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Maîtres et serviteurs (10,35-45)

Par Anselm_Grün

Après la troisième annonce de la Passion, où Jésus a décrit en détail ce qui va lui arriver, les fils de Zébédée l'abordent pour lui demander de siéger à sa droite et à sa gauche dans son Royaume. Ils sont soucieux de puissance et de gloire, ils veulent y occuper les places d'honneur. C'est qu'ils comprennent mal le message de leur maître : ce qui compte dans le Royaume de Dieu, ce n'est pas notre pouvoir, c'est sa gloire. Le centre doit être occupé par Dieu, non par les hommes. Or les disciples se représentent ce Royaume comme quelque chose que l'on peut posséder; ils voudraient se servir de Jésus pour se rehausser eux-mêmes. Jésus alors les confronte avec leur vérité : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je bois ? Être engloutis dans le même baptême ? » (10,38). C'est leur faire comprendre de quelles souffrances ils vont être frappés s'ils le suivent. Suivre Jésus ne veut pas dire s'élever au-dessus des autres hommes et se servir de lui pour se sentir supérieur à ceux qui ne le connaissent pas ; mais plutôt être prêt au martyre, à boire la coupe amère que Dieu nous tend dans notre cheminement intérieur. De quelque façon que nous suivions Jésus, nous souffrirons : de nous-mêmes, de notre insuffisance, et aussi de ceux qui trop souvent ne nous comprendront pas.

Les fils de Zébédée affirment avec une belle assurance qu'ils boiront eux aussi le calice. La réponse de Jésus pourrait indiquer qu'au moment où fut écrit l'évangile de Marc ils avaient déjà subi le martyre ; mais nous resterons dans le cadre du récit. Les autres disciples s'irritent de ces prétentions, et leur mécontentement donne à Jésus l'opportunité de les instruire sur l'exercice du pouvoir à l'intérieur de la communauté ecclésiale. Il donne d'abord deux exemples d'abus de pouvoir. Les souverains oppriment les peuples et les rabaissent parce qu'ils ne peuvent croire à leur propre grandeur qu'en mettant les autres à genoux. Les puissants se servent de leur pouvoir, dont ils ont une compréhension fausse, pour pratiquer la violence, la puissance consistant à blesser. Or cela montre seulement qu'ils ne sont pas en accord avec eux-mêmes et ne font que répercuter leurs propres blessures. À ces abus, Jésus oppose une autre façon de commander : qui veut être grand doit servir, être au service de la vie ; qui veut être le premier doit être l'esclave de tous. Le grec distingue ici entre diakonos et doulos, et le latin entre minister et servus. Minister, c'est celui qui sert à table, qui aide et soutient les autres quand ils se sentent faibles, qui suscite en eux la vie. Servus, c'est le courrier qui transmet les informations entre l'armée et son chef, qui assure donc la communication. Le mot grec doulos désigne l'esclave, celui qui n'est ni maître ni libre et sait qu'il a des devoirs envers son maître. C'est ainsi que le chrétien doit se sentir engagé envers Dieu et faire avec humilité ce dont il a été chargé ; son devoir est de servir la communauté et de promouvoir tout ce qui est nécessaire à son bon fonctionnement. Dans la communauté chrétienne, par conséquent, l'exercice du pouvoir doit prendre d'autres formes que dans le reste du monde. Le maître connaît le lien qui l'unit au Seigneur Jésus et ne s'érige pas de son propre chef en maître des autres ; il agit sur mandat de Jésus et se met de bonne grâce à son service.

Cette discussion sur la juste manière de commander et de servir donne à Jésus l'occasion de présenter sa propre vie comme l'exemple à suivre. Il leur en communique le véritable sens, et la plus profonde motivation de sa vie et de sa mort : « Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, donner sa vie et payer pour tous » (10,45). L'action de Jésus investi de l'autorité, c'est le service des hommes ; il les libère du pouvoir des démons et suscite en eux la vie. Jusqu''alors il n'avait parlé de sa Passion que comme un fait à venir ; maintenant il en explique le sens : même s'il meurt d'une mort violente, sa mort est un acte qu'il pose lui-même. Il donne sa vie comme une rançon : le prix requis pour la libération d'un esclave. Le mot grec est ici psukhè : c'est son âme qu'il donne, ce qu'il y a d'essentiel en lui. La question est de savoir ce qu'il faut entendre par «payer pour tous». Jésus emploie certainement ce mot par référence au Chant du Serviteur (Is 53). La théologie juive du martyre connaît la mort par délégation : si un autre meurt pour moi, j'échappe à la mort. La tradition chrétienne a parlé bien trop vite de la mort expiatoire de Jésus ; il n'en est pas question ici. L'image de la rançon payée pour « tous » - non seulement juifs mais aussi païens -fait apparaître cette mort comme un acte libérateur. Nous sommes assujettis, comme des esclaves, à des maîtres terrestres eux-mêmes prisonniers de contraintes intérieures, de besoins et de passions, mais la mort de Jésus nous libère du pouvoir des démons. Jésus comprend sa mort par délégation comme un service, celui des esclaves ; il sert à leur place, et c'est dans sa mort que ce service atteint sa plénitude, nous affranchissant de tout assujettissement aux pouvoirs qui faisaient de nous des esclaves.

Toutefois, je m'interroge à nouveau: Comment comprendre cela ? Comment Jésus peut-il être mort à ma place? Je pense que c'est l'amour qui parle. Si quelqu'un engage pour moi toute son existence par amour inconditionnel, il se sacrifie pour mon bien, et ce sacrifice culmine dans sa mort. Tout grand amour implique la mort, car c'est seulement en elle qu'il atteint à sa vérité. C'est pourquoi la mort de Jésus signifie qu'il a vécu pour nous ; cette vie pour nous me délivre de moi-même, elle m'enseigne que cette mort n'était pas un échec qui anéantirait tous mes espoirs, mais l'expression de son amour et de sa solidarité avec moi. Plus rien dans ma vie et ma mort ne saurait me séparer de lui. Jésus promet donc non seulement à ses disciples, mais aussi à tous les humains, que sa mort n'abolit pas la communauté où nous sommes avec lui, mais qu'elle lui permet au contraire d'atteindre à une intensité sans égale, que rien ne peut plus abolir.


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Modifié le  14-02-2012.