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La discussion avec les pharisiens Marc (2,18-28)

Par Anselm Grün

 

Marc ne cesse de revenir sur les discussions qu'a Jésus avec les Séparés (appelés couramment les pharisiens) ; pourtant, l'opposition n'est pas encore aussi fortement mise en relief qu'elle le sera plus tard chez Matthieu, restituant avant tout l'évolution des rapports entre chrétiens et pharisiens après la chute de Jérusalem en 70. Les pharisiens étaient appréciés au sein du peuple, parce qu'ils s'efforçaient de promouvoir une piété laïque ; les commandements de Dieu avaient pour eux plus d'importance que les sacrifices des prêtres, et ils voulaient par leurs prescriptions faire passer ces commandements dans la vie concrète. Ce faisant, pourtant, ils imposaient bien souvent aux gens de nouvelles charges. Sur beaucoup de points Jésus était proche d'eux, mais il ne cessait de marquer sa différence ; leur piété lui semblait trop extérieure et trop marquée par un souci d'efficacité.

La question du jeûne illustre ces discussions. Les disciples de Jean et les pharisiens jeûnaient, normalement, chaque lundi, chaque jeudi et certains jours de fête. Les disciples de Jésus, eux, ne jeûnent pas, contrairement à tous les autres. À ceux qui le questionnent, Jésus répond: «Lors d'une noce, est-ce que les  garçons d'honneur jeûnent quand le marié est avec eux ?» (2,19). Cette phrase révèle la façon dont Jésus se comprend lui-même et l'image qu'il a de Dieu : il n'est pas un ascète qui renonce à tous les plaisirs. Marc rapporte la discussion suscitée par le repas que Jésus prend avec le publicain Lévi et un groupe de pécheurs. Ici, Jésus renonce à inviter les pécheurs à se convertir ; il prend un repas avec eux, leur enseigne l'amour de Dieu, et l'expérience de cet amour les transforme. Jésus se considère comme le Fiancé qui proclame la proche présence de Dieu et invite les hommes à célébrer avec lui son amour, dans leurs noces avec Dieu qui veut s'unir à l'humanité. Si Dieu ne fait plus qu'un avec l'homme, alors l'homme lui-même accède à son unité.

Dans bien des contes, le mariage est l'image de l'accession accomplie à soi-même, au Soi. Toutes les oppositions sont alors abolies, entre l'homme et la femme, le ciel et la terre, la lumière et l'obscurité. Par l'image des noces, Jésus livre sa conception de la spiritualité: ce n'est pas d'abord une voie de renoncement, mais une voie d'intégration qui vise à établir un lien entre les opposés en l'âme humaine, en elle-même et en Dieu. L'image que Jésus se fait de l'homme et de Dieu est marquée par la joie, l'assurance et l'envie de célébrer dans la fête l'affection de Dieu pour l'humanité. Or le jeûne n'est pas compatible avec cette célébration ; si les disciples ne jeûnent pas, c'est parce que la présence de leur Maître est pour eux celle du Fiancé céleste. Jésus annonce aux pharisiens qu'ils jeûneront, en signe de deuil, quand il leur sera arraché par la mort. L'Église primitive a très tôt repris des Juifs la coutume du jeûne, en la reportant des lundi et jeudi aux mardi et vendredi. Dans le jeûne, les premiers chrétiens se sont unis à Jésus, vainqueur, dans son impuissance, de la puissance des démons et dont la marche vers la Résurrection est passée par la croix. Notre cheminement spirituel intègre ces deux dimensions : la fête permanente de l'union avec Dieu, mais aussi le jeûne, où nous supportons que Dieu bien souvent nous échappe, que notre chemin devienne un chemin de croix où nous sommes obligés d'affronter les forces démoniaques hostiles à notre individuation.

Jésus fonde le comportement de ses disciples sur la nouveauté de son enseignement : il n'est pas un rabbi parmi beaucoup d'autres, et son message, vraiment neuf, est incompatible avec les usages anciens ; il emploie à ce propos l'image du vin nouveau que l'on ne met pas dans de vieilles outres (2,22). À nouveau message, formes nouvelles. Cette parole de Jésus manifeste une spiritualité autre que celle des pharisiens : tentant d'interpréter les commandements anciens en fonction de la vie quotidienne actuelle, ils étaient tournés vers le passé. Jésus, lui, a le courage d'aller vers l'avenir. Dans l'évangile de Matthieu, ce courage d'innover est remis en rapport avec l'ancien, Jésus étant censé ne vouloir abolir aucun commandement déjà donné. Chez Marc on voit s'exprimer dans toute sa fraîcheur originelle la conviction de Jésus ; il est dans la tradition juive, mais son regard n'est pas craintivement fixé sur la littéralité de la Loi. Il fait confiance à son intuition, à l'innovation qu'il apporte au monde, à un Dieu toujours neuf, rénovateur de toutes choses.

La controverse avec les pharisiens se poursuit avec la question du sabbat. Dieu a fait don aux hommes du sabbat afin qu'ils se reposent de leur travail, à son image; c'est un bienfait. Par leurs commandements, les pharisiens ont tenté de garantir le sabbat, dans une intention toute philanthropique, mais ils ont été trop loin. Ce qui était conçu au départ pour aider les hommes à se reposer est devenu une entrave à leur liberté ; la lettre a primé sur l'esprit. Il y avait pourtant aussi des pharisiens libéraux, par exemple l'école de Hillel, qui pensaient comme Jésus. Jésus ne prend pas une position radicale contre les pharisiens et la tradition juive ; il revendique seulement le droit d'en donner sa propre interprétation. Ce faisant, il ne se réfère pas à d'autres écoles ; il se fie à son sens de Dieu et de l'homme. Pour les pharisiens rigoristes, arracher des épis c'était déjà moissonner et donc travailler. Les jours de semaine il était tout à fait permis d'arracher des épis si l'on avait faim, même dans un champ dont on n'était pas propriétaire, mais le jour du sabbat il ne fallait pas le faire. Jésus invoque le précédent de David, qui alla dans la demeure de Dieu et mangea les pains consacrés. Il raconte librement d'après la Bible, car dans le premier Livre de Samuel (21,1-10) David se rend auprès du prêtre Ahimélek et lui demande cinq pains. N'ayant pas de pains ordinaires, Ahimélek lui donne des pains consacrés. Comme David, Jésus prend et donne à ses disciples la liberté d'enfreindre le commandement du sabbat parce qu'ils ont faim. Il fonde cette liberté en évoquant la volonté première de Dieu : «Le sabbat a été fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat» (2,27). Disant cela, il ne se place pas en dehors de la tradition juive. Vers 180 avant Jésus Christ, Rabbi Siméon avait parlé dans le même sens : «C'est à vous que le sabbat a été donné, et non pas vous qui avez été donnés au sabbat» (Gnilka, p. 123). Il est vrai que Rabbi Siméon n'envisageait que le cas d'un danger mortel immédiat. Jésus prononce cette phrase avec une grande liberté ; la seule faim de ses disciples lui est une raison suffisante pour ne pas s'en tenir au respect formaliste de la loi. Ce qui compte pour lui, c'est le sens du commandement et non pas la rigueur de la lettre.


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Modifié le  14-02-2012.