le Juge mais aussi le Sauveur, celui qui guérit nos blessures et ramène dans son Royaume les brebis égarées. Ce discours a effrayé bien des gens, et pourtant le but de l'évangile de Matthieu n'était pas de faire peur, mais de nous tirer de l'indécision, de nous inviter à l'ouverture et à la solidarité.

La deuxième image dérangeante est celle de la séparation des brebis et des chèvres (ou des boucs). Cette traduction, la plus courante, est inexacte. L'interprétation selon laquelle le berger sépare le soir les moutons et les chèvres parce que celles-ci ont besoin la nuit d'un air plus chaud n'est sans doute pas plus pertinente (cf. Grundmann, p. 526). Le sens littéral des mots nous montre que le berger séparait les chevreaux destinés à l'abattage du reste du troupeau, composé de moutons et de chèvres (cf. Luz, 3, p. 533 sq.) Ces chevreaux étaient placés du côté gauche, le côté « sinistre », et les autres bêtes du côté droit, de bon augure. Cette image suscite chez bien des gens la même peur que celle du Jugement ;

Ils se demandent de quel côté ils se retrouveront. Or, elle ne renvoie pas au seul Jugement dernier, mais aussi à nos actes quotidiens. C'est ici et maintenant que Jésus nous presse de nous décider à agir selon ses commandements. Nous ne devons pas nous laisser couler au fil du temps, dans l'inconscience, mais au contraire prendre sans cesse des décisions concernant la vie et les êtres qui nous entourent. La question est de savoir si nos actes sont conformes ou non à la volonté de Dieu, s'ils sont utiles aux autres, ou non. Au plus tard quand nous mourrons, Dieu éliminera chez nous ce qui va contre son amour ; comme nous ferons alors sa rencontre, il nous faut nous décider dès maintenant pour lui, ce qui provoque en nous une séparation. En sa présence, nous reconnaîtrons les occasions que nous avons manquées de le rencontrer et de voir son image sur la face des hommes. Cette séparation ne se fera pas sans douleur, mais il nous est permis d'espérer que nous ne serons pas tout simplement placés du côté gauche, et que seul sera éliminé en nous ce qui devra être sacrifié pour que nous puissions être unis à Dieu. L'image de la séparation et de l'élimination nous encourage à choisir dès maintenant une vie conforme aux commandements du Christ Juge du monde. Qui est ce Juge, Matthieu nous l'a expliqué en relatant l'histoire de Jésus, et le récit de la Passion, qui suit le discours sur le Jugement, nous le montre. Jésus est « le Roi de bonté, de tout son cœur dévoué à Dieu et dépourvu de tout pouvoir terrestre » (Grundmann, p. 15), qui tombe entre les mains des hommes, subit leur jugement puis s'en retourne vers l'amour de son Père.


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Modifié le  14-02-2012.