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Le discours de Capharnaüm
(le pain de l'Eucharistie) Jean (6,22-59)

Par Anselm Grün

Depuis toujours, les savants spécialistes de la Bible se sont demandés pourquoi Jean ne relatait pas l'institution de l'Eucharistie à l'occasion de la sainte Cène. A la place, il nous rapporte le discours sur le pain, tenu dans la synagogue de Capharnaüm après deux nouveaux « signes » donnés par Jésus : la multiplication des pains et la marche sur la mer. Certains sont d'avis que Jean voulait remettre en question la pratique des sacrements en son temps. Or Jean ne critique assurément pas la célébration de l'Eucharistie, mais attire l'attention sur ce qui en est le centre : la rencontre personnelle avec Jésus, le Christ, et à partir d'elle, la rencontre entre les hommes dans l'amour. Jean veut sans doute éviter une fausse interprétation qui risquait fort d'être faite en son temps dans le monde hellénistique, celle de la magie. Il nous montre qu'il n'y a pas de sacrement qui n'entraîne un comportement nouveau. Expérience de l'amour de Dieu, l'Eucharistie est aussi un commandement: «aimez-vous de l'amour dont je vous ai aimés » (15,12).

Autrefois on interprétait ce discours tout entier en référence à l'Eucharistie ; on y distingue aujourd'hui deux parties. Une première (6,22-51) où Jésus se définit lui-même comme « le pain qui fait vivre » ; nous mangeons ce pain en croyant en Jésus. Et une deuxième partie (6,51-59) qui, de l'avis de beaucoup d'exégètes, se rapporte seule vraiment à l'Eucharistie. Certains voient dans ces versets l'ajout d'un rédacteur membre de l'Eglise. Pourtant, si nous repartons du langage symbolique de Jean, nous n'avons pas besoin de ce découpage artificiel du texte en un aspect spiritualiste et un autre eucharistique. Dans l'une et l'autre partie, il s'agit de Jésus Christ en tant que véritable pain descendu du ciel. La consommation de ce pain ne s'accomplit pas dans la seule Eucharistie, mais aussi dans la foi et la relation intérieure avec la personne de Jésus. En transmettant ce discours, Jean veut montrer qu'il existe un rapport étroit entre le sacrement et la foi. « Sans la foi personnelle vivifiée par le don de l'Esprit, il n'est pas de vie sacramentelle authentique» (Dufour, p. 343).

Alors que dans son entretien avec la Samaritaine Jésus avait parlé de la soif de l'être humain, il évoque ici sa faim et la nourriture «non périssable», qui « donne la vie à jamais » (6,27), et qu'il est lui-même. «Je suis le pain qui fait vivre. Qui me rejoint n'aura plus faim; qui s'en remet à moi n'aura plus soif» (6,35). La foi étanche la soif, la relation personnelle avec Jésus apaise la faim. La soif, c'est l'aspiration à la vie ; la faim évoque le sentiment de n'avoir pas eu son dû, de n'avoir pas été rassasié dans son enfance. La faim, au bout du compte, est toujours une faim d'amour et d'attention. En se définissant ainsi lui-même, Jésus se réfère à l'Exode des Israélites, à leur sortie d'Egypte. Dans le désert, ils souffraient sans cesse de la faim ; ils criaient à Moïse de leur donner à manger, et Dieu fit tomber en pluie la manne, le pain céleste. Depuis toujours, la manne fut considérée comme un aliment divin qui nourrit l'homme intérieur, l'âme. C'est Dieu lui-même qui a nourri son peuple sur le chemin de la Terre promise ; quand Jésus se définit comme le pain céleste, il signifie qu'il nous nourrit sur le chemin de la liberté, cette Terre promise où il nous sera donné d'être entièrement nous-mêmes, pour que nous ne mourions pas de faim. La relation personnelle avec Jésus nous conforte dans cette traversée du désert qu'est notre vie.

Les Juifs se mettent alors à « murmurer » au sujet de cette parole et de celui qui la prononce ; ils évoquent son origine terrestre : « Ce Jésus est bien le fils de Joseph, nous connaissons son père et sa mère » (6,42). Il importe à Jean que ce Jésus, cet être terrestre, soit précisément la révélation du Père. En la personne historique de cet homme qui a grandi à Nazareth, a vécu parmi les hommes. Dieu s'offre à l'expérience: «Me faire confiance c'est vivre sans fin» (6,47). Survient alors dans le discours de Jésus un autre motif; il ne s'agit plus de la faim et du pain qui l'apaise, mais de la vie et de la mort. Comment trouver une vie qui ne meure pas ? Jésus rappelle que les Juifs qui ont mangé la manne, au désert, n'en sont pas moins morts. Qui mange au contraire de ce pain qu'il est lui-même ne mourra pas : « Je suis le pain vivant, celui qui vient du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il reste en vie» (6,51). Et il explique pourquoi celui qui se lie à lui ne mourra pas : «... le pain que je donnerai pour que vive le monde, c'est ma chair» (6,51). Avant d'interpréter ce verset selon l'Eucharistie, nous devons le comprendre d'abord par rapport à la Passion. Jésus affirme ici qu'il va donner sa vie terrestre, se donner lui-même, pour la vie du monde ; pour que nous ayons la vie éternelle. Il y a là comme un échange divin : Jésus donne sa vie afin que nous vivions à jamais. Dans ce discours sur le pain, Jean cherche avant tout à donner une interprétation de la mort de Jésus et de sa résurrection. Cela ressort sans ambiguïté dans cette remarque incidente : « Or, la fête de la Pâque juive approchait » (6,4). Apparaît clairement ici le véritable passage de la mort à la vie. Jésus est le vrai Agneau pascal dont le sacrifice nous donne la vie. Alors seulement, Jean en vient à l'Eucharistie. Elle est le lieu concret où nous manifestons notre foi en la mort et la résurrection de Jésus, où nous nous lions à lui pour ne plus faire qu'un avec Celui qui porte en lui la vie divine. Cette rencontre intense avec le Seigneur, mort et ressuscité pour nous, s'accomplit dans l'acte où nous mangeons sa chair et buvons son sang. « Car ma chair est une vraie nourriture et mon sang une vraie boisson ; qui absorbe ma chair et mon sang habite en moi et moi en lui» (6,55-56). L'Eucharistie exprime donc concrètement la foi en Jésus, pain de vie. Dans le symbolisme des rêves, manger et boire sont toujours des images d'assimilation. Qui mange la chair de Jésus et boit son sang ne fait plus qu'un avec lui, l'intègre à sa conscience. Jean précise que cette chair, nous ne devons pas seulement l'absorber, mais la «mâcher» (trôgein). Cet amour de Jésus, accompli sur la croix, doit ainsi pénétrer non seulement notre cœur, mais aussi notre corps. Cette mastication n'est pas seulement l'acte physique ; dans la tradition spirituelle, elle renvoie toujours à la méditation, la rumination intérieure de la Parole de Dieu. Dans l'Eucharistie, nous n'entendons pas seulement les paroles de Jésus, nous les recevons en nous, les assimilons afin qu'elles nous déterminent de l'intérieur. Avec ce pain nous mangeons l'amour de Dieu, devenu homme, pour en être pénétrés et transformés. L'Eucharistie réalise la relation personnelle à Jésus Christ avec la plus grande intensité imaginable : Jésus est en moi et je suis en lui. C'est dans cette union que s'accomplit l'amour de Dieu pour nous, ce que Jésus a dit (3,16): Dieu nous remet son Fils afin que, croyant en lui et mangeant sa chair, nous le recevions en nous. Telle est la vie éternelle, divine, tel est l'amour divin qui nous transforme. Voilà pourquoi Ignace d'Antioche appelle l'Eucharistie pharmakon athanasias, la médication d'immortalité. Dans le préambule à la multiplication des pains, qui ouvre le discours sur le pain, Jean dit que les hommes suivaient Jésus «à cause des signes qu'ils l'avaient vu opérer sur des malades» (6,2). Dans l'Eucharistie, Jésus désire guérir la maladie de chacun de nous ; l'Eucharistie est le remède du corps et de l'âme, qui guérit l'homme de sa blessure mortelle et lui donne part à la vie éternelle.

Dans ce discours, Jean développe sa conception de l'Eucharistie. Ce discours, nous ne pouvons le comprendre qu'en nous référant à d'autres passages relatifs à l'Eucharistie, notamment les noces de Cana. C'est à partir de ce texte que les Pères de l'Église ont parlé de l'Eucharistie comme du repas de noces que Jésus, le fiancé divin, célèbre avec nous. Il nous y tend, comme dit Irénée, le compendii poculum, le « calice de la récapitulation » rassemblant tous les mystères de sa vie et de son amour (cf. Dufour, p. 344 sq.). Dans le discours parabolique sur la vigne (15), Jésus explique ce que signifie demeurer en lui ; celui qui est sur la vigne comme un sarment porte du vrai fruit. Il n'y a pas réellement d'Eucharistie qui ne nous fasse porter des fruits, ceux de l'amour. Là où les synoptiques parlent de l'institution de l'Eucharistie, Jean, lui, relate le lavement des pieds (13) : celui-ci est donc une image de l'Eucharistie. Dans ce sacrement, Jésus nous manifeste l'ultime accomplissement de son amour, par l'expérience que nous en faisons dans sa chair et son sang, et il nous purifie par sa Parole. Le lavement des pieds n'est pas seulement une purification, mais aussi la guérison des blessures. L'expérience qu'il nous est donné de faire dans l'Eucharistie, c'est que, purifiés, nous sommes acceptés tout entiers, avec nos pieds qui touchent la terre et sont chaque jour souillés ; Jésus se penche avec amour, en guérisseur, jusque là où nous sommes blessés, où nous ne pouvons pas nous accepter nous-mêmes.

Le déjeuner du Ressuscité avec ses disciples, au bord du lac de Tibériade (21,9-13), est la dernière scène que Jean consacre à l'Eucharistie. Dans l'Eucharistie, rencontre du Christ ressuscité, celui-ci vient de l'autre rivage vers la grisaille de notre matin, la nuit de notre néant, apportant l'amour et l'air de notre vrai pays d'origine. Il ne donne pas seulement du pain, mais aussi du poisson, considéré traditionnellement comme la nourriture du paradis, de l'immortalité. Dans le récit de ce repas, Jean nous livre le sens de cette parole sur la chair et le sang qui donnent la vie éternelle. Le poisson, c'est l'aliment de l'immortalité que nous tend Jésus, celui qui nous donne part à la vie divine, impérissable, incorruptible, du Ressuscité.


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Modifié le  14-02-2012.