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Pistes de réflexions sur la discussion avec les pharisiens : Marc (2,18-28)

Les pharisiens

Les pharisiens (les séparés) étaient appréciés au sein du peuple, parce qu'ils s'efforçaient de promouvoir une piété laïque ; les commandements de Dieu avaient pour eux plus d'importance que les sacrifices des prêtres, et ils voulaient par leurs prescriptions faire passer ces commandements dans la vie concrète. Ils imposaient bien souvent aux gens de nouvelles charges. Leur piété semblait à Jésus  trop extérieure et trop marquée par un souci d'efficacité.

Le jeune chez les juifs

Les disciples de Jean et les pharisiens jeûnaient, normalement, chaque lundi, chaque jeudi et certains jours de fête. Les disciples de Jésus, eux, ne jeûnent pas, contrairement à tous les autres.

Pourquoi les disciples de Jésus ne jeunaient pas ?

Jésus répond: «Lors d'une noce, est-ce que les  garçons d'honneur jeûnent quand le marié est avec eux ?» (2,19). Cette phrase révèle la façon dont Jésus se comprend lui-même et l'image qu'il a de Dieu : il n'est pas un ascète qui renonce à tous les plaisirs. Jésus prend un repas avec les pêcheurs; il leur enseigne l'amour de Dieu, et l'expérience de cet amour les transforme. Jésus se considère comme le Fiancé qui proclame la proche présence de Dieu et invite les hommes à célébrer avec lui son amour, dans leurs noces avec Dieu qui veut s'unir à l'humanité. Si Dieu ne fait plus qu'un avec l'homme, alors l'homme lui-même accède à son unité.

L’image des noces

Par l'image des noces, Jésus livre sa conception de la spiritualité: ce n'est pas d'abord une voie de renoncement, mais une voie d'intégration qui vise à établir un lien entre les opposés en l'âme humaine, en elle-même et en Dieu. L'image que Jésus se fait de l'homme et de Dieu est marquée par la joie, l'assurance et l'envie de célébrer dans la fête l'affection de Dieu pour l'humanité.

Devons-nous jeuner ?

Le jeûne n'est pas compatible avec la célébration des noces; si les disciples ne jeûnent pas, c'est parce que la présence de leur Maître est pour eux celle du Fiancé céleste. Jésus annonce aux pharisiens qu'ils jeûneront, en signe de deuil, quand il leur sera arraché par la mort. L'Église primitive a très tôt repris des Juifs la coutume du jeûne, en la reportant des lundi et jeudi aux mardi et vendredi.

Notre cheminement spirituel intègre ces deux dimensions : la fête permanente de l'union avec Dieu, mais aussi le jeûne, où nous supportons que Dieu bien souvent nous échappe, que notre chemin devienne un chemin de croix où nous sommes obligés d'affronter les forces démoniaques hostiles à notre individuation.

Un enseignement nouveau

Jésus n'est pas un rabbi parmi beaucoup d'autres, et son message, vraiment neuf, est incompatible avec les usages anciens ; il emploie à ce propos l'image du vin nouveau que l'on ne met pas dans de vieilles outres (2,22). À nouveau message, formes nouvelles. Cette parole de Jésus manifeste une spiritualité autre que celle des pharisiens : tentant d'interpréter les commandements anciens en fonction de la vie quotidienne actuelle, ils étaient tournés vers le passé. Jésus, lui, a le courage d'aller vers l'avenir. Chez Marc on voit s'exprimer dans toute sa fraîcheur originelle la conviction de Jésus ; il est dans la tradition juive, mais son regard n'est pas craintivement fixé sur la littéralité de la Loi. Il fait confiance à son intuition, à l'innovation qu'il apporte au monde, à un Dieu toujours neuf, rénovateur de toutes choses.

 Le sabbat

Dieu a fait don aux hommes du sabbat afin qu'ils se reposent de leur travail, à son image; c'est un bienfait. Par leurs commandements, les pharisiens ont tenté de garantir le sabbat. Ce qui était conçu au départ pour aider les hommes à se reposer est devenu une entrave à leur liberté ; la lettre a primé sur l'esprit. Jésus revendique  le droit d'en donner sa propre interprétation. Ce faisant, il ne se réfère pas à d'autres écoles ; il se fie à son sens de Dieu et de l'homme. Pour les pharisiens rigoristes, arracher des épis c'était déjà moissonner et donc travailler. Jésus invoque le précédent de David, qui alla dans la demeure de Dieu et mangea les pains consacrés. Comme David, Jésus prend et donne à ses disciples la liberté d'enfreindre le commandement du sabbat parce qu'ils ont faim. Il fonde cette liberté en évoquant la volonté première de Dieu : «Le sabbat a été fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat» (2,27). Ce qui compte pour lui, c'est le sens du commandement et non pas la rigueur de la lettre.


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Modifié le  14-02-2012.