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La parabole des dix vierges Accueil | Nous contacter

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La parabole

des dix jeunes filles (25,1-13)

Anselm Grün

 

II n'est guère de parabole qui ait été aussi présente dans l'histoire de l'art. Dès le IVe siècle, une fresque romaine représente les cinq jeunes filles sages ; le roman et le gothique montrent les dix, les « sottes » et les « sensées », surtout aux portails dédiés à la Vierge. Les unes et les autres, à l'évidence, offraient aux lecteurs et aux spectateurs une possibilité d'identification. Cette parabole se réfère aux usages matrimoniaux du judaïsme, et pourtant elle comporte des motifs en contradiction avec les rituels de l'époque, par exemple celui de la porte fermée.

On peut l'interpréter de bien des façons : comme une image du Jugement dernier, ou de la rencontre avec le Christ, le Fiancé, lors de notre mort ; elle nous invite alors à vivre consciemment et à attendre en état d'éveil la venue du Seigneur.

Cette parabole peut tout autant évoquer l'attente de Jésus susceptible de venir à tout instant. Quand il vient, il célèbre ses noces avec nous ; nous accédons à notre propre unité, les oppositions se résolvent en nous entre le masculin et le féminin, la lumière et l'ombre, le jour et la nuit, le divin et l'humain. Nous accédons à notre vraie nature, notre Soi, à l'unité avec Dieu, but de notre vie ; nous célébrons la fête dans la joie. Cette parabole décrit le chemin qui nous y mène.

Dix jeunes filles se mettent en route avec leurs lampes pour aller chercher l'époux. Ces lampes, fichées sur une perche, des flambeaux, ne brûlaient pas longtemps sans être rechargées ; il fallait sans cesse y remettre de l'huile. Quand, à minuit, retentit le cri : « Voici le marié ! », elles veulent toutes préparer leurs lampes; c'est alors que les «étourdies» s'aperçoivent qu'elles n'ont pas emporté de réserve d'huile: leurs lampes ne pourront brûler que très peu de temps. Certains exégètes sont d'avis que les lampes ont brûlé tout le temps écoulé ; les « étourdies » auraient alors simplement compté sans le retard de l'époux. D'autres pensent, au contraire, qu'elles allument leurs lampes au moment où l'époux est annoncé, et que, n'ayant pas emporté de réserve d'huile, elles ne pourront aller jusqu'au bout de sa recherche. Dans le premier cas, «l'étourderie» est de n'avoir pas prévu le retard de l'époux, c'est-à-dire Je retour du Christ. Dans le second cas, elle est de ne pas prendre assez d'huile, de vivre au jour le jour sans réfléchir, de négliger la tâche qui fait l'importance de la vie, de ne pas être fiable. Je me rallie à la seconde interprétation. Les jeunes filles « avisées » (les « vierges sages ») se sont préparées avec soin pour la danse nuptiale, les « étourdies » (les « vierges folles ») avec négligence et sans grande conviction.

Cette opposition entre sagesse « avisée » et folie, ou «étourderie», est caractéristique des paraboles de Jésus: nous avons «l'homme avisé» qui a construit sa maison sur le roc et «l'homme insensé» qui a bâti la sienne sur le sable (Mt 7,24-27) ; l'homme qui thésaurise étourdiment sans penser qu'il peut mourir bientôt (Le 12,16-21) ; l'intendant infidèle qui est loué pour sa sagesse (Le 16,1-18). Le mot grec pour «sot, fou», moros, veut dire littéralement «obtus, bête»; il s'applique à une façon d'agir inadaptée, au manque de réflexion sensée. La sottise, la «folie», peut être une puissance qui trouble le raisonnement et pousse à des comportements absurdes, déraisonnables (cf. Bertram, p. 837 sq.). Le mot grec phronimos, pour « sage, avisé », vient dephrènes, le diaphragme, l'intérieur de l'homme, la conscience, l'intelligence. Les jeunes filles «sages, sensées », sont celles qui se laissent guider par leur saine intuition, par leur bon sens. Chez Platon, l'homme avisé et réfléchi est toujours l'homme bon, alors que l'insensé est mauvais. Qui est réfléchi tourne son esprit vers le divin. Dans la parabole, les vierges folles sont celles qui ferment les yeux devant la réalité, alors que les vierges sages portent un regard juste sur la situation ; pour elles, la réalité extérieure est une image de la réalité intérieure, de leur relation à Dieu.

En rapportant sa parabole aux coutumes nuptiales juives, Jésus fait assurément dresser l'oreille à ses auditeurs, car c'est un sujet auquel ils sont sensibles ; mais, après les avoir ainsi mis en éveil et captivés, il les déconcerte et les provoque. Il suscite le mécontentement de certains en disant que les vierges sages refusent de donner de leur huile aux autres. Aujourd'hui encore, beaucoup de gens réagissent à ce comportement par une condamnation morale : elles sont égoïstes, elles auraient dû partager leur joie avec les autres. Or Jésus, lui, ne juge pas les jeunes filles « avisées » : c'est ainsi. Il en appelle à la raison des auditeurs : « Au moment décisif, vous ne pouvez pas vous en remettre à autrui. Si vous vivez dans l'inconscience, vous ne vous tirerez pas d'affaire en disant que les autres vous ont ouvert les yeux. » Cette parabole est un avertissement, comme certains rêves le sont aussi. Il n'est pas question de juger le comportement des autres, mais de reconnaître les conséquences du sien : si je vis au fil des jours dans l'insouciance, je me retrouverai les mains vides au moment crucial.

Beaucoup ont vu dans cette huile les bonnes œuvres qui doivent venir s'ajouter à la foi (représentée par la torche). Saint Augustin interprète l'huile comme l'état d'esprit qui doit guider l'action du chrétien ; elle est une image de l'amour. Mon état d'esprit, je ne peux pas le partager avec d'autres ; les jeunes filles «avisées» ne peuvent pas donner une part de leur amour aux « étourdies». Je peux partager avec d'autres du pain, du vin, des biens de ce monde, des biens spirituels même, mais ma façon d'être, je ne peux pas la leur imposer ; chacun a la sienne et il en a la charge. Pour Augustin, donc, cette parabole nous exhorte à éveiller en nous l'amour qui s'y trouve déjà mais dont nous nous sommes souvent coupés. À l'occasion d'une séance de groupe, une femme qui avait réfléchi sur le rôle de l'huile dans sa vie fit cette remarque: l'huile me sert à assaisonner les mets, à m'oindre le corps. Elle voyait dans ce détail de la parabole la permission, donnée par Jésus, de s'accorder quelques douceurs, d'être bon pour soi- même et de ne pas se laisser tracasser perpétuellement par la mauvaise conscience. Il est légitime que chacun interprète l'huile à sa manière, selon son expérience de vie.

Les jeunes filles « avisées » conseillent aux « étourdies» d'aller acheter de l'huile. Depuis Augustin, ce conseil est considéré comme ironique : en pleine nuit, tous les magasins sont fermés. Jésus voudrait dire par cette image que l'on ne peut pas se procurer au moment crucial ce que l'on n'a jamais cultivé en soi; l'amour n'est pas une marchandise, il doit se développer en nous, et par un travail sur nous-mêmes nous devons faire qu'il détermine toute notre action. Certains exégètes partent d'une autre hypothèse : du fait des noces, tout le village doit être sur pied, il est donc possible d'acheter de l'huile ; dans ce cas, on en revient au motif du retard. Si je ne suis pas sagement attentif à l'instant présent, à ce qui s'y passe, au moment décisif j'arriverai trop tard.

Les vierges « sottes » se retrouvent devant la porte close. Or, selon la tradition juive, la maison où se déroulent les noces est normalement ouverte à tous et à tout instant. Ces motifs de la porte fermée et de l'arrivée trop tardive introduisent donc une anomalie inattendue dans le récit, mais ils sont fréquents dans les rêves : si j'arrive trop tard, cela signifie que je reste trop occupé par les problèmes de mon passé, par des blessures anciennes, pour être capable de vivre dans l'instant présent. Les portes closes, elles, m'indiquent que je suis coupé de mes propres profondeurs, de mon être vrai, de mon Soi. Dans le judaïsme, les portes closes sont l'expression proverbiale des occasions manquées (cf. Gnilka, p. 352). Toutefois, si je rêve que je suis en retard et que les portes sont fermées, cela ne veut pas dire qu'il en soit nécessairement ainsi; il s'agit plutôt d'un avertissement, d'une exhortation à me réveiller, à m'engager dans l'instant présent et à reprendre contact avec mon âme et mon cœur. Si je m'agite trop longtemps dans le monde sans m'éveiller à la conscience de mon être profond, alors il se peut qu'un jour ou l'autre il soit en effet trop tard, que je sois trop coupé de moi-même pour pouvoir encore rétablir le contact avec moi. C'est pour me l'éviter que Jésus raconte cette parabole.

À nous d'être vigilants, attentifs à l'instant présent, d'ouvrir les yeux pour voir la réalité telle qu'elle est, d'être « sages, avisés ». Selon les Pères de l'Église, cela signifie que nous ne devons pas seulement entendre les paroles de Jésus, mais aussi les suivre. C'est pourquoi Matthieu a placé la parabole de l'homme avisé à la fin du Sermon sur la montagne. La vie du chrétien ne consiste pas seulement à se rallier à certaines idées, mais aussi à appliquer jour après jour, dans la vie concrète, les enseignements de Jésus, par les œuvres de l'amour. Pour Matthieu, la foi et les œuvres sont indissociables ; il développe pour nous une théologie différente de celle de Paul et ne cesse de la rappeler à sa communauté : il faut que la foi se manifeste, sinon elle sombre dans l'inconsistance.


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Modifié le  14-02-2012.