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Le récit de la Passion

Par Anselm_Grün

De même que Marc et Matthieu, Luc nous raconte la Passion, le chemin qui mène Jésus à la Résurrection en passant par la croix, mais il l'interprète à sa manière. D'une part il le décrit de telle façon que nous pouvons y reconnaître notre propre chemin de croix ; l'exemple de Jésus doit nous encourager à ne pas éviter les épreuves qui s'y présentent, mais à les traverser pour accéder au Royaume de Dieu. Dans la Passion de Jésus, Luc voit son humanité ; il est le vrai Juste qui nous montre comment suivre le bon chemin, rester fidèles dans la souffrance à notre amour des hommes (à l'idéal grec de la philanthropia).

D'autre part, Luc est guidé dans son récit par le motif de la rédemption ; il veut montrer comment ce Jésus de Nazareth, par sa mort et sa Résurrection, nous a guéris et sauvés. Il renonce à ce propos aux notions juives d'expiation et de sacrifice, dont les Grecs ne savaient que faire et sur lesquelles aujourd'hui encore nous nous cassons la tête. De la rédemption, Luc se fait une autre idée : Jésus est celui qui nous guide vers la vie (archègos tes zôes), qui nous précède, nous ouvre la voie vers la gloire de Dieu. Cette gloire, doxa theou, c'est aussi l'image que Dieu s'est faite de chacun de nous. Le chemin de Jésus, c'est donc celui qui nous mène vers cette image, qui est unique. Jésus est le vrai Juste ; quand nous le regardons, nous sommes dans la justice, orientés vers Dieu, dressés dans notre dignité, justifiés par Dieu.

Le message que Luc se propose de nous transmettre aujourd'hui comme jadis aux Grecs, c'est que Jésus est le Sauveur qui nous a affranchis par sa mort. Mais comment comprendre cela? Comment ce qui s'est passé alors peut-il avoir pour nous cet effet ? Deux schémas de pensée grecs permettent à Luc de l'expliquer. Le premier est celui du spectacle. Luc représente le chemin de Jésus comme un spectacle, qui culmine dans la crucifixion : « Tous les gens qui ont assisté à la scène et vu les événements partent en se frappant la poitrine» (23,48). Pour les Grecs, le spectacle était quelque chose qui les atteignait au fond du cœur, qu'ils ne voyaient pas en simples spectateurs non concernés, mais où ils se sentaient impliqués. Sa fonction était de purifier les affects et les passions de l'être humain; représentant l'homme dans ce qu'il a de plus haut et de plus abyssal, dans ses côtés de lumière et d'ombre, il opérait cette purification, cette catharsis, il transformait le spectateur. En regardant ce que Luc nous donne à voir dans tout son Évangile et surtout dans le récit de la Passion, nous sommes transformés ; comme les témoins d'alors, nous devons nous frapper la poitrine et nous convertir et, touchés dans notre cœur, prendre le chemin de la vraie vie.

Le second schéma de pensée sur lequel se fonde Luc pour expliquer l'effet thérapeutique et salvateur de la mort de Jésus, c'est l'image de l'homme juste. Chez Luc, le centurion ne reconnaît pas comme chez Marc et Matthieu que Jésus était le Fils de Dieu, mais que « C'est certain, cet homme était un juste » (23,47). Luc veut représenter Jésus comme l'accomplissement d'une aspiration spécifique de Grecs. Dans leur philosophie, l'homme juste se définit par l'adhésion au bien, au vrai et au beau, à ce qui est correct et convient à l'humanité. Pour Platon, la justice est la première des quatre vertus cardinales ; elle établit l'harmonie entre toutes les parties de l'âme et la met dans les meilleures dispositions. Sur la croix, Jésus est le Juste par excellence; il en montre l'image et, dans le souci qu'il a de notre âme, il veut nous donner le courage de vivre comme il le faut. Dans son Gorgias, Platon donne son maître Socrate en exemple de l'homme juste, auquel il est indifférent d'être mis à mort. Socrate se compare au médecin que le cuisinier accuse de donner aux enfants des potions amères destinées à guérir leurs blessures. Pas plus que Socrate, Jésus n'a dit aux hommes ce qu'il leur aurait plu d'entendre ; il est le médecin qui nous tend le remède salutaire. Et pourtant il est accusé par ceux qui ne songent qu'à eux-mêmes et à leur commodité. Par le propos du centurion, Luc veut dire aux Grecs : le vrai Juste, celui que vous attendiez depuis Platon, le voilà ; le médecin de vos âmes, c'est lui. En le regardant, vous devenez vous-mêmes des Justes, ajustés sur Dieu. Du haut de sa croix, il établit en vous l'ordre et l'harmonie. Pour Luc, c'est en cela que consiste la guérison, la délivrance, la rédemption.

Le repas d'adieu de Jésus

Je voudrais seulement montrer par quelques exemples comment, en racontant la Passion à sa manière, Luc s'efforce de la rendre compréhensible pour les Grecs - et pour nous aussi. Il commence par l'ultime repas de Jésus avec ses disciples, qu'il présente comme un banquet où s'échangent des propos de table. Ces propos ont pour Luc le caractère d'un adieu ; sur le point de quitter ses « frères », Jésus leur transmet son testament, tout comme Socrate, devant la coupe de ciguë, avait délivré l'essentiel de ses enseignements philosophiques. À cette occasion, il manifeste encore une fois son amour à ses disciples. S'il s'est toujours montré miséricordieux lors de ses repas avec des pécheurs, cet amour culmine à présent dans le don qu'il fait de lui-même sous les espèces du pain et du vin. Il a longuement « désiré partager la pâque avec [eux] avant [sa] souffrance» (22,15), pour leur transmettre le legs de son amour dans les gestes du pain rompu et de la coupe tendue. Quand la communauté des disciples se rassemble et se partage le pain, ils se rappellent l'amour de Jésus culminant sur la croix et ils le revivent.

Après le repas, les entretiens commencent. Le thème le plus important que retient Luc, c'est celui du « chef» et du «serviteur» (22,24-27). Le Seigneur Jésus se fait, à table, le serviteur de ses disciples, le diakonos qui, au service de la vie, permet à la communauté de célébrer une fête dans la joie qu'il lui transmet. Parlant ainsi, il veut résumer le sens de sa mission. Il n'est pas, comme les autres rois, un oppresseur des peuples ; il se met au service des humains afin qu'ils jouissent dans la joie des bienfaits de Dieu, et sa conduite doit servir d'exemple à ses disciples : ils ne devront pas s'efforcer de rapetisser les autres pour croire à leur propre grandeur. Jésus manifeste le bouleversement de l'ordre établi : le chef se fait serviteur, le plus grand devient le plus petit. Est chrétien celui qui éveille chez les autres la vie que Dieu leur a donnée.

Puis Jésus exhorte Pierre à « affermir » ses frères. Par sa mort sur la croix, ils vont être insécurisés dans leur foi ; il prie pour eux, afin que leur foi ne s'éteigne pas et en particulier pour Pierre, qui apparaît ici comme le prototype du disciple. Mais Pierre lui-même doit changer, se convertir ; alors seulement il sera capable de conforter ses frères dans la foi. Luc montre ensuite comment Jésus lui-même est insécurisé, et comment il lutte en priant pour accepter la volonté de Dieu. La scène au mont des Oliviers débute par l'injonction faite aux disciples : « Priez pour ne pas être soumis à l'épreuve» (22,40). Seule la prière permet à Jésus de triompher de sa propre tentation ; seule, elle pourra affermir les disciples dans les nombreuses épreuves qui les attendent. Au mont des Oliviers. Jésus atteint ses propres limites ; il sent que sa marche vers la croix exige trop de ses forces humaines, il est confronté à la peur, et entre en « agonie », en lutte ; l'agonie, c'est «l'ultime tension des forces devant l'imminence des décisions et des catastrophes» (Grundmann, p. 412). Dans cette angoisse de la mort, la sueur coule de son front comme du sang « tombant sur la terre » (22,44). Un ange venu du ciel alors le réconforte. Luc présente ici Jésus comme l'image archétypique de l'homme en prière ; prier, c'est lutter avec Dieu. Hors la prière, nous sommes livrés sans recours à la peur ; elle nous donne la force de venir à bout des épreuves et des tentations de notre vie. En priant, nous ne serons pas seuls ; Dieu nous enverra aussi un ange pour nous assister et renouveler nos forces pour la suite de notre chemin.

Le chemin de la Passion

Après avoir prié, Jésus est donc raffermi, prêt à suivre son chemin de souffrance. Celui-ci commence par l'arrestation. Luc reprend de nombreux passages de Marc, mais il imprime au récit sa marque personnelle. Bien plus que chez Marc, Jésus est ici celui qui

agit. Il apostrophe de lui-même le traître : « C'est pour un baiser, Judas, que tu livres le Fils de l'homme?» (22,48). Lorsqu'un de ses disciples tranche l'oreille d'un serviteur du grand prêtre, Jésus le guérit (22,50-51). Jusque dans sa souffrance, il reste le médecin qui se soucie des blessures de ses ennemis. Chez Luc, le peloton qui l'arrête est uniquement composé de Juifs ; Luc a tendance à minimiser le rôle des Romains dans l'exécution de Jésus et à rejeter toute la faute sur les Juifs, avec l'intention de rendre le christianisme plus présentable dans l'Empire romain. Ici, Luc l'historien ne s'en tient pas simplement aux faits, mais les interprète à sa façon; au demeurant, il ne connaît pas très bien le contexte juridique à Jérusalem. Il s'efforce donc de dépeindre ce qui se passe dans la maison du grand prêtre, la trahison de Pierre et les sarcasmes des gardiens de telle façon que son récit soit captivant et éclairant pour le lecteur. On sent l'écrivain doué qui sait organiser en artiste la tension dramatique.

L'assemblée des Juifs conduit Jésus devant Pilate, le procurateur romain, un homme brutal, mais que Luc montre plein de compréhension et dont il veut faire un témoin de l'innocence de Jésus. Luc est le seul qui mentionne le renvoi devant Hérode (23,6-12), qu'il voudrait, à l'évidence, faire apparaître aussi comme un témoin à décharge ; il le dépeint comme un lettré hellénistique, qui a le goût des cas intéressants, des signes miraculeux et des paroles profondes. Mais Jésus déçoit son attente : il se tait. Son silence est la marque du serviteur de Dieu, et les lecteurs juifs le comprennent ainsi. Mais les hellénistes savent aussi que le silence est un signe de la divinité, par exemple dans le culte de Mithra. Le silence de Jésus change l'admiration d'Hérode en mépris et en dérision ; Hérode n'est pas un homme sage et cultivé, il ne s'intéresse qu'au sensationnel; la rencontre de Jésus le montre dans sa vérité. Regardant le spectacle de la Passion, nous sommes nous aussi confrontés à la nôtre. Hérode, lui, manifeste sa fausseté en revêtant Jésus d'un « habit somptueux » et en le renvoyant à Pilate, avec lequel il sera désormais lié d'amitié.

Pilate convoque alors les grands prêtres et les autres dirigeants juifs; il atteste devant tous l'innocence de Jésus, et cite à cet égard le témoignage d'Hérode. Mais la réaction de la foule est de réclamer la crucifixion; par trois fois, Pilate affirme l'innocence de Jésus, mais les Juifs crient si fort qu'il finit par céder. Luc évite de parler d'une sentence de mort qu'il aurait prononcée; il le montre cédant seulement à la pression de la foule à laquelle il livre Jésus. La réalité historique était sûrement différente, car seuls les Romains avaient le droit de condamner à la crucifixion. Luc ne mentionne pas non plus les railleries des soldats romains ; tout se passe comme si les Juifs conduisaient seuls Jésus vers la croix, et les soldats n'apparaissent qu'au terme du parcours.

Sur son chemin, Jésus rencontre Simon de Cyrène et des femmes en pleurs (23,26-31). Il s'agit d'images exemplaires. De même que Simon porte la croix derrière Jésus, les disciples doivent la prendre eux aussi sur eux et suivre Jésus. Quant aux femmes, Jésus leur adresse la parole : « Filles de Jérusalem, ne pleurez plus sur mon sort. Pleurez plutôt pour vous-mêmes et sur vos enfants » (23,28). Jésus ne veut pas de leur pitié, il veut leur conversion. Il y a là aussi sans doute un avertissement au lecteur. Quand nous lisons et méditons la Passion, il ne s'agit pas de fondre de pitié mais changer de vie ; nous devons quitter ce spectacle transformés dans notre façon de penser et d'agir. Cette mort sur la croix, c'est l'appel le plus insistant à la conversion que Jésus ait donné de toute sa vie.

La crucifixion

Luc applique ici le procédé stylistique de l'antithèse, de la polarité. Jésus est crucifié entre deux criminels, l'un repentant, l'autre endurci. La croix de Jésus peut nous conduire au repentir, mais nous pouvons aussi la considérer d'un cœur dur ; dans ce cas, elle ne nous sauvera pas. Sur la croix, Jésus est toujours l'homme en prière. Il prie pour ses bourreaux : «Père, pardonne-leur. Ils ne savent pas ce qu'ils font» (23,34). Il offre à tous les humains la possibilité de se convertir; qui voit l'amour de Jésus pour ses meurtriers eux-mêmes peut avoir confiance : lui aussi sera pardonné. Ainsi, la crucifixion de Jésus montre jusqu''où peut aller dans le pardon l'amour de Dieu ; chez Luc, la croix n'opère pas la rédemption, mais elle l'exprime et la communique ainsi aux pécheurs.

«Le peuple était là et regardait» (23,35). Le spectacle a pour fonction de s'adresser à l'affectivité et de la purifier. D'abord les spectateurs voient Jésus trois fois raillé : par les chefs, par les soldats, par le larron sur sa gauche. À ces railleries s'oppose la profession de foi du larron sur sa droite : « Pour nous, c'est justice ! Nous subissons des peines à la mesure de ce que nous avons commis, mais lui n'a rien fait d'injuste» (23,41). Puis il prie Jésus de se souvenir de lui en arrivant dans son Royaume, et Jésus lui répond: «C'est certain, crois-moi, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis» (23,43). L'amour de Jésus atteint ici son point culminant : il offre à tout être jusqu'à l'heure de sa mort la chance de pouvoir se convertir, et l'assentiment qu'il donne au larron à sa droite nous promet à nous aussi qu'il nous emmènera, à notre mort, au paradis. La mort de Jésus est pour nous le présent à l'état pur, elle nous donne la certitude qu'en ce jour même nous accéderons avec lui à la gloire de Dieu.

Puis Luc décrit la mort de Jésus. Il redevient alors historiographe; il donne avec précision l'heure de la mort, mais cette indication présente aussi un sens symbolique. En plein jour le soleil s'obscurcit et les ténèbres se font sur tout le pays ; Jésus ne meurt pas simplement en poussant un cri, mais en priant : « Père, "je remets mon souffle entre tes mains"» (23,46). Tandis que les trompettes du Temple retentissent, appelant à

la prière, Jésus prononce les paroles du psaume 31, la prière du soir des Juifs pieux, mais en ajoutant une apostrophe qui lui est propre : « Abba », cher père, papa. En mourant, il s'en retourne avec une confiance enfantine dans les bras de son père. Aux yeux de Luc, la mort n'a pour Jésus rien d'effrayant, elle est l'accomplissement de l'amour, de ce qu'il avait dit, enfant, aux docteurs du Temple: « Ignorez-vous qu'il faut que je m'occupe des affaires de mon Père ? » (2,49). La prière le mène, à travers les portes de la mort, dans les bras aimants du Père ; telle est la promesse que Luc voit dans la mort de Jésus : nous aussi, en mourant, nous tomberons non pas dans le néant, mais dans les bras aimants de Dieu. Jésus expire : il rend son « souffle » à Dieu. Ici encore, Luc associe des éléments juifs et des éléments grecs. Jésus prie avec les mots du psaume juif, mais sa mort est décrite dans le langage de l'environnement hellénistique. C'est dans les mêmes termes que Sénèque a raconté la mort d'Héraklès : « Emporte mon esprit, je t'en prie, vers les étoiles ! Voyez, mon père m'appelle et ouvre le ciel. Je viens, père, je viens » (Grundmann, p. 435).

Les réactions à la mort de Jésus

Luc rapporte ensuite trois réactions à la mort de Jésus; aux trois railleries qu'il a subies correspondent trois confirmations de sa dignité. D'abord, le centurion «célèbre la splendeur de Dieu», qu'il voit à l'œuvre dans cette mort. Contrairement à Marc et à Matthieu, il n'affirme pas la filiation divine de Jésus, mais dit: « C'est certain, cet homme était un juste » (23 47). Dans un de ses dialogues, Platon parle d'un homme exempt de toutes nos intrigues, véritablement juste ; il est chassé de la cité et mis à mort. Cet homme, qui représente l'aspiration idéale des Grecs, c'est Jésus; mais les Juifs aussi voient satisfaite en lui leur attente du Messie, qui est le Juste que Dieu envoie aux humains. En reconnaissant en Jésus un juste, le centurion découvre la gloire de Dieu. C'est ainsi que Luc décrit la relation de Jésus à Dieu ; il n'use pas de la notion de Fils de Dieu, mais dépeint Jésus de telle façon que les spectateurs voient en lui Dieu lui-même.

La deuxième réaction vient de la foule, du peuple. Il en est dit que tous ces gens ont afflué pour assister au spectacle. Or l'histoire de Jésus est un spectacle réel et non pas fictif, mais il produit le même effet qu'une tragédie grecque. « Tous les gens qui ont assisté à la scène et vu les événements partent en se frappant la poitrine » (23,48) : ils se sont laissé toucher, ils sont convertis, transformés par la mort du Juste. Nous non plus nous ne pouvons pas considérer cette mort avec une froide objectivité ; quand notre regard se fait vraiment méditation, il nous transforme, et nous ne pouvons plus vivre comme avant. Pour les Grecs, l'expérience de Dieu allait bien au-delà du seul regard. En voyant Jésus mourir, c'est Dieu que je vois, et le ciel ouvert. Ainsi, le spectacle de la croix devient le centre de gravité de l'expérience de Dieu ; à la vue de ce Juste, de cet innocent crucifié, qui de surcroît prie pour ses bourreaux, c'est Dieu, c'est son amour qui se révèle à nous.

La troisième réaction, Luc l'attribue à tous ceux qui, hommes et femmes, ont connu Jésus et « l'ont suivi en groupe depuis la Galilée» (23,49). Il est dit d'eux seulement qu'ils ont «assisté à la scène et vu les événements» (23,49). Ils ont eu le courage de rester près de Jésus, au lieu de fuir. Ici, Luc ne dit pas théorein, regarder un spectacle, mais horân, regarder avec attention et fixité. Il s'agit du regard sensoriel, qui ne comprend pas encore mais retient tout ce qu'il voit et le laisse aller jusqu'au cœur, qui comprendra. Et Luc parle une autre fois encore du regard. Les femmes accompagnent Joseph d'Arimathie qui descend le corps de la croix et le dépose dans un tombeau taillé dans le roc et qui n'a jamais encore servi. «Les femmes qui étaient venues de Galilée avec Jésus ont suivi Joseph. Elles ont observé le tombeau et la façon dont le corps gisait» (23,55). Cette fois, Luc emploie le mot etheasanto : elles regardaient avec attention et étonnement ; ce mot renvoie aussi à la vision spirituelle, qui comprend. Quand elles voient déposer Jésus dans ce tombeau qui n'a jamais servi, le sens des événements leur apparaît. Dans ce tombeau intact, Bultmann décèle une allusion au caractère « cultuel » de Jésus : il s'agit d'une vision cultuelle, comme dans les mystères grecs. Ces femmes pressentent que Dieu s'apprête à faire là quelque chose de totalement nouveau, d'authentique d'intact. En ressuscitant, Jésus va entrer dans la lumière de Dieu.

Pour Luc, la mort de Jésus est aussi un exemple donné au chrétien. Dans les Actes des Apôtres, il décrira la mort d'Étienne en termes analogues. C'est au moment de mourir qu'Étienne comprend le mystère de Jésus : « Rempli du souffle saint, il a levé les yeux vers le ciel, il a vu Dieu dans sa splendeur et Jésus qui se tenait à la droite de Dieu. Il a dit : Je vois les cieux ouverts et le Fils de l'homme se tenait à la droite de Dieu » (Ac 7,55). Ce que voit Étienne, ce n'est plus l'homme Jésus, c'est Jésus en majesté. La mort d'Etienne donne la clé de celle de Jésus ; qui médite sur Jésus en croix voit le ciel s'ouvrir, et Jésus dans sa gloire ; en lui va se développer l'assurance que sa propre mort accomplira sa vision. Jésus se tient, debout, à la droite de Dieu, ressuscité, à jamais garant de notre bonne mort. Etienne meurt en disant : « Seigneur Jésus, accueille mon esprit» (Ac 7,59). Dans notre mort, nous serons accueillis par Jésus dans sa communauté avec le Père.


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Modifié le  14-02-2012.