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Pistes de réflexions sur : Jésus et la femme adultère (8,1-11) par Anselm Grün.

 

 

La loi juive sur l’adultère

Les « scribes », ou « docteurs de la Loi » et les pharisiens amènent une femme prise en flagrant délit d'adultère, péché qui, selon la Loi juive, entraîne la peine de mort. L'épouse adultère était étranglée, et la fiancée qui couchait avec un autre homme lapidée. La Loi juive était entièrement du côté de l'homme, dont l'épouse était la propriété. Jésus prend ici le parti de la femme comme égale à l'homme en dignité.

Un piège à Jésus ?

Les pharisiens se servent de cette femme comme d'un jouet, afin de tendre un piège à Jésus et de le mettre en difficulté ; en effet, quoi que réponde Jésus, ils y trouveront une raison de l'accuser. S'il se prononce en faveur de la femme, il va contre la Loi, et ils peuvent alors lui refuser la qualité de prophète et de Messie; s'il se retourne contre elle, il contredit son propre message de pardon.

Que signifie le geste de Jésus ?

Jésus renvoie tout simplement les accusateurs à eux-mêmes, à leurs propres pensées ; il les oblige à affronter et à assumer leur propre vérité. Il se baisse et écrit du doigt sur le sol.

·        « Ceux qui se seront détournés de toi, ils seront inscrits, leurs noms, parce qu'ils ont abandonné Yhwh, source des eaux vivantes» (Jr 17,13). En ce cas, il s'agit d'un acte symbolique qui montre aux pharisiens à quel point ils se sont éloignés de Yahvé et enfermés dans la lettre de la Loi. Jésus est la source vive qui jaillit en lui et en quiconque croit en lui ; qui ne croit pas se dessèche et devient dur. Jésus, lui, est la source de vie à laquelle peut boire, pour redevenir vivant, celui que son péché a coupé de sa propre source intérieure.

·        Le geste de Jésus serait destiné à lui donner le temps de trouver en lui-même une réponse créative. L’attitude de Jésus est un moyen de confirmer son silence. Il évite de regarder en face ses adversaires pour ne pas les provoquer.

La solution de Jésus ?

Il insécurise les «scribes» en les renvoyant à leurs désirs. C'est leur propre vérité que Jésus dessine sur le sol devenu miroir de leur âme. Mais ils se refusent à regarder ce miroir, à se laisser insécuriser, et continuent à questionner avec obstination. Jésus se redresse, les regarde, les affronte et prononce la phrase qui les atteint tous au cœur: «que celui qui n'a jamais commis de faute jette sur elle la première pierre » (8,7). Sa phrase est empreinte de souveraineté, où parlent sa sagesse, sa douceur et sa miséricorde. L'ayant prononcée, il se baisse à nouveau et abandonne chacun à sa propre conscience ; il ne s'impose pas. Et voilà qu'ils s'en vont, l'un après l'autre; les plus vieux sont aussi les plus sages, ils savent bien qu'au cours de leur longue vie, ils ne sont pas restés sans péché.

Selon l'usage juif, il revenait aux premiers témoins de jeter la première pierre, prenant ainsi l'entière responsabilité de l'exécution. Cette responsabilité, nul ne veut ici la prendre ; à l'usage juif, Jésus associe la condition préalable que celui qui témoigne contre autrui soit lui-même libre de tout péché.

L’attitude de la pécheresse :

Il reste seul avec la pécheresse. Saint Augustin dit à ce propos : « deux sont restés : misera et misericordia » - la misérable et le cœur qui aime les misérables. Jésus « la tire de son embarras et de son insécurité en ne posant même pas la question de la faute ; il ne dit pas un mot de l'accusation, il renvoie seulement au comportement des accusateurs» (Blank, p. 119). Il renonce à pousser la femme à l'aveu de sa faute ; au contraire, il la questionne à leur sujet : « Femme, où sont-ils ? personne ne t'a condamnée ? » (8,10). Elle répond : « Personne, seigneur » (8,11). Jésus lui pardonne et l'encourage : «Eh bien moi non plus, je ne te condamne pas. Va, ne sois plus infidèle désormais » (8,11). Il ne l'excuse pas; il lui pardonne et lui fait confiance pour qu'elle mène une vie plus conforme à sa dignité, entrevue. Il ne la force pas à se repentir, à renoncer à l'estime de soi en l'accablant sous le poids de son péché ; au contraire, il lui donne la confiance et l'assurance pour l'avenir, la liberté en vue d'une vie nouvelle.

 

 

L’attitude de Jésus envers la pécheresse aboutit-il  à une morale conjugale laxiste ?

Si Jésus fait preuve de tant d’égards pour cette femme et s’il refuse de la condamner comme le font les hommes, est-ce parce qu’il considère que son péché est sans gravité ? Non, Dieu se sert d’autres moyens pour conduire les pécheurs au repentir et pour les purifier. Il y a une énorme différence entre dire à quelqu’un que ses idées ou actions sont mauvaises et le condamner. Souvent nous condamnons : nous ne laissons pas de marge pour le changement et la miséricorde. Jésus est à la fois exigeant et miséricordieux envers la femme.


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Modifié le  14-02-2012.