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Que devons-nous faire?

Par Anselm_Grün

Luc ne veut pas seulement susciter notre enthousiasme pour Jésus ; qui comprend Jésus est obligé de changer de vie. L'histoire se poursuit à travers les disciples, qui transforment le monde par un comportement nouveau. Ce n'est pas seulement par des mots, mais aussi par des actes différents que l'esprit de Jésus marque l'histoire. Nous sommes aujourd'hui plutôt allergiques à une spiritualité moralisante ; or Luc ne pointe pas un index accusateur ; il ne fait pas la leçon, il raconte des histoires « qui nous atteignent au cœur et suscitent la question : que devons-nous faire ? » (Heininger, p. 227). Chez lui, pas de théories sur le rapport entre l'amour de Dieu et l'amour du prochain, mais deux exemples illustrant la manière dont nous pouvons, aujourd'hui encore, aimer notre prochain sans nous y épuiser: le bon Samaritain (10,30-38) et Marthe et Marie (10,38-42). Un prêtre et un lévite, chargés du culte, passent sans s'arrêter devant un homme dépouillé et roué de coups par des bandits ; un Samaritain «le voit et s'émeut. Il s'approche et panse ses blessures. Il lui verse de l'huile et du vin et le hisse sur sa propre monture. Il le conduit dans une auberge et prend soin de lui» (10,33-34). Luc donne ici l'image d'une véritable humanité; sous les traits du bon Samaritain, cette parabole décrit Jésus en personne, et c'est le portrait le plus authentique qu'il ait jamais donné de lui-même. En même temps, c'est pour le lecteur une invitation à suivre l'exemple. Luc est un théologien pratique, il ne s'intéresse pas aux discussions théoriques. C'est aux actes et au mode de vie que l'on voit si le message de Jésus a été compris; nous agissons selon la Parole de Jésus quand nous faisons ce qu'une situation donnée exige de nous, quand nous ne fermons pas les yeux en passant devant la victime des brigands.

Cependant Luc comprend le risque d'épuisement qui nous menace dans de tels cas. Nous pensons devoir sauver le monde entier et sommes tiraillés entre la mauvaise conscience qui nous pousse à intervenir et notre incapacité à venir en aide à tout le monde. C'est pourquoi Luc oppose à un idéal trop élevé l'histoire de Marthe et Marie (10,38-42). Marthe, c'est l'hôtesse qui se met courageusement au travail quand elle reçoit. Dans le monde antique, l'hospitalité est une très haute valeur ; ce que fait Marthe est donc bon et source de joie, mais elle est aveugle aux besoins particuliers de celui qu’elle reçoit : elle pense que Jésus et ses disciples veulent avant tout être bien traités, et ne se rend pas compte qu'elle projette sur Jésus ses propres besoins; elle ne saisit pas ce qu'il souhaite. En critiquant âprement sa sœur Marie qui ne fait qu'écouter Jésus, assise à ses pieds, elle montre que son activité n'est pas tout à fait désintéressée ; sa susceptibilité révèle qu'elle voudrait attirer l'attention et les compliments, faire bonne figure en tant qu'hôtesse. L'important pour elle, ce n'est pas la rencontre dans l'instant présent, mais ce qui s'ensuivra, la bonne réputation qu'elle souhaite s'attirer; peut-être aussi voudrait-elle apaiser sa mauvaise conscience. Bien des gens travaillent beaucoup et se retranchent derrière leur travail, certes utile, pour se protéger contre toute critique ; ils refusent de se remettre en question et de se demander ce que Dieu attend vraiment d'eux.

Chacun de nous porte en soi une Marthe et une Marie, elles représentent deux pôles en nous, et la plupart du temps c'est Marthe qui parle le plus fort, car elle a les meilleurs arguments, elle peut présenter des résultats ; en pratiquant l'hospitalité, elle accomplit la volonté de Dieu. C'est pourquoi Jésus est obligé de prendre la défense de Marie. En présence de Jésus, ne devrions-nous pas nous abandonner à l'instant, nous asseoir à ses pieds et écouter simplement ce qu'il nous dit ? Cette intuition discrète est souvent étouffée par les voix plus sonores qui nous invitent à venir en aide à tous ceux qui souffrent. Jésus amplifie cette voix légère, celle de Marie en nous : « Marie a choisi la bonne part, elle ne lui sera pas enlevée » (10,42). Il est bon de s'arrêter et d'écouter dans le silence ce que Jésus voudrait nous dire dans l'instant. Qui ne pense jamais qu'à l'avenir et à sa propre réputation gâche sa vie, passe à côté de Jésus et de lui-même. Si Marie est assise aux pieds de Jésus, cela signifie pour Luc qu'elle est une disciple, à égalité avec les hommes ; elle s'évade du rôle limité de la femme qui assure l'hospitalité et la subsistance. Tout autant que l'homme, la femme est appelée à suivre l'enseignement de Jésus et à répandre ensuite la Bonne Nouvelle.

La propriété et la richesse

Une autre façon pour Luc d'enseigner aux disciples un comportement nouveau consiste à raconter des paraboles. Elles soulèvent fréquemment la question : « Que dois-je faire?» C'est celle que se posent l'«homme riche» (12,17) et l'intendant malhonnête (16,3). Ces deux paraboles concernent le bon usage des biens, thème important pour Luc le Grec. Il est l'évangéliste des pauvres ; plus que les autres il se centre sur les problèmes de la richesse, de la pauvreté, de la propriété et du renoncement, de la communauté des biens et des obligations sociales. Il était sans doute issu lui-même d'une classe moyenne plutôt aisée, mais il manifeste à l'évidence une forte conscience sociale. Il est important pour lui d'enseigner que les chrétiens ne doivent pas être attachés à la propriété, mais la partager avec les pauvres. Qui amasse pour lui seul n'a pas compris l'enseignement de Jésus ni le mystère de l'existence humaine, limitée par la mort. Qui au contraire prend sa vie au sérieux sait qu'il est impossible de constituer ici-bas des trésors durables : la richesse matérielle se brise sur la mort. C'est pourquoi il importe de se rendre riche au regard de Dieu, par les œuvres de l'amour dont l'expression concrète est le partage des biens. De Sénèque à Hofmannsthal, du Livre de la Sagesse de Sirach (L'Ecclésiastique) à Lucien de Samosate, on trouve des récits analogues à celui de ce riche paysan (12,13-21). Chez Lucien, l'usurier Gniphon est condamné à voir, depuis le monde infernal, comment l'argent qu'il s'est donné tant de mal à amasser est dilapidé en peu de temps par le débauché Rhodoporis. Le thème du partage des biens est tout aussi actuel aujourd'hui qu'alors. Les chrétiens ne devraient pas se laisser aller à l'avidité de la spéculation boursière, mais chercher à s'enrichir aux yeux de Dieu (12,21). La vraie richesse est en nous, le trésor dans notre âme : c'est l'amour qui se répand à flots, mais il ne coulera ainsi que si notre argent coule lui aussi à flots.

Parmi les chrétiens d'origine païenne qui lisaient l'Évangile de Luc, il y avait à coup sûr beaucoup de commerçants parvenus à une certaine richesse; les Actes des Apôtres mentionnent une certaine Lydia, marchande de pourpre. Luc pense à la prospérité matérielle fondée sur les terres et le commerce ; les grands propriétaires terriens et les collecteurs d'impôts faisaient partie de la couche sociale la plus aisée. Luc se préoccupe surtout des effets que la richesse produit sur les comportements ; elle peut devenir une idole, elle incite à l'avidité et au goût des honneurs, le riche se disperse en soucis et en jouissances terrestres, il oublie Dieu. Pour l'évangéliste, deux traits caractérisent l'attitude chrétienne à l'égard des biens de ce monde : le partage et la liberté intérieure, l'absence de souci (12,22-32). Qui se préoccupe sans cesse de sa nourriture et de son habillement donne trop de pouvoir aux choses extérieures; il ferait mieux de s'en remettre à Dieu. Le souci du chrétien, ce doit être le Royaume, le règne de Dieu sur son âme, car c'est lui le véritable trésor. « Car là où se trouve votre trésor, là se trouvera aussi votre cœur» (12,34). Nous ne sommes libérés des soucis de ce monde que si Dieu demeure en nous ; nous ne pouvons abandonner nos biens aux pauvres que si nous reposons en Dieu.

Luc considère une autre attitude encore à l'égard de la richesse : l'honnêteté dans la gestion des biens de ce monde. « Le fidèle dans les petites occasions est fidèle dans les grandes. Le malhonnête dans la plus petite occasion est malhonnête dans la grande» (16,10). Le bon usage des dons de Dieu présuppose la fiabilité dans la gestion des biens terrestres. Le plus grand don de Dieu, c'est le salut, c'est Dieu lui-même qui se donne en la personne de Jésus. «... si vous êtes déloyaux pour les affaires des autres, qui vous confiera les vôtres ? » (16,12). Les biens que l'homme possède ne lui appartiennent pas ; ils appartiennent à Dieu. Le seul qui nous convient vraiment, c'est le salut.

Luc voit bien la réalité de ce monde ; il ne diabolise ni l'argent ni la propriété, mais il invite ceux qui les possèdent à pratiquer la justice sociale, et même à vendre leurs biens pour en distribuer le produit aux pauvres. Ces exigences de Jésus sont réalisées dans la première communauté des disciples, à Jérusalem, où n'est pas prêchée simplement la pauvreté, mais aussi la communauté des biens. « La possession des propriétés et des biens était commune. On distribuait les bénéfices retirés des ventes en fonction des besoins de chacun » (Ac 2,44-45). Dans sa description de cette communauté des biens, Luc associe « des idéaux hellénistiques et des promesses juives de l'Ancien Testament » (Ernst, p. 101). Il ne poursuit pas une utopie romantique de pauvreté, mais se soucie de la responsabilité sociale liée à la propriété. Cet idéal qu'a réalisé l'Église primitive, l'évangéliste l'a en vue aussi pour son propre temps ; il concerne également les Grecs et notamment la situation des marchands, auxquels il montre un moyen de suivre Jésus sans renoncer à leur métier et d'accéder à la vraie liberté et à la vie. La théologie moderne de la libération se réclame donc à bon droit de Luc, dont elle transpose le message dans le contexte de notre temps. Dans l'avenir, la paix du monde dépendra surtout d'un juste partage des richesses; l'enseignement de Luc est donc actuel au plus haut point, non seulement sur le plan de l'éthique individuelle mais encore sur celui de la politique internationale.

La conversion

II s'agit d'une réponse importante que Luc apporte à la question de savoir ce que nous devons faire. C'est ainsi que Pierre, après son sermon de la Pentecôte, dit à ses auditeurs qui l'interrogent: «... Pensez autrement et que chacun reçoive le baptême au nom de Jésus Christ, dans l'espoir de l'effacement de ses fautes. Vous recevrez alors le don du Souffle saint» (Ac 2,38). Le mot grec pour cette « pensée autre » est metanoia, dont le sens littéral est : changement de l'état d'esprit, vue de l'envers des choses. Pour les Grecs, la conversion commence au niveau de la pensée. Notre forme de pensée nous égare, nous empêche de porter sur nous-mêmes et sur les situations environnantes un jugement correct, et de nous comporter correctement aussi en fonction de la réalité. Il est bien vrai que nous ne voyons souvent celle-ci qu'à travers le prisme de nos projections. C'est pourquoi Jésus, tel que le montre Luc, veut éduquer ses auditeurs à bien voir et à bien juger le réel. Deux passages sont destinés à le faire comprendre.

Aux versets 12,54-57, Jésus évoque les observations météorologiques : « Lorsque vous voyez des nuages se lever à l'ouest, vous dites aussitôt que la pluie vient. Et c'est ce qui arrive. Lorsque vous sentez un vent du sud souffler, vous dites qu'il va y avoir une très forte chaleur. Et c'est ce qui arrive. Faux jetons que vous êtes : vous savez interpréter l'aspect du ciel et de la terre, mais le temps actuel, vous ne savez pas l'interpréter?» (12,55-57). La nature, les hommes la voient correctement, mais ils sont aveugles au sens de l'histoire, car ils ferment les yeux. Jésus nous exhorte à tourner notre regard vers les événements de notre temps, à bien en juger et à réagir par un comportement adéquat. La metanoia, la « pensée autre », renouvelée, entraînera un changement dans les actes.

Jésus montre aux versets 13,1-9 comment il convient d'évaluer les événements historiques. Les gens lui rapportent les dernières nouvelles, catastrophes politiques et coups du sort, qu'ils ne comprennent pas. Pilate a fait tuer des Galiléens qui s'apprêtaient à offrir des sacrifices; la tour de Siloé s'est effondrée, tuant dix-huit personnes. Dans les deux cas, Jésus donne une réponse analogue : « Pensez-vous, parce qu'ils ont enduré cela, que ces Galiléens furent de plus grands criminels que les autres Galiléens ? Non. Mais je vous le dis, si tous vous ne vous repentez pas, de la même façon vous périrez. » Certes Jésus attaque la théologie des pharisiens, qui voyait dans tout malheur une punition des péchés, mais il ne s'engage pas dans une discussion théorique sur les raisons de ces coups du sort ; il réoriente vers eux-mêmes l'attention de ceux qui les lui rapportent. Il ne s'agit pas des autres, mais de nous ; sauf conversion, nous périrons exactement commeeux. Notre vie sera un échec si nous ne pensons pas autrement. En cas de catastrophe, il n'y a pas lieu de se demander pourquoi elle se produit, mais considérer qu'elle nous interpelle ; il peut nous arriver la même chose que par exemple aux victimes d'Eschede ou de Kaprun. L'enjeu, c'est notre vie : de quoi se nourrit-elle ? A-t-elle un sens ? Il ne va pas de soi que nous la réussirons, et nous ne sommes pas assurés de vivre vieux et bien-portants. La condition du succès, c'est la conversion; c'est d'abord de constater que nous nous sommes éloignés de Dieu. C'est de regarder notre vie et de la comprendre par rapport à lui, de voir au-delà des apparences et de reconnaître qu'il en est le vrai but et le support. Mais se convertir, ce n'est pas seulement voir et reconnaître, c'est aussi décider. Je décide de vivre autrement, vivre selon la volonté de Dieu et selon ma nature propre.


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Modifié le  14-02-2012.