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Un exemple de conversion dans la joie : Zachée

Par Anselm_Grün

Luc ne serait pas un vrai conteur s'il se bornait à transmettre les exhortations de Jésus. Il nous rapporte une merveilleuse histoire de conversion, celle de Zachée, «chef des collecteurs d'impôts» (19,1-10). Zachée était très riche, mais de petite taille ; on pourrait dire que, précisément parce qu'il était et se sentait petit, il tentait de compenser son complexe d'infériorité en gagnant le plus d'argent possible. Il pressurait donc les gens, comme les autres publicains qui achetaient aux Romains une charge de collecteur et l'utilisaient à leur profit. Zachée essaie donc d'améliorer le sentiment qu'il a de sa propre valeur, mais il échoue: plus il gagne, plus les Juifs le rejettent. C'est là le cercle infernal où sont pris bien des gens souffrant d'un complexe d'infériorité : plus ils veulent se faire remarquer pour être enfin reconnus, plus ils s'isolent. Chef des publicains, Zachée ne pouvait croire à sa propre grandeur qu'en rapetissant les autres, en se haussant au-dessus d'eux pour ne plus se sentir petit à côté d'eux, mais il se condamnait ainsi à la solitude. Il ne pouvait rompre ce cercle par ses seuls moyens, il avait besoin de rencontrer Jésus pour pouvoir vivre autrement, pour se convertir.

Il est intéressant de remarquer que Luc emploie ici un grand nombre de verbes marquant mouvement et action. Jésus arrive à Jéricho et traverse la ville ; Zachée court devant lui, mais ne peut traverser la foule et monte sur un arbre pour le voir. Jésus lève les yeux vers lui, alors que tout le monde les baissait pour le regarder ou passait à côté de lui sans le remarquer. En levant les yeux vers lui et en l'appelant par son nom, Jésus attire les regards sur lui, et «pour la première fois, Zachée se sent considéré comme un être humain » (Huizing, p. 237). Dans les milieux hellénistiques, anablepô signifiait regarder vers le ciel et vers les Idées immatérielles. Dans cet homme, Jésus voit le ciel, le visage de Dieu, et Zachée en est recréé, à l'image de Dieu qu'il voit comme son propre visage sur le visage de Jésus. Et son visage s'emplit de joie ; il se hâte de descendre de son arbre ; lui, le petit homme qui se voulait trop grand, il descend, il devient humble, humilis, proche de la terre. C'est là, au niveau de la terre, qu'a lieu le miracle de la transformation. Par l'action de l'homme Jésus, qui veut manger et boire avec lui, l'homme Zachée est métamorphosé ; en l'homme Jésus il vit le salut apporté par Dieu, et cette expérience le transforme. Jésus ne prêche pas la conversion, il l'opère en témoignant à Zachée son amour inconditionnel. Il se propose spontanément de donner aux pauvres la moitié de sa fortune et de rendre quatre fois ce qu'il a trop perçu. Se sentant accepté tel qu'il est, ayant pris conscience de sa dignité, il n'a plus besoin d'attirer l'attention et de ramasser l'argent à la pelle; il est libre désormais de laisser aller ce à quoi il s'accrochait. Cette conversion résulte de l'expérience qu'il a faite de l'amour, et de la joie qui éclate sur son visage. Celui qui lit cette histoire voit son visage se transformer ; il se réjouit que Jésus lève en ce jour les yeux vers lui et l'appelle par son nom; alors qu'il n'avait jamais regardé que lui-même, il ouvre les yeux sur les autres et devient pour eux un frère. Luc n'invite pas à la transformation, il l'opère par cette merveilleuse histoire; telle est sa théologie de l'amour des hommes. Il peut s'abstenir de les rapetisser en leur rappelant sans arrêt leur nature pécheresse ; il montre comment Jésus, l'ami des hommes, les rencontre de telle façon qu'ils se convertissent dans la joie et découvrent leur propre humanité.

Une autre façon de traiter les pécheurs

Celui qui a opéré sa conversion agit autrement aussi envers les pécheurs. Il ne projettera plus sur eux sa propre culpabilité, les utilisant comme des boucs émissaires ; il les traitera au contraire avec autant d'amour que l'a fait Jésus. Si Jésus se tourne volontiers vers les pécheurs, c'est parce qu'il les sait tout particulièrement ouverts à la Bonne Nouvelle de la miséricorde de Dieu. Luc décrit Jésus comme celui qui partage volontiers leur repas. Il raconte une merveilleuse histoire, chef-d'œuvre de mise en scène : celle de la rencontre avec la pécheresse (7,36-50). Dans ce récit, qui brille par sa « perfection esthétique » (Bovon I, p. 385), il use de procédés stylistiques propres à la littérature grecque consacrée aux banquets, et avant tout du motif de l'entrée en scène de convives inattendus et du dialogue caractéristique du genre (cf. Heininger, p. 84 sq.). Jésus, invité chez un pharisien, est attablé, allongé, selon la coutume hellénistique, et surprise : une « femme de mauvaise vie » entre et s'approche de Jésus par-derrière; elle «mouille ses pieds de ses larmes », « avec ses cheveux elle essuie ses pieds et les baise tendrement » puis « les couvre de parfum». Alors que l'onction de la tête faisait partie des rites d'accueil du temps, l'onction des pieds est ici un acte inouï. La scène est érotique, tout particulièrement du fait des cheveux dénoués et parce que seules l'épouse ou la fille étaient autorisées à oindre les pieds d'un homme; en outre, la femme va jusqu'à baiser ceux de Jésus. Alors que les pharisiens s'indignent, Jésus commente positivement ces gestes. Il voit les larmes de cette femme, sa détresse, sa soif d'amour vrai. Il prend l'initiative et met dans l'embarras le pharisien qui, en pensée, avait douté de lui, en lui racontant une parabole empruntée au domaine du prêt d'argent (7,41 sq.); puis il le tance publiquement et prend la défense du comportement de la femme, manifestation d'un amour auquel il a été beaucoup pardonné. Jésus lui accorde devant tous la rémission de ses péchés, mais Luc laisse délibérément le lecteur dans l'incertitude : pardonne-t-il cette femme parce qu'elle lui a témoigné tant d'amour, ou ne fait-il que confirmer le pardon qui est à l'origine de cet amour? Le pardon et l'amour sont indissociables, et il est vain de discuter sur un ordre de succession.

Dans cette scène, Luc ne veut pas seulement dépeindre la sollicitude aimante de Jésus pour cette pécheresse ; il pense assurément aussi à la situation dans sa communauté, qui comptait sans doute bon nombre de « pharisiens » dédaigneux envers les nouveaux convertis dépourvus d'un passé honorable. Les êtres qui, en se convertissant, se sont sortis d'une situation pourrie témoignent souvent d'un cœur particulièrement affectueux ; leur amour est l'expression du pardon qui leur a été accordé. Qui a éprouvé le pardon comme l'affranchissement d'une vie ratée pardonnera lui-même de tout cœur aux autres ; imitant Jésus, comme Etienne, il pardonnera même à ses meurtriers (Ac 7,60).

Si Luc parle autant des pécheurs (cf. 15) et s'il insiste aussi souvent pour situer le pardon au centre du salut (Ac 2,38), ce n'est pas l'expression d'une image pessimiste de l'homme. En lui-même, l'être humain n'est pas mauvais, son fond est même bon. Mais souvent sa vie est ainsi faite qu'il passe à côté de sa propre vérité. Le pécheur, c'est celui qui rate sa vie, qui manque le but et, pour cette raison, se condamne et se rejette lui-même. S'il se convertit et se fait baptiser au nom de Jésus Christ, il verra ses péchés remis et recevra le Saint-Esprit ; il sentira son existence justifiée sans condition, et en lui naîtra une force qui l'empêchera de retomber sans cesse dans les schémas existentiels du péché. Ce message, les Grecs pouvaient parfaitement le comprendre ; il répondait en effet à leur préoccupation constante : comment trouver la bonne voie, celle de la vie ? Le péché nous égare et nous fait manquer le but. La rencontre de Jésus nous ouvre le chemin d'une vie réussie ; elle nous libère de nos erreurs, l'Esprit nous emplit et nous rend capables de vivre autrement, de vivre comme Jésus nous en a donné l'exemple.

Selon l'Évangile de Luc, Jésus n'est pas mort en expiation de nos péchés ; il a proclamé d'une façon nouvelle le pardon de Dieu, il l'a confirmé et scellé par sa vie. Il nous a surtout fait don d'une autre compréhension de nous-mêmes et de la vie, a ouvert nos yeux à une autre vision, et c'est en cela que consiste la conversion, la metanoia. Nous n'en sommes pas réduits à l'accomplir par nos seules forces ; Jésus nous la rend possible si, aujourd'hui, nous le rencontrons dans les récits évangéliques comme l'ont rencontré les gens de son temps. Par le Saint-Esprit, il nous donne la force de suivre désormais une autre voie et d'agir autrement. Nous n'avons pas besoin d'un difficile programme d'assistance tel que bien des livres nous en proposent aujourd'hui. L'Esprit lui-même nous pousse, sur cette voie nouvelle, vers la vérité de la vie et vers sa réussite.


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Modifié le  14-02-2012.