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La controverse sur Jésus

Jean (7,14-52)

Par Anselm Grün

 

Du cinquième au septième chapitre, Jean rapporte les nombreuses discussions de Jésus avec les Juifs. Le but de ces chapitres n'est jamais seulement de les relater telles qu'elles eurent lieu, mais toujours aussi de conforter la foi du lecteur ; ils reprennent ses objections et ses doutes à propos de Jésus, ceux que les Juifs sont ici chargés de formuler et auxquels Jésus répond lui-même. Dans ces discussions, Jean fait toujours intervenir des témoins, des croyants dont la foi en Jésus parle au nom de la communauté. Je me contenterai de prendre, en guise d'exemple, une scène du septième chapitre.

Jésus est à Jérusalem pour la fête des Tentes ; il enseigne au Temple, et les Juifs s'étonnent de son enseignement : « Comment connaît-il les textes puisqu'il n'a pas fait d'études?» (7,15). C'est là une critique que les Juifs adressaient souvent aux chrétiens et qui nous est encore souvent faite aujourd'hui encore. Le Bouddha et Lao-tseu semblent aux Asiatiques plus savants que Jésus ; bien des bouddhistes se demandent comment on peut vivre avec une doctrine aussi simple. À tous ces doutes, Jésus répond: «Ce que j'enseigne n'est pas de moi, mais de celui qui m'a envoyé. Il suffit de faire ce que Dieu demande pour savoir si mon enseignement vient de lui ou si je parle en mon nom » (7,16-17). L'enseignement de Jésus n'est pas une sagesse terrestre, il émane de Dieu, qui nous révèle en Jésus qui il est et ce qu'est le mystère de l'homme. Les paroles de Jésus ne satisfont pas notre curiosité humaine ; nous n'en comprendrons le sens et la profondeur que si nous sommes prêts à entrer dans leur dimension spirituelle, à nous ouvrir au mystère de Dieu.

La première partie de ce discours porte sur la sagesse qu'enseigne Jésus et sur l'origine de cette sagesse; la deuxième pose la question de savoir pourquoi Jésus a été mis à mort. Telle était pour les chrétiens d'alors la question centrale, objet de longs débats entre eux ; il en va toujours de même pour nous aujourd'hui : pourquoi a-t-il fallu que celui qui enseignait l'amour de Dieu mourût sur la croix ? Face aux Juifs, Jésus argumente en partant de leur propre tradition. Moïse a institué la circoncision en signe de l'alliance entre Dieu et les hommes et il est donc licite de la pratiquer pendant le sabbat. Or, Jésus donne, comme raison qu'ont les Juifs de le faire mourir, sa guérison du paralytique le jour du sabbat. « Si quelqu'un, le jour du sabbat, peut être circoncis pour que la Loi de Moïse ne soit pas violée, pourquoi vous indignez-vous contre moi parce que, le jour du sabbat, j'ai entièrement guéri quelqu'un ? Cessez de juger selon les apparences, jugez selon la justice» (7,23-24). Cette guérison a éclairé le sens du sabbat: l'homme doit accéder à la santé et à son être complet, être rétabli dans l'état où Dieu l'a créé. Le paradoxe consiste en ce que Jésus a dû mourir parce qu'il apportait la vie ; il a été tué au nom de Dieu pour avoir proclamé son dessein initial et l'avoir manifesté en guérissant des malades. Ainsi la mort de Jésus porte-t-elle condamnation d'une piété qui falsifie les desseins de Dieu ; elle révèle Dieu dans sa vérité, lui qui est amour et lumière.

Jean dépeint ensuite la réaction des gens face à Jésus : «N'est-ce pas celui dont ils veulent la mort? » (7,25). Si Jésus peut prêcher en public, c'est peut-être que les autorités ont elles aussi reconnu qu'il était le Messie. Mais les objections reprennent: voyons, il ne peut pas être le Messie; nous savons bien d'où il vient alors que nous ignorons d'où vient le Messie. À ces réflexions, qui peuvent être aussi celles du lecteur, Jésus répond : « Ah, vous savez qui je suis, vous savez d'où je suis, et pourtant je ne viens pas de mon propre gré. Celui qui m'envoie est vrai mais lui vous l'ignorez. Moi, je le connais, je suis tout proche de lui, et il m'a envoyé » (7,28-29). L'origine terrestre de Jésus est claire, mais son origine céleste, les Juifs ne la reconnaissent pas. Il leur reproche de ne pas connaître Dieu : dur reproche, adressé à ceux précisément qui croient être ses intimes, mais qui vaut aussi pour nous : ne nous sommes-nous pas forgé de Dieu une image si figée qu'il n'y aurait pas de place en elle pour Jésus ? Si nous ne savons pas associer Jésus et Dieu, en fin de compte, nous ne connaissons pas Dieu, nous non plus ; si nous ne comprenons pas le mystère de l'Incarnation, nous ne comprenons pas Dieu.

Beaucoup de gens adhèrent alors à la foi en Jésus : c'est un encouragement pour le lecteur. Il y a bien des raisons de croire que ce Jésus est le Messie ; il a donné tant de signes que l'on peut en conscience croire en lui. Mais Jésus adresse ce propos énigmatique aux gardes que les grands prêtres et les pharisiens envoient pour le saisir : « Je reste un petit moment encore avec vous, puis je retourne à celui qui m'a envoyé. Vous me chercherez et vous ne me trouverez pas, vous ne pouvez pas venir là où je vais » (7,33-34). Les Juifs ne comprennent pas ; ils se demandent si Jésus va s'en aller chez les Grecs et les enseigner. Ce propos est tout à fait juste : à ces Juifs qui ne croient pas en Jésus le Christ succèdent des Grecs accueillis dans la communauté des chrétiens à cause de leur foi. Cette énigme invite également le lecteur à réfléchir : pour des chrétiens, peut-il aussi être trop tard? Se pourrait-il qu'eux aussi ne retrouvent plus Jésus après son retour au Père ? Cependant, s'ils croient, c'est qu'ils l'ont déjà trouvé; dans la foi, ils sont déjà auprès du Père, dans la gloire éternelle ; ils ont déjà part à son accomplissement.

Au matin du dernier jour de la fête des Tentes, les prêtres se rendaient à la piscine de Siloé, y puisaient de l'eau et l'apportaient en procession solennelle au Temple pour l'y répandre sur l'autel des holocaustes. Ce rituel évoquait le rocher qui, au temps de Moïse, avait donné de l'eau, ainsi que la source du Temple qui, au temps du Messie, coulerait toujours fraîche (Za 13,1). Les prêtres soufflaient dans la trompette ; on pensait à la promesse d'Isaïe, 12,3 : « Vous puiserez l'eau, dans la joie, aux sources. » Le septième jour, auquel renvoie Jean, on se rendait sept fois au Temple avec l'eau du rituel; à l'arrière-plan de cette septuple procession, figure aussi une vision d'Ézéchiel, celle de la source miraculeuse qui, jaillissant sur le seuil du Temple, donne un grand fleuve qui féconde toutes choses. Jésus se réfère à ce rituel quand il dit : « Si quelqu'un est assoiffé, qu'il vienne à moi, et qu'il boive ! «(7,37). C'est là une parole de courage adressée aux hommes, et l'une des plus belles images du Jésus johannique. En effet, Jésus affirme que c'est par lui que les promesses de l'Ancien Testament seront accomplies. Ce que la fête symbolise se réalise en lui. Jean interprète la parole de Jésus à l'intention du lecteur: «II parlait du Souffle que tous ceux qui croyaient en lui allaient recevoir. Le Souffle n'était pas encore là puisque Jésus n'était pas encore glorieux» (7,39). La mort de Jésus sera l'instant où l'Esprit coulera en nous de son cœur transpercé, et, où changeant chacun de nous en un temple, il y suscitera une source d'eau vive. Cette parole de Jésus accomplit ce qu'il avait promis à la Samaritaine. Sa mort est interprétée ici en référence aux usages de la fête des Tentes. Le véritable Temple, c'est son corps, d'où sourdra pour les humains la source de la vie éternelle ; comme l'annonce le prophète Ézéchiel, en nous cette eau fécondera ce qui est desséché et guérira ce qui est malade (l'eau salée, Ez 47,8), suscitant partout la vie et portant des fruits nouveaux (Ez 47,12).

Par cette parole, Jésus interprète non seulement sa mort, mais aussi le service divin de la communauté chrétienne. Célébrer ce service selon Jésus, ce n'est pas accomplir un quelconque rituel, mais entrer en contact avec cette source intérieure. L'Évangile de Jean tout entier multiplie les propos critiques concernant le culte. Jean ne veut pas abolir la liturgie, mais il attire l'attention du lecteur sur ce qui en fait l'essentiel : l'adoration en esprit et en vérité. La communauté chrétienne doit célébrer le service de telle façon que la source jaillisse et coule en chacun; ce service n'est pas lié à quelque lieu particulier, mais à la seule personne de Jésus Christ, le véritable Temple ; il doit nous rendre capables de ce même amour qu'il nous a témoigné et auquel il n'a cessé de nous inciter.

La prédication de Jésus impressionne les témoins ; il se produit une rupture, une scission. Les uns croient en lui, voyant en lui le prophète que Dieu doit envoyer comme un second Moïse ; le Messie tant désiré d'Israël, c'est lui. D'autres le refusent, arguant que le Messie ne peut venir de Galilée. Cette division se propage parmi les pharisiens et les grands prêtres. Quand les gardes envoyés pour l'arrêter reviennent sans lui, questionnés, ils répondent: «Personne n'a jamais parlé comme ça» (7,46). Ainsi, ceux qui devaient arrêter Jésus témoignent pour lui. Il agit par sa seule parole, dont émane un pouvoir tel que l'on ne peut s'y soustraire ; elle touche et convainc jusqu'à ceux qui s'en défendent. Quand les pharisiens invectivent les gardes et le peuple ignorant, Nicodème prend parti pour Jésus : « Notre Loi juge-t-elle un homme avant de l'entendre et savoir ce qu'il a fait?» (7,51). Serviteurs et gens du peuple sont l'image des premiers chrétiens, venus des couches sociales inférieures et peu cultivés. Nicodème tire son argument de la dogmatique juive ; il voudrait que la procédure juridique soit respectée. Il représente ceux parmi les Juifs qui s'efforcent honnêtement de comprendre Jésus et de porter sur lui un juste regard ; il invite les Juifs à prendre parti pour Jésus. Qui fait la bonne lecture de l'Écriture peut y découvrir que Jésus est l'accomplissement de toutes les promesses.


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Modifié le  14-02-2012.