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Le discours eschatologique (13,1-37)

Par Anselm_Grün

Avant la Passion, Marc prête à Jésus le plus long discours de tout l'évangile, interrompant le cours des événements pour interpréter à l'intention des lecteurs futurs ce qui va se passer. Ici, Marc s'adresse délibérément à ces lecteurs pour leur montrer les répercussions de la destinée de Jésus sur leur temps et ce qu'ils doivent attendre de l'avenir. Ce discours, Jésus le tient sur le mont des Oliviers, le lieu où, selon Ézéchiel 11,23, la gloire de Yhwh se retire après avoir quitté Jérusalem corrompue (cf. lersel, p. 202). Ravius Josèphe pense que le Messie apparaîtra là pour descendre vers Jérusalem et la délivrer des Romains. La gloire de Dieu a quitté le Temple, Jésus en est convaincu, mais lors de sa Passion elle fait retour dans la ville sainte. Sa mort sur la croix est le jugement de ce monde et l'aube du monde nouveau, du monde de Dieu, qui se lève sur la ville mais aussi sur le monde entier.

Jésus parle en présence de quatre disciples, les quatre premiers qu'il a appelés à le suivre. Le fait que Jésus ne communique sa révélation sur la fin des temps qu'à un très petit groupe tient, dans l'esprit de la littérature apocalyptique, à son époque qui est caractérisée par la pratique du secret et la communication réservée à un petit groupe d'auditeurs. Dans ce discours, Jésus aborde trois thèmes et les commente pour ce cercle très sélectionné de disciples ; ses paroles sont cependant destinées à tous les humains, et c'est pourquoi Marc interpelle directement le lecteur : «... - comprenne qui pourra! - » (13,14); «C'est pour cela que je vous répète : restez éveillés ! » (13,37).

Le premier de ces thèmes concerne le temps précédant le retour du Fils de l'homme (13,5-23) : «II en viendra beaucoup qui se réclameront de moi, ou qui diront: "c'est moi", et qui en égareront beaucoup d'autres» (13,5). Ces faux messies accompliront des prodiges et des «signes» trompeurs (13,21-22); ce phénomène peut advenir en tout temps. Il y a sans cesse des individus qui se croient investis par Dieu d'une mission particulière, seuls habilités à apporter la vérité et le salut. De tels prophètes autoproclamés, nous en avons aujourd'hui tant et plus, ils sèment la confusion chez un grand nombre d'êtres en recherche. Si Jésus parle de ces faux messies, juste avant sa Passion, c'est qu'elle est un critère important pour nous permettre de savoir si quelqu'un vient au nom de Dieu ou si c'est un imposteur. Quand on nous promet la résolution de tous les problèmes et la clé de tous les succès, il ne peut pas s'agir du vrai Messie ; si la croix est exclue, c'en est un faux.

Un autre phénomène précédant la venue du Fils de l'homme sera la multiplication des guerres et des catastrophes naturelles. Il en existe en tout temps, et ce qui importe pour Marc, ce n'est pas que nous nous demandions quand au juste le Fils de l'homme va revenir. Nous devons bien plutôt réagir correctement à la réalité de ce monde, aux guerres, aux persécutions. En vue des tribulations qui nous attendent, Jésus nous promet que le Saint-Esprit sera près de nous et nous inspirera ce que nous devrons dire si nous sommes conduits devant la justice, et il nous engage à rester fermes : «... celui qui aura tenu bon jusqu'à la fin sera sauvé» (13,13). Les paroles rapportées aux versets 9 à 13 donnent à entendre que les disciples subiront le même sort que Jésus. Eux aussi seront traînés devant les gouverneurs et les rois, afin de porter témoignage pour l'Évangile, la Bonne Nouvelle de la présence du Dieu qui aime et qui sauve ; la Passion leur montre comment réagir aux persécutions et aux épreuves.

Les exégètes ne sont pas d'accord sur l'interprétation des versets 14 à 20. Les uns pensent que ces paroles de Jésus ne s'adresseraient qu'aux habitants de la Judée concernés par la «guerre juive» ; d'autres, que cette guerre ne serait que le fond historique sur lequel Marc décrit le point culminant des malheurs précédant le retour du Fils de l'homme. Selon Gnilka, l'«abomination de la désolation» ne signifie pas, comme autrefois, qu'un autel soit dressé aux idoles dans le Temple, mais évoque l'Antéchrist. Quelque interprétation que l'on retienne, ces versets montrent les fléaux qui nous affligent en permanence, car le Fils de l'homme est toujours sur le point de revenir. Nous sommes donc fondés à voir là aussi des images de notre âme, des pires détresses intérieures qui nous accablent. Nous croyons qu'il ne nous reste plus qu'à prendre la fuite pour sauver notre vie. Quand nous nous sentons dévastés à l'intérieur par quelque épouvante transformant notre âme d'un paysage florissant en un désert, il nous semble ne plus pouvoir nous y supporter. « Si le Seigneur n'avait pas choisi d'écourter ces jours, personne n'aurait été sauvé» (13,20). Or Jésus nous promet de les abréger ; il ne nous infligera pas plus que nous ne pourrions supporter, la détresse intérieure et extérieure qui nous guette toujours prendra fin. Tout cela, Jésus le met en rapport avec sa propre Passion : ce qui va lui arriver arrivera aussi à ses disciples, mais celui qui, comme lui, gardera toute confiance en l'amour divin, même la croix ne pourra pas le séparer de Dieu.

Dans les versets 24 à 27, Jésus parle de la venue du Fils de l'homme, c'est-à-dire de lui-même. Mort sur la croix, il sera rétabli dans sa gloire par son Père, comme le prophète Daniel, annonçant le Fils de l'homme, l'avait promis au peuple d'Israël (Dn 7,13). Évoquant sa Passion, il s'est toujours désigné ainsi ; maintenant il parle de lui-même comme de celui que Dieu a ressuscité afin qu'il revienne dans une puissance et une gloire visibles aux yeux de tous. Les caractéristiques de sa venue sont dépeintes dans le langage apocalyptique du temps. « Le soleil deviendra ténèbre/la lune se ternira/les étoiles tomberont du ciel/et les puissances du ciel trembleront» (13,24-25). Avec Eugen Drewermann, on pourrait voir là l'image d'une âme tombée dans une extrême détresse. Dans le cœur et l'âme de certains êtres, le soleil ne brille plus et les étoiles tombent du ciel ; cette expérience des ténèbres est fréquente dans l'état dépressif. Il y a aussi des gens dont la disposition fondamentale est un climat de catastrophe ; ils ont l'impression d'un effondrement total. Leurs espoirs ont été anéantis, ce qui avait fait leur joie n'éclaire plus les ténèbres qui enveloppent pour eux toutes choses, et ils sont obsédés par des idées de ruine et de destruction. Comme pour attiser leurs angoisses, ils lisent avec avidité tous les scéna­rios de catastrophe que l'esprit humain a inventés, et ne cessent de prédire des événements terribles et imminents, par exemple le début de la Troisième Guerre mondiale. De tels propos en disent moins sur la réalité du monde que sur l'état psychique de ceux qui les tiennent. Us n'espèrent rien pour leur existence et vivent dans l'angoisse permanente d'un désastre généralisé.

Mais il se produit aussi dans le monde extérieur des événements menaçants qui envahissent l'âme d'êtres sains et les plongent dans les ténèbres. La perte d'un être cher leur enlève toute joie, ils ne savent plus rire, aucun soleil ne brille plus dans l'abîme de leur deuil, aucune lune dans leur nuit, toute leur force intérieure est ébranlée. C'est dans une telle situation que survient le Fils de l'homme avec toute sa gloire et sa puissance ; sa lumière va éclairer les âmes enténébrées et chasser les puissances de destruction. « Et il dépêchera ses anges et rassemblera ses élus, des quatre vents, du plus bas de la terre au plus haut du ciel» (13,27). Le Fils de l'homme rassemblera tous ceux qu'il a sauvés ; les chrétiens qui vivent disséminés sur toute la terre seront réunis en une seule communauté. Cette parole de Jésus dit aussi quelque chose de l'intériorité: il rassemblera et réunira tout ce qui en nous est désuni, déchiré, il éclairera nos ténèbres. Il n'existe pas de situation où l'être humain serait livré et abandonné à une dépression irrémédiable ; comme l'a dit Hôlderlin, c'est au moment même de la plus grande détresse, dans le danger, que survient le sauveur. Il apparaît ici encore une fois avec clarté pourquoi l'évangéliste a tenu à placer le discours eschatologique juste avant la Passion. La crucifixion accomplie, une éclipse va obscurcir le soleil, mais c'est précisément dans cette obscurité que Jésus rayonnera de l'éclat du soleil pascal qui dissipe toutes les ténèbres. La croix nous dit qu'il n'est pas de catastrophe, d'échec, d'effondrement, d'enténèbrement de l'âme qui ne puisse être effacé par la venue du Fils de l'homme, crucifié et ressuscité.

La dernière partie du discours de Jésus nous éclaire sur les dispositions où il nous faut être pour nous préparer à sa venue. Du figuier, les disciples doivent apprendre que l'événement est proche, mais que nul ne connaît l'heure exacte, pas même le Fils ; c'est pourquoi les fidèles ne doivent pas eux non plus spéculer sur cette heure. Le Fils de l'homme est toujours derrière la porte, prêt à frapper pour que nous la lui ouvrions. L'attitude requise, c'est la vigilance. Jésus explique dans une parabole comment nous devons veiller : « C'est comme un homme qui part en voyage : il laisse sa maison, il la confie à ses serviteurs, à chacun sa tâche, et au portier il ordonne de rester éveillé » (13,34). Les vieux moines ont bien aimé cette image ; dans une épître, Évagre le Pontique nous exhorte à être de bons portiers. À chaque pensée qui frappe à notre porte pour entrer, nous devons d'abord nous demander si elle est vraiment nôtre, et si elle nous fait du bien ou du mal. Jésus a créé cette image pour tous les chrétiens, et il l'applique à nous tous: «Restez donc éveillés. Vous ne savez pas quand le maître rentrera : le soir, à minuit, au chant du coq, à l'aube» (13,35). Marc énumère ici les quatre veilles romaines comme instants possibles de la venue du Seigneur; il peut venir n'importe quand et frapper à notre porte, dans le silence de notre cœur, pour nous enseigner notre chemin. Il viendra aussi à l'heure de notre mort pour s'établir chez nous à jamais.

Voici ce que Jésus attend de tous ses disciples : qu'ils ne dorment pas mais veillent, et les trois d'entre eux qu'il choisit pour accompagner à Gethsémani sa douloureuse prière ne le feront pas ; ils ne cesseront de se rendormir. Cette défaillance ne donne que plus de gravité encore à l'avertissement : disciples de Jésus, nous devons nous distinguer par notre vigilance. Marc emploie ici deux mots différents pour « veillez » : agrupneite, qui évoque le non-sommeil, et gregoreite, «gardez les yeux ouverts». Bien souvent nous dormons. Nous croyons vivre consciemment notre vie, mais en réalité nous nous contentons de glisser au fil de la vie, comme en sommeil. Nous nous sommes bercés d'illusions sur notre vie, endormis. Or Jésus nous met en garde contre cet état : nous devons rester en éveil tout au long du jour. Le second de ces mots renvoie à nos yeux fermés : nous ne voulons pas voir ce qui est, nous fermons les yeux sur la réalité, qui est que Jésus est proche et pourrait à tout instant frapper à notre porte. Nous pensons qu'il suffit de mener une vie correcte, d'observer les commandements, de ne rien faire de mal. Mais être chrétien implique de demeurer vigilant et de garder les yeux ouverts sur la réalité telle qu'elle est; or elle est marquée par la venue du Fils de l'homme, par l'attente et donc par la veille. Chrétiens, nous attendons cette venue ; nous serons alors vraiment chez nous dans notre demeure, parce que le Christ en personne s'y trouvera. Mais jusqu’à ce qu'il vienne, chacun doit faire ce dont Jésus l'a chargé, et à tous s'adresse l'avertissement: «Restez éveillés !» (13,37). C'est sur cette parole que Marc introduit le lecteur à la Passion. Il devra regarder, les yeux grands ouverts, ce que l'évangéliste va en rapporter. À cette condition, il comprendra que Jésus pénètre tous les domaines de la méchanceté humaine pour les dominer par sa fidélité à Dieu ; il verra en celui qui meurt sur la croix celui qui reviendra un jour sur les nuages du ciel pour juger tous les humains et accueillir dans sa demeure éternelle ceux qui l'attendent.


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Modifié le  14-02-2012.