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L'auteur: qui est Luc?

Par Anselm_Grün

 

Selon la tradition des premiers siècles, Luc aurait accompagné Paul dans ses voyages missionnaires, mais l'exégèse actuelle remet la chose en question. En effet, la théologie que Paul représente est fondamentalement différente de celle de Luc. Sur les origines et la personnalité de Luc, nous n'avons aucune certitude définitive, mais nous pouvons admettre, en raison de la qualité de son grec, qu'il était issu d'une couche sociale élevée et qu'il avait reçu une bonne formation en rhétorique et en philosophie grecque. Il connaissait aussi très bien la traduction grecque de la Bible, la Septante. Peut-être faisait-il partie du cercle dit des « Craignant Dieu », Grecs qui avaient des sympathies pour la religion juive. Luc fait partie de la deuxième ou de la troisième génération après les événements. Selon la tradition, il aurait été originaire d'Antioche. François Bovon, auteur du commentaire consacré à cet Évangile, penche pour Philippes, en Macédoine.  Dans les Actes des Apôtres, en effet, il décrit cette ville dans les moindres détails, montrant une connaissance très précise des lieux. Nous n'avons cependant aucune certitude à ce sujet. Saint Jérôme rapporte que Luc aurait écrit son Évangile en Achaïe et serait mort à Thèbes; cela signifie donc qu'il a vécu surtout en Grèce. Il a sans doute écrit entre 80 et 90. Il a beaucoup voyagé, et s'est certainement rendu à Jérusalem, car dans ce cas encore la description qu'il donne des lieux est claire ; en revanche, il semble n'être pas allé en Galilée, car pour cette région ses indications topographiques manquent de précision.

Luc est le seul évangéliste qui parle de lui-même. Dans son préambule, il se présente comme un historien recueillant avec soin toutes les données de la tradition et soucieux de tout relater avec précision ; ce préambule, écrit en grec classique, rappelle ceux des écrivains hellénistiques. Luc ambitionne d'écrire un best-seller, un livre destiné à être mis sur le marché ; c'est pourquoi il le dédie à une personnalité importante et fortunée, le « Très honoré Théophile », chargé de la publication et de la diffusion de ses deux livres. En effet, Luc a conçu d'emblée un ouvrage en deux volumes, le premier consacré aux événements centrés sur Jésus et le second à l'histoire de la jeune Église. Son livre sur Jésus, Luc ne l'intitule pas «évangile», mais «récit». Il veut raconter l'histoire de Jésus, non seulement dans le détail des faits mais encore, selon l'usage de l'historiographie hellénistique, comme une histoire déjà interprétée ; en effet, seule l'interprétation donne pour nous un sens aux données factuelles. Luc a compris l'histoire de Jésus comme celle du salut et de la guérison des hommes ; Dieu s'y révèle comme Celui qui délivre et qui sauve. Ce qui s'est passé alors a transformé notre monde de façon décisive ; si nous prenons vraiment au sérieux l'histoire de Jésus, elle nous transformera nous aussi.

En se faisant écrivain, Luc veut contribuer personnellement à rendre Jésus compréhensible pour les hommes: «Puisque d'autres ont entrepris de relater les événements ayant eu lieu parmi nous, conformément à ce que nous ont raconté ceux qui en furent, dès le commencement, les témoins et qui sont depuis devenus les serviteurs de la Parole, j'ai de même estimé bon, après m'être très précisément informé depuis l'origine, de tout consigner par écrit à ton intention, très cher Théophile, afin que tu mesures pleinement la validité de l'enseignement que tu as reçu» (Le 1,1-4). À l'évidence, Luc n'est pas satisfait des tentatives de ses prédécesseurs; il n'y trouve ni le début du récit ni les conséquences historiques de ce qui s'est passé. Il regrette aussi l'absence d'une bonne composition qui mette chaque chose à sa juste place, et d'un style qui tienne compte de la sensibilité des lecteurs. D'une part il s'inscrit dans la lignée de ceux qui ont écrit avant lui, d'autre part il se démarque d'eux, manifestant ainsi la conscience de soi d'un auteur chrétien qui crée par lui-même une œuvre qui lui est propre. Son ouvrage est nécessaire parce que « très précisément informé», qu'il a tout contrôlé «depuis l'origine» et qu'il présente une nouvelle ordonnance des matériaux. Et il raconte « avec méthode », c'est-à-dire qu'il soigne son plan et tient compte de la logique interne des événements. Il ne se contente pas de raconter ce qui lui a été transmis ; en écrivant, il suit une idée générale, une conception théologique.

Luc ne propose pas un traité de dogmatique sur Jésus, mais un ouvrage de théologie narrative. Faire de la théologie en racontant une histoire, c'est montrer de la prévenance envers le lecteur, à qui l'on n'assène aucune thèse abstraite ; il se sent libre et peut se retrouver dans ce qui lui est raconté. Luc souhaite le gagner en lui rapportant les actions de Jésus de telle façon qu'il se sente impliqué ; il fait œuvre de prosélyte en faveur de Jésus et de son message. Il ne s'en tient pas à la seule vie de Jésus, mais englobe aussi les répercussions de ses actes dans l'histoire de l'Église. Ce que ce dernier a dit et ce qu'il a fait marque l'histoire de son empreinte, et pour donner la juste mesure des événements dont il a été le centre, il faut tenir compte de ces conséquences. Le but que se fixe Luc, c'est que son lecteur « mesure pleinement la validité » de la Parole qu'il a reçue, qu'il y trouve assurance et appui : il faut qu'il sache sur quoi il peut bâtir sa vie.

Après ce préambule solennel en un grec excellent, Luc commence son récit par la phrase : « Cela se passa au temps d'Hérode, roi de Judée» (1,5) : introduction qu'il affectionne, mais qui constitue une rupture de style, car cette formule n'est pas grecque ; typiquement sémitique, elle est courante dans la Septante, la traduction grecque de l'Ancien Testament. Luc montre ainsi qu'il ne veut pas raconter une histoire profane, mais une histoire sacrée, et qu'il l'écrit donc dans le style propre à l'histoire sainte. Aujourd'hui, quand un narrateur commence par « II était une fois », nous savons qu'il s'agit d'un conte. Pour les lecteurs de Luc, familiarisés en tant que Grecs avec la Septante, il était évident que l'évangéliste commençait un récit sacré, l'histoire du rapport de Dieu avec nous, les humains. Les Grecs nomment ce phénomène mimesis, imitation. Dans une comédie hellénistique, quand un Crétois entre en scène il parle le dialecte crétois. Quand Luc imite la langue de la Septante, avec ses résonances sémitiques, il use de cet artifice typiquement hellénistique et montre ainsi qu'il tient compte des uns et des autres, Grecs et Juifs. Il raconte l'histoire de Jésus dans une langue familière aux Juifs, mais il la drape dans un vêtement grec.


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Modifié le  14-02-2012.