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La parabole des talents (25,14-30)

Anselm Grün

Cette parabole irrite de nombreux lecteurs ; ils éprouvent une compassion spontanée pour le troisième serviteur, qui, n'ayant reçu qu'un talent, était défavorisé et se voit puni de surcroît. Jésus les invite délibérément à se solidariser avec lui, pour leur ouvrir les yeux sur ce qui fait la vraie réussite d'une vie. Si nous aussi nous enterrons notre talent, nous refusons de vivre. Bien souvent les exégètes ont fait mauvais usage de cette parabole; des enseignants l'ont instrumentalisée pour inciter leurs élèves à améliorer leurs résultats, à investir leurs talents. Ce n'est pas ce que Jésus cherche à faire ; le thème de sa parabole, c'est la peur et la confiance. Les deux premiers serviteurs savent faire un bon usage des talents que leur maître leur a confiés ; ils ne sont pas récompensés pour ce qu'ils ont fait, mais pour leur confiance. Qui manie de l'argent prend toujours le risque de le perdre, les affaires sont ainsi faites. Qui recule devant le risque enterre son talent, comme le troisième serviteur. La parabole nous explique clairement pourquoi ce serviteur l'a fait. Il s'est senti défavorisé par rapport aux deux autres, il s'est comparé à eux, et il a refusé son sort parce qu'il s'estimait inférieur.

Sa deuxième raison d'enterrer son talent tient à son image de Dieu : «Maître, dit-il, je connais ta dureté. Tu veux récolter sans avoir semé. Et ramasser sans avoir jeté. J'ai donc pris peur. Après ton départ, j'ai enfoui dans le sol le seul talent que tu m'as donné » (25,24.25). Image d'un Dieu qui juge et punit, d'un Maître sévère qui ne laisse passer aucune faute, et qui fait peur. Que dit Jésus à ses auditeurs ? « Si tu as de Dieu une image aussi négative, si tu te le représentes comme un comptable pointilleux, un Dieu despotique qui récolte où il n'a pas semé, ta vie n'est d'ores et déjà que pleurs et grincements de dents ; si tu as peur de Dieu, cette peur te paralyse et t'empêche de vivre. Une image morbide de Dieu te rend malade. »

La troisième raison qu'a ce serviteur d'enterrer son talent, c'est le souci de sécurité. Comme il se sent défavorisé, il ne veut en aucun cas perdre le peu qu'il a, et ne veut commettre aucune faute, pour éviter toute critique. Mais, justement parce qu'il ne veut faire aucune faute, il a tout faux ; parce qu'il voudrait tout contrôler, il perd le contrôle de sa vie. Il tenait à lui-même et à son talent, et le voilà qui finit par perdre tout.

Le maître le qualifie de «mauvais» et «fainéant», selon la traduction généralement admise ; en fait il faut lire non pas « fainéant », mais « craintif, peureux ». C'est par peur qu'il n'a rien entrepris ; il était trop hésitant et indécis. Le maître lui reproche de n'avoir pas agi autrement en dépit de la mauvaise image qu'il avait de sa sévérité ; il aurait pu tout au moins déposer son argent chez un prêteur, et en percevoir les intérêts. À l'époque, ceux-ci s'élevaient au maximum à 12 % ; le gain aurait été modeste. Mais cet homme s'est montré incapable de gérer son avoir, et c'est pourquoi son talent lui sera retiré et ira au premier serviteur. Ce passage provoque souvent l'irritation des lecteurs. J'entends dire: c'est vraiment injuste; de toute façon, il était déjà désavantagé et n'y pouvait rien, et maintenant on lui prend tout. Mais Jésus veut attirer l'attention sur les conséquences que l'on encourt à se vouloir trop prudent. Qui vit dans la peur, comme le troisième serviteur, se détruit lui-même, se prive de la vie en refusant celle qu'il a.

Par ce maître, Matthieu a certainement représenté Jésus qui a quitté les humains lors de l'Ascension et reviendra vers eux en majesté, à la fin des temps. Les serviteurs, ce sont les hommes auxquels Dieu a confié sa fortune. Cette image fait apparaître la dignité de tout être humain ; à chacun, Dieu a confié quelque chose. Les talents aussi ont été diversement interprétés. Origène voyait en eux la Parole de Dieu ; les cinq talents signifieraient alors la compréhension de l'Écriture selon l'Église, les deux talents renvoient à ceux qui joignent à la compréhension de la lettre celle de l'esprit, et le talent unique veut dire que l'on en reste à la lettre. D'autres exégètes pensent que les talents désignent les cinq sens que Dieu a donnés aux hommes ; au Moyen Âge, les différents dons et charismes reçus de Dieu étaient appelés talents. La multiplication des talents signifiait alors soit une compréhension approfondie de l'Écriture, soit la fécondité que l'amour donne à notre vie. Enterrer quelque chose était déjà considéré comme un signe de peur; la peur fait que l'on reste centré sur soi-même, incapable de se donner par amour.

Cette parabole est à mes yeux une invitation à vivre dans la confiance et non dans la crainte. Celui qui veille anxieusement à ne faire aucune faute fait tout de travers, il se ménage lui-même une vie dans l'enfer de la peur. Tout ce qu'il voudrait réprimer refait surface la nuit et doit être à nouveau réprimé, la vie n'est plus que pleurs et grincements de dents. La question est de savoir pourquoi Jésus use d'images aussi dures ; sans doute veut-il pousser ainsi l'attitude anxieuse jusqu'à l'absurde parce qu'elle nous inspire naturellement de la compassion. Nous avons tendance à nous apitoyer sur nous-mêmes : tout est si difficile, n'est-ce pas ? Et puis nous avons été mal lotis, avec le peu que nous avons reçu, nous ne pouvons pas vivre comme il faut. Jésus veut nous débarrasser de cette attitude, en tirant radicalement les conséquences qu'elle entraîne. Il chasse notre peur par la peur, afin que nous prenions le chemin de la confiance et de l'amour.

Cette parabole révèle aussi la sagesse de Jésus dans ses rapports avec ceux qui se dévalorisent eux-mêmes en se comparant aux autres. Un de mes amis, psychologue, m'a rapporté le cas d'une femme qui ne voyait en elle que des aspects négatifs. Il essaya d'être constructif, de lui montrer ses côtés positifs, mais plus il tentait de les dégager, plus elle se dévalorisait. Il eut alors une idée lumineuse : il renchérit encore sur les propos négatifs de sa patiente, et elle se révolta soudain : « Mais comment pouvez-vous dire tout cela de moi ! » II faut parfois montrer aux gens que leur attitude est désastreuse, en l'accentuant encore, pour qu'ils finissent par comprendre à quel point leur vision est faussée. Comme ce psychologue, Jésus cherche à susciter la confiance en montrant à quoi mène la peur, à faire découvrir les forces qui sont en nous en dépeignant nos faiblesses. Celui qui s'apitoie sur lui-même doit ouvrir les yeux, cesser de se crisper sur sa personne et trouver le courage de vivre sa vie.


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Modifié le  14-02-2012.