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Jésus et la femme adultère (8,1-11)

Anselm Grün

 

La plupart des spécialistes estiment que ce passage ne fait pas partie de l'Évangile de Jean sous sa première forme; il n'en est pas moins un texte authentique qui témoigne à merveille de l'attitude de Jésus envers les pécheurs. Selon le témoignage du Père de l'Église Eusèbe de Césarée (vers 260-vers 340), ce texte était déjà connu vers l'an 130. Il se peut qu'il ait posé quelques problèmes à l'Église, parce qu'il ne correspond pas à la rigidité de sa position face à l'adultère ; on craignait, semble-t-il, que l'indulgence de Jésus envers la pécheresse ne risque d'aboutir à une morale conjugale laxiste. Interpréter ce texte ne m'en paraît que plus important, car il dessine de Jésus un merveilleux portrait, à vrai dire plus conforme à celui que donne Luc. Quoi qu'il en soit, et tout bien considéré, le responsable de cet ajout, à cet endroit, défendait une théologie en accord avec celle de l'Évangile de Jean.

Dès le premier verset, le lien s'établit avec la scène précédente. Après la prédication de Jésus chacun s'en retourne chez lui, et il se rend au mont des Oliviers. Le lendemain, il revient au Temple ; c'est alors que les « scribes », ou « docteurs de la Loi » et les pharisiens amènent une femme prise en flagrant délit d'adultère, péché qui, selon la Loi juive, entraîne la peine de mort. L'épouse adultère était étranglée, et la fiancée qui couchait avec un autre homme lapidée. La Loi juive était entièrement du côté de l'homme, dont l'épouse était la propriété ; un homme pouvait violer le mariage d'un autre, jamais le sien propre. Or Jésus prend ici le parti de la femme comme égale à l'homme en dignité.

Avec inhumanité, les pharisiens se servent de cette femme comme d'un jouet, afin de tendre un piège à Jésus et de le mettre en difficulté ; en effet, quoi que réponde Jésus, ils y trouveront une raison de l'accuser. S'il se prononce en faveur de la femme, il va contre la Loi, et ils peuvent alors lui refuser la qualité de prophète et de Messie; s'il se retourne contre elle, il contredit son propre message de pardon. Ils ont donc une raison de l'accuser auprès des Romains, qui disposent seuls de la peine de mort mais sont plutôt libéraux en matière sexuelle. Or Jésus ne se laisse pas prendre au piège ; il agit avec la souveraineté et la liberté intérieure qui lui sont propres et correspondent tout à fait à l'image que Jean donne de lui.

 Jésus renvoie tout simplement les accusateurs à eux-mêmes, à leurs propres pensées ; il les oblige à affronter et à assumer leur propre vérité au lieu de faire diversion en projetant leurs désirs sur la femme. Il se baisse et écrit du doigt sur le sol. Les érudits sont perplexes quant au sens symbolique de ce geste ; peut-être Jésus, ou l'auteur, a-t-il en mémoire ce verset de Jérémie : « Ceux qui se seront détournés de toi, ils seront inscrits, leurs noms, parce qu'ils ont abandonné Yhwh, source des eaux vivantes» (Jr 17,13). En ce cas, il s'agit d'un acte symbolique qui montre aux pharisiens à quel point ils se sont éloignés de Yahvé et enfermés dans la lettre de la Loi. Cela s'accorderait bien avec le texte précédent où Jésus parlait de la source vive qui jaillit en lui et en quiconque croit en lui ; qui ne croit pas se dessèche et devient dur, et n'ayant plus de source en lui, il a besoin des autres pour abréagir sur eux sa dureté de cœur. De tels êtres ne se sentent vivants que quand ils condamnent les autres; n'ayant plus de vie en eux-mêmes, ils ne supportent pas la vie chez les autres, et doivent les tuer. Jésus, lui, est la source de vie à laquelle peut boire, pour redevenir vivant, celui que son péché a coupé de sa propre source intérieure. Une autre interprétation est possible : le geste de Jésus serait destiné à lui donner le temps de trouver en lui-même une réponse créative ; il ne se laisse pas déterminer par le discours des pharisiens excités, mais se recentre sur son Soi, ce qui lui permet de réagir de manière originale à une situation quasiment inextricable.

De quelque façon que l'on interprète ce geste, il a pour effet d'insécuriser les «scribes» en les renvoyant à leur nature terrienne : eux aussi sont tirés de la «glaise», avec les mêmes pulsions, les mêmes désirs. C'est leur propre vérité que Jésus dessine sur le sol devenu miroir de leur âme. Mais ils se refusent à regarder ce miroir, à se laisser insécuriser, et continuent à questionner avec obstination. Jésus se redresse, les regarde, les affronte et prononce la phrase qui les atteint tous au cœur: «que celui qui n'a jamais commis de faute jette sur elle la première pierre » (8,7). D'une seule phrase brève, il donne une réponse créative à tout le discours des pharisiens ; une phrase empreinte de souveraineté, où parlent sa sagesse, sa douceur et sa miséricorde. L'ayant prononcée, il se baisse à nouveau et abandonne chacun à sa propre conscience ; il ne s'impose pas. Et voilà qu'ils s'en vont, l'un après l'autre; les plus vieux sont aussi les plus sages, ils savent bien qu'au cours de leur longue vie, ils ne sont pas restés sans péché. Du point de vue psychologique, Jésus agit ici avec une suprême habileté : ceux qui étaient venus si pleins d'assurance, il les insécurise; eux qui voulaient la condamnation de la femme, il les confronte à leur propre vérité, laissant à chacun le soin de réfléchir sur sa propre situation, d'assumer sa propre responsabilité. Cette parole si simple que Jésus a lancée à la face des accusateurs brûle en eux, ils ne peuvent en esquiver la puissance écrasante. On pourrait penser que, dans le dos de Jésus, l'un ou l'autre va prendre malgré tout une pierre et la lancer contre la femme adultère, mais aucun ne l'ose. Selon l'usage juif, il revenait aux premiers témoins de jeter la première pierre, prenant ainsi l'entière responsabilité de l'exécution. Cette responsabilité, nul ne veut ici la prendre ; à l'usage juif, Jésus associe la condition préalable que celui qui témoigne contre autrui soit lui-même libre de tout péché. Les accusateurs ont à l'évidence au moins l'honnêteté de ne pas oser agir contre la force et la clarté de la parole de Jésus.

Il reste seul avec la pécheresse. Saint Augustin dit à ce propos : « deux sont restés : misera et misericordia » - la misérable et le cœur qui aime les misérables. Jésus « la tire de son embarras et de son insécurité en ne posant même pas la question de la faute ; il ne dit pas un mot de l'accusation, il renvoie seulement au comportement des accusateurs» (Blank, p. 119). Il renonce à pousser la femme à l'aveu de sa faute ; au contraire, il la questionne à leur sujet : « Femme, où sont-ils ? personne ne t'a condamnée ? » (8,10). On croit sentir la pierre qu'il ôte du cœur de la femme, quand elle répond : « Personne, seigneur » (8,11). Jésus lui pardonne et l'encourage : «Eh bien moi non plus, je ne te condamne pas. Va, ne sois plus infidèle désormais » (8,11). Il ne l'excuse pas; il lui pardonne et lui fait confiance pour qu'elle mène une vie plus conforme à sa dignité, entrevue jusque dans son péché. Vivre autrement, elle en est capable ; il ne la force pas à se repentir, à renoncer à l'estime de soi en l'accablant sous le poids de son péché ; au contraire, il lui donne la confiance et l'assurance pour l'avenir, la liberté en vue d'une vie nouvelle.


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Modifié le  14-02-2012.