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La mission thérapeutique de Jésus

Par Anselm_Grun

L'idée que Luc se fait de la guérison des malades apparaît aussi dans sa façon de décrire l'apparition de Jésus en public. Avant de rapporter la première guérison miraculeuse, il raconte la scène de la synagogue de Nazareth. Il accroît la tension chez les auditeurs en montrant la scène avec force détails : Jésus se lève, on lui tend le livre, il l'ouvre et y trouve ce passage du prophète Isaïe : « Un souffle du Seigneur est sur moi ; / par lui j'ai été distingué pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres. / Mandé par lui, je déclare aux prisonniers leur relaxe, / aux aveugles qu'ils verront à nouveau, / aux opprimés qu'ils seront pardonnes, / Je viens déclarer publiquement une année en faveur du Seigneur» (4,18-19).

Dans ces paroles d'Isaïe, c'est son propre programme que formule Jésus. L'intéressant ici, c'est que Luc mêle deux textes : le passage messianique d'Isaïe 61,1 et la phrase d'Isaïe 58,6 qui concerne les prisonniers. Le sujet de ce texte, c'est la bonne façon de jeûner, celle qui plaît à Dieu.

Cet arrangement de Luc n'est pas le fait d'un hasard. Jésus accomplit les tâches du Messie. Il est celui qui plaît à Dieu par la forme de sa piété, et en combinant ces deux textes Luc donne à comprendre que nous aussi, disciples de Jésus, nous avons le devoir de remettre les opprimés en liberté, d'en aplanir la voie à ceux qui sont blessés, brisés, écrasés, épuisés.

Jésus se comprend lui-même comme rempli de l'esprit de Dieu ; sa tâche est d'annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Il s'agit d'une part de ceux qui, privés de leurs droits, vivent dans la pauvreté, et d'autre part aussi des prisonniers, des aveugles et de ceux que la vie a brisés. Quand Jésus guérit, cela signifie pour Luc qu'il délie. Luc ne prend ici pour exemple que les aveugles ; Jésus veut leur rendre la vue, ce qui signifie la faculté de lever les yeux. Ceux qui ont fermé leurs yeux à la réalité doivent regarder à nouveau vers le haut, découvrir la beauté du monde. Or pour les Grecs la vue est le sens le plus important ; Dieu, pour eux, c'est celui qui est vu : Theos vient de îheastai, «être vu». C'est dans la vision que l'être humain fait l'expérience de sa dignité, mais souvent sa vision est brouillée; il ne voit la réalité qu'à travers les lunettes embuées de ses projections ou de ses schémas névrotiques, son regard est déformé par les illusions qu'il se fait sur le monde. Quand il est capable de voir ce qui est, de lever les yeux, alors il est vraiment humain.

Jésus récapitule sa mission par l'annonce d'une année de grâce du Seigneur ; chez les Juifs, une année jubilaire, qui revenait tous les quarante-neuf ans. Les Israélites devaient alors affranchir tous les esclaves, remettre toutes les dettes et laisser les champs en friche. Ce sont là de merveilleuses images de l'action de Jésus. Partout où il se présente, les esclaves sont affranchis ; les esclaves d'eux-mêmes peuvent sortir de la prison intérieure de leurs angoisses et de leur aliénation, et recouvrer leur dignité humaine. Luc décrit la libération des esclaves pendant la première guérison, qu'il rattache directement à l'entrée en scène de Jésus à la synagogue de Nazareth. Il raconte qu'il y avait dans la synagogue de Capharnaüm «un homme au souffle impur et maléfique», un possédé (4,31). Les démons signifient l'aliénation par la souffrance, l'oppression, le harcèlement moral, les compulsions névrotiques, les idées fixes. Les hommes peuvent être possédés par ces forces au point «qu'ils ne peuvent absolument plus être eux-mêmes, mais perdent leur langage, leur identité, leur personnalité, et sont totalement aliénés, perdus pour eux-mêmes et pour leur entourage (Venetz, p. 67). Leur pensée est obscurcie par les préjugés, l'amertume, la peur et la jalousie. Pour Luc, la guérison signifie le retour à la clarté, l'affranchissement de tous les démons.

Partout où Jésus proclame la bonne nouvelle de la proche présence du Dieu de bonté, les hommes se sentent libérés de leur culpabilité ; les pécheurs se risquent à l'aborder et à lui demander le pardon. Ils se sentent alors acceptés inconditionnellement en dépit de leurs fautes. Cette expérience, Luc la communique au cœur de ses lecteurs en rapportant la merveilleuse histoire de la pécheresse qui ose entrer dans la maison d'un pharisien pour couvrir ses pieds de parfum (7,36-50). Où Jésus se présente, il crée un espace de liberté dans lequel les humains peuvent à nouveau respirer ; tel est sans doute le sens de l'image des champs laissés en friche. Jésus fait savoir que l'on n'est pas obligé de travailler sans cesse sur soi-même, mais que l'on peut aussi parfois laisser en friche le champ de son âme, et que l'on doit faire confiance à Dieu qui y répand sa bonne semence ; alors sa grâce y produira des fruits au centuple.

Après l'expulsion des démons (4,33-37), Luc rapporte comment Jésus guérit la belle-mère de Pierre. Il se penche sur elle pour lui communiquer, par sa proximité, quelque chose de son esprit. Ce geste manifeste la tendresse de Jésus s'approchant de la malade, et il l'accompagne d'une parole. Personnifiant la fièvre, il l'invective et lui ordonne de quitter la femme ; celle-ci est aussitôt guérie. Elle se lève et sert Jésus. Après la guérison d'un homme, Luc rapporte toujours aussitôt celle d'une femme; il lui importe de les présenter comme égaux en droits. Il l'a déjà montré dans le discours de Nazareth (4,16-27), où Jésus cite le Syrien Naamân et la veuve de Sarepta comme exemples d'êtres guéris par les prophètes.

Luc relate ensuite l'action de Jésus en tant que thérapeute. «Le Messie plein de bonté reprend à son compte la fonction du médecin hellénistique » (Bovon, p. 225). Il est présenté de telle façon que les Grecs apprennent à le connaître et à l'aimer. Par l'imposition des mains, il communique aux humains l'esprit et la force de Dieu et leur restitue leur forme originelle. Cependant il ne guérit pas par le seul contact physique, mais aussi par la parole, par son enseignement qui expose, selon la médecine grecque, l'«art de la vie saine ». Ce faisant, il est obligé, comme le médecin décrit par Socrate dans le Gorgias, de prescrire aux patients plus d'un remède amer qui, au premier abord, n'est pas du tout de leur goût. Pour Luc, les paroles de Jésus sont de celles qui conduisent l'homme au salut, à sa véritable nature. Jésus thérapeute : c'est une image qui parle aux gens de notre temps, car ils aspirent à la guérison.

Les livres qui veulent aider à vivre sont aujourd'hui très à la mode, et le marché des séminaires prometteurs de guérison est florissant. Luc nous montre en Jésus un thérapeute dont les méthodes sont toujours aussi modernes qu'en son temps ; il nous invite, nous chrétiens, à remettre sur pied nous aussi les malades et à redresser ceux que la vie a courbés, par la puissance de l'esprit dont Jésus était pénétré.


Pour nous contacter :

E-Mail : luc@ieschoua.org

Modifié le  14-02-2012.