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Jésus, le voyageur divin

Par Anselm_Grün

Ce qui distingue 1'Évangile de Luc de sa source, celui de Marc, c'est ce que l’on appelle parfois le «récit du voyage », de 9,51 jusqu'à 19,27. Luc dépeint Jésus comme le pèlerin en route vers Jérusalem, la ville de I' accomplissement, à laquelle s'adressent toutes les promesses de Dieu. Mais pour Jésus, c'est aussi le chemin vers la souffrance, la mort et la Résurrection; pour Luc, la préfiguration de notre propre voyage. Jésus est le guide de la vie; il nous précède, et notre tâche est de le suivre, pour accéder à la vraie vie.

Cependant Luc ne décrit pas Jésus comme le voyageur divin seulement dans ce récit, mais dans son Évangile tout entier. II descend du ciel pour voyager avec les hommes et être sans cesse accueilli chez eux. C'est là un motif typiquement grec; les mythes grecs parlent des dieux qui prennent forme humaine et fréquentent les hommes pour les mettre à 1'épreuve et les récompenser. Luc reprend donc ce motif, mais en le modifiant. Jésus ne met pas les humains à l'épreuve;  il les enseigne et leur manifeste l'intérêt et l'amour de j Dieu. En Jésus, c'est Dieu lui-même qui les visite. Le thème de la Visitation s'annonce déjà par deux fois dans ( le chant de louange de Zacharie : « Béni le Seigneur, le  Dieu d'Israël, il a visité son peuple » (1,68) ; «... issue  du cœur généreux de notre Dieu, par lequel se lèvera ( l'astre du ciel » (1,78). Lors de la résurrection du jeune  homme de Naïn, les gens « célèbrent la gloire de Dieu.  Ils disent: Un grand prophète s'est levé parmi nous;  Dieu a visité son peuple» (7,16). En grec, «visiter»  signifie aussi « venir voir » ; pour les Grecs, Dieu vient, par Jésus dans le monde pour considérer l'humanité ; et élargir son horizon, pour rappeler à l'homme qu'il  porte en lui un noyau divin. Il s'agit là d'un motif  platonicien : chaque être humain est une idée de Dieu, mais elle est obscurcie et déformée ; Jésus vient pour nous regarder et nous rendre capables de bien nous voir nous-mêmes, de découvrir ce noyau et d'entrer en contact avec lui, notre vraie nature.

Le second motif lié à l'image du voyageur divin est celui du séjour chez les hommes. Sans cesse Jésus entre chez eux pour partager un repas avec eux. En hôte divin, il apporte des cadeaux : le salut, la paix, la grâce et la joie. Il ne se contente pas de parler de la bonté de Dieu et de son amour pour les hommes, il les communique par sa présence même, par le partage du repas et la communauté qui en résulte. Aucun autre évangéliste n'a évoqué autant ces repas que Luc. Ce motif, celui du symposion, est lui aussi typiquement grec ; Platon et Xénophon développent leur philosophie dans des banquets, et ceux-ci occupent une place importante dans la littérature grecque. Luc reprend ce motif: Jésus enseigne les hommes surtout à l'occasion des repas qu'il prend avec eux ; il témoigne de la bienveillance de Dieu envers les pécheurs, par exemple lors du repas chez le publicain Lévi (5,27-32) et lorsque, chez un pharisien, une pécheresse vient oindre ses pieds (7,48) et qu'il lui accorde expressément le pardon de Dieu. La parabole du fils perdu, centre de l'Évangile, Jésus la raconte lors d'un repas (14 et 15), et il le fait pour justifier tous ceux qu'il prend avec des pécheurs (15,1-2). Au dernier repas de Jésus avec ses disciples, Luc donne le caractère d'un banquet; il s'entretient avec eux sur l'essentiel de la foi et de la condition de disciple. Après la Résurrection, c'est encore lors d'un repas que Jésus apparaît aux disciples : dans cet extraordinaire épisode d'Emmaüs, Jésus est encore une fois le voyageur qui s'assied à leur table. Nous aussi le Ressuscité nous accompagne, bien souvent sans que nous le reconnaissions, et quand nous rompons ensemble le pain, l'hôte divin est présent parmi nous pour nous prodiguer son amour et nous rappeler que nous sommes fils et filles de Dieu.

Luc affectionne la particule syn : « avec ». Nous sommes en chemin avec Jésus, il nous conduit vers la métamorphose, il veut nous modeler à son image. Cela, Luc le montre surtout dans les Actes des Apôtres. Le motif du voyage marque l'action des disciples. Ils parcourent l'Empire romain pour répandre le message; remplis de la force et de l'esprit de Jésus, ils apportent le salut. De même que Jésus a fait le voyage de Galilée à Jérusalem pour y accomplir sa destinée et les promesses de Dieu, ses disciples se rendent de Jérusalem à Rome, la capitale de l'Empire : le centre du monde reçoit la lumière de son message, et c'est seulement alors que l'histoire de Jésus est vraiment accomplie, quand son esprit pénètre le monde tout entier. Les gens réagissent face aux disciples comme ils ont réagi face à Jésus; ils ont l'impression que Dieu lui-même leur rend visite. Quand Paul guérit un paralytique à Lystra, les gens croient que « les dieux ont pris forme d'homme et sont descendus» parmi eux (Ac 14,11), et quand, mordu par un serpent, il le jette loin de lui et n'en est pas affecté, les spectateurs pensent qu'il est un dieu, (Ac 28,6).

Luc commence son grand récit du voyage vers, Jérusalem par ces mots : « Et comme les jours où il[ serait emporté vers le ciel approchaient, il a pris la résolution de partir pour Jérusalem » (9,51). Cette tournure n'évoque pas seulement l'Ascension, mais aussi l'indissociable relation entre la mort, la Résurrection et le retour au ciel, qui marquera le terme de son chemin. Comme il est descendu du ciel, il va y faire retour, mais en passant par la souffrance et la mort. Cela vaut aussi pour nous, qui n'accédons au Royaume, avec Jésus' (syn), qu'au terme de bien des épreuves (Ac 14,22). Jésus nous guide vers la vraie vie : c'est ainsi que Luc explique, par le thème du voyage, l'idée qu'il se fait de la rédemption. Il évite les notions d'expiation, de sacrifice, incompréhensibles pour des Grecs et qui nous posent aujourd'hui encore des problèmes ; que Jésus nous précède sur le chemin de la vie, en revanche, nous pouvons parfaitement le comprendre. Les humains ont toujours considéré leur vie comme un voyage ; la tradition spirituelle connaît plusieurs chemins qui mènent vers Dieu, mais nous ne pouvons jamais nous arrêter et nous nous transformons en avançant. Jésus aussi conçoit sa vie comme un voyage permanent : «... il faut que je continue aujourd'hui et demain, et le jour suivant... (13,33). Le but, c'est Jérusalem, «... car il ne convient pas qu'un prophète périsse hors de Jérusalem» (1,33). En décrivant ce voyage vers Jérusalem, lieu de son martyre, Luc veut nous encourager à supporter avec confiance et courage les épreuves que nous rencontrerons sur notre propre chemin ; en effet, la gloire de Dieu nous attend nous aussi; dans la mort, nous serons enlevés vers le Royaume. La mort et la résurrection de Jésus doivent nous ôter la peur des dangers, des crises, de l'échec qui brise les projets de notre vie ; tout cela n'est qu'épreuves à travers lesquelles nous marchons, avec Jésus, vers la gloire de Dieu.

Sur son chemin, Jésus est accompagné non seulement par des hommes mais aussi par des femmes. Luc est le seul évangéliste qui les mentionne expressément en les nommant : « Les Douze étaient avec lui. Il y avait aussi des femmes qui avaient été soignées de souffles néfastes et de maladies : Marie, appelée Madeleine; - dont étaient sortis sept démons -, Jeanne, la femme de Khouza, l'intendant d'Hérode, Suzanne et plusieurs, autres qui les servaient en leur consacrant leurs biens » (8,2-3). Ces femmes l'accompagneront jusqu'à sa mort et seront les premières à se hâter vers le tombeau, où elles vont rencontrer les deux anges qui leur annonceront la Résurrection : « II n'est pas ici. Il a été réveillé. Souvenez-vous de ce qu'il vous avait dit quand il était encore en Galilée » (24,6). Ce « vous » signifie bien qu'il leur avait alors parlé à elles aussi, comme à des disciples. Cela vaut également pour la communauté des chrétiens, où les femmes sont, comme chez Luc, des disciples à part entière ; elles sont parfois même les premières à comprendre ses paroles, alors que bien souvent les hommes prennent pour du «radotage» ce qu'elles racontent avoir vécu (24,11).

Pour Luc, le chemin du chrétien, sa tâche, consiste à suivre Jésus, comme il apparaît clairement dès le début de ce récit. Jésus a été rejeté par les Samaritains ; il est le voyageur sans patrie qui erre à travers le monde sans y être accueilli. Ce déracinement est une composante essentielle de notre condition de chrétiens, comme le dit Luc : « ils étaient en chemin quand quelqu'un lui a dit : Je te suivrai où que tu ailles. Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l'homme ne sait pas où poser sa tête, lui a dit Jésus. Et à un autre il a dit: Suis-moi. Qui a répondu : Seigneur, permets-moi d'aller auparavant enterrer mon père. Jésus lui a dit : Laisse les morts enterrer leurs morts, mais toi pars annoncer le Royaume de Dieu. Un autre a dit : Je te suivrai, Seigneur, mais auparavant laisse-moi faire mes adieux à ma famille. Aucun de ceux qui sont rivés à leur charrue et regardent en arrière ne convient au Royaume de Dieu, a dit Jésus » (9,57-62). Luc nous présente ainsi trois manières de suivre Jésus ; dans tous les cas, cela signifie comprendre que nous n'avons pas de lieu ultime où nous reposer; ni la maison ni la famille ne nous offrent un nid où nous pourrions nous blottir. Il y a en nous un noyau divin qui nous pousse à poursuivre notre route jusqu'à ce que nous trouvions notre pays en Dieu. À celui qui veut le suivre, Jésus répond par une expression proverbiale connue des Grecs : alors que tous les animaux ont leur demeure, l'homme, lui, n'en a pas - pas d'autre que la maison de Dieu, où il a sa place par nature.

La deuxième manière de suivre Jésus, il l'indique dans cette formule provocante : « Laisse les morts enterrer leurs morts. » Enterrer son père mort, c'était en Israël un devoir sacré. Jésus ne veut assurément pas appeler à s'y soustraire ; sa parole est imagée. Certains ne savent pas trouver leur propre chemin, celui que Dieu leur a destiné, parce qu'ils restent trop attachés à leur père, qu'ils n'ont pas encore enterré et par qui ils se laissent toujours déterminer. Suivre Jésus, cela signifie se libérer de toutes les attaches familiales ; le Royaume de Dieu est plus important que la relation au père. Quand Dieu règne dans le cœur de l'homme, il ne s'agit plus de répondre aux attentes du père terrestre. Le chemin de Jésus, c'est celui de la liberté, et il nous montre ce qui est vraiment important. Enterrer son père, s'épuiser dans des querelles de succession, c'est la mort, par rapport à la vie que Jésus nous propose par sa Parole et son exemple.

Alors que les deux premières manières de suivre Jésus se trouvent aussi, plus brièvement, chez Matthieu (Mt 8,18-22), la troisième ne nous est transmise que par Luc ; elle ne vise pas seulement les disciples directs, mais aussi tous les chrétiens. Beaucoup d'entre eux veulent bien suivre la voie qu'ils reconnaissent en leur cœur être leur voie, répondre à l'appel de Jésus, mais ils tiennent à prendre d'abord congé de leur famille, à s'expliquer; peut-être aimeraient-ils que tous les approuvent. Mais Jésus les invite, par une image radicale, à suivre son appel sans regarder à droite et à gauche, sans prendre d'assurances ni recueillir l'assentiment de leur entourage. Quand je découvre en mon cœur qui est Jésus et où il souhaite me conduire, il faut que je le suive sans regarder derrière moi. Qui regarde en arrière et voudrait s'assurer que le sillon qu'il a creusé dans son âme est bien droit n'est pas capable de cultiver réellement son champ, il ne fera rien pousser. Le Royaume de Dieu ouvre nos yeux vers l'avant; Dieu est une réalité si radicale que toute autre pâlit à côté. C'est lui qui nous pousse sur le chemin, nous ouvre l'avenir. Le passé, avec toutes ses blessures, sa nostalgie, il nous faut l'enterrer afin d'être disponibles pour l'instant, pour ce que Dieu attend de nous.

Suivre Jésus, c'est suivre son chemin de croix. Par deux fois dans l'Évangile de Luc, Jésus y invite ses disciples : « Si quelqu'un veut marcher dans mes pas, qu'il se renie lui-même, qu'il porte sa croix chaque jour et qu'il me suive» (9,23); «Celui qui ne porte pas sa croix et ne marche pas derrière moi ne peut être mon disciple» (14,27). La seconde de ces paroles montre que suivre Jésus, c'est une affaire grave ; il faut s'attendre à ce que le chemin mène à la croix : à l'hostilité, à la persécution, et finalement à la mort. Quant à la première, elle interprète le chemin de croix sur le plan spirituel. Luc ajoute ici « chaque jour » ; la croix est alors l'image des épreuves et des conflits de la vie de chaque jour où, sans cesse, nous subissons des contrariétés, où les autres nous déçoivent et nous blessent. Si nous considérons ces attaques quotidiennes comme notre croix, alors elles ne nous briseront pas mais nous conduiront vers une communion plus profonde avec le Christ. Ce que détruit la croix, c'est l'image idéalisée, illusoire, que nous avons de nous-mêmes. En effet, trop souvent nous traversons la vie quotidienne en pensant accomplir notre devoir et la volonté de Dieu; si quelqu'un alors nous critique et nous traite injustement, nous offense et nous blesse, nous nous irritons contre cette situation. Jésus nous invite à nous en détourner pour aller vers Dieu. Selon moi, tel est le sens de l'expression « se renier soi-même », qui a bien souvent été mal interprétée comme une invitation à nous incliner, à nous dévaloriser, à renoncer entièrement à ce que nous sommes. Le mot grec arneisthai signifie : refuser, résister, prendre du recul. L'expérience de la croix dans ma vie doit faire que, pour découvrir en moi le Soi, mon véritable noyau, je ; prenne du recul par rapport à cet ego qui se gonfle d'importance, s'imagine que tout est à son service et voudrait tout accaparer. Cette parole de Jésus m'invite non pas à me rendre la vie particulièrement difficile, à me charger de fardeaux superflus, mais à me détourner des épreuves quotidiennes pour aller vers la vérité de la vie : vers Dieu. La croix devient alors la clé de la vie, qui m'ouvre l'accès aux profondeurs de mon âme. Là, je découvre qui je suis en réalité, par-delà le succès et le bien-être, l'estime et l'affection, les critiques et les offenses.


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Modifié le  14-02-2012.