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La guérison de l'infirme (5,1-9)

Anselm Grün

Jean ne rapporte que trois cas de guérison : ceux du fils d'un fonctionnaire royal (4,43-54), du paralytique (5,1-18) et d'un aveugle-né (9,1-12). Dans le premier cas, il s'agit avant tout de l'effet curatif de la foi. Qui place sa confiance en Jésus et sa parole connaît la guérison ; son âme est rénovée, et son corps guéri. Les deux autres cas se situent chaque fois le jour du sabbat et donnent lieu à une longue discussion théologique. Ces guérisons sont les signes d'une autre réalité, de la gloire de Dieu, qui se manifeste précisément le jour du sabbat et doit être dignement fêtée ce jour-là.

La guérison du paralytique se produit au bord de la piscine de Béthesda, lieu notoirement réputé depuis l'Antiquité pour les guérisons qui s'y opéraient, et que fréquentaient aussi de nombreux malades juifs. Le texte mentionne trois sortes de malades : des aveugles, des paralytiques et des infirmes. Autant de symboles de notre situation psychique. Nous sommes aveugles : nos yeux se sont fermés à la vérité, nous avons des taches aveugles que nous refusons de regarder en face. Nous sommes paralysés par l'angoisse de commettre des fautes. Nous sommes aussi infirmes: n'étant pas devenus ce que nous voulions devenir, bien des réalités en nous n'ont pas pu se développer. Nous ne vivons qu'une partie de ce qui est en nous ; nos blessures ont bloqué notre âme dans son évolution. Nous pouvons nous retrouver nous-mêmes en tous ces malades, notamment en celui qui va être guéri et dont il est dit qu'il a été souffrant pendant trente-huit ans. Chez Jean, tout nombre est symbolique. Les Israélites ont passé quarante ans dans le désert ; au bout de deux ans ils étaient déjà parvenus au but, mais parce qu'ils ne croyaient pas, ils durent errer trente-huit ans, jusqu'au moment où tous les hommes en âge de porter les armes furent morts (Dt 2,14). Ce malade représente donc les êtres qui n'ont plus d'armes, ne se défendent plus, ne peuvent plus faire respecter leur territoire, sont fragiles et rapportent tout à eux-mêmes. Saint Augustin interprète ces nombres différemment: trente-huit égale quarante moins deux. Quarante, c'est le nombre de l'accomplissement de la loi ; si cet homme était malade, c'est parce qu'il n'obéissait pas aux deux commandements énoncés par Jésus : l'amour de Dieu et celui du prochain. Quelle que soit l'interprétation de ces nombres, ils recèlent à coup sûr un symbolisme qui nous est aujourd'hui
étranger.

Pour guérir ce malade, Jésus commence par le voir, par reconnaître sa présence. Lui, à qui depuis tant d'années nul n'avait prêté attention, on le regarde enfin ; cela lui rend une dignité. Et Jésus le comprend, il comprend pourquoi il a été si longtemps malade. Dans la thérapie, la compréhension est toujours l'attitude la plus importante ; qui se sent compris va déjà mieux. Jésus questionne l'homme: «Veux-tu guérir?» (5,6). C'est, semble-t-il, une bien singulière question posée à celui qui est venu en ce lieu pour cela ; mais Jésus en appelle à sa volonté. Il ne va pas toujours de soi que nous voulions vraiment guérir. La psychologie parle du bénéfice secondaire que nous apporte la maladie ; si nous restons paralysés, nous sommes dispensés d'assumer la responsabilité de notre existence et de nous-mêmes. Jésus invite ce malade à affronter la vie. Or l'homme répond en racontant toute son histoire : « Je n'ai personne, seigneur, pour me jeter dans le bassin, quand l'eau s'agite ; le temps que j'y aille, un autre s'y met avant» (5,7). Chez bien des malades, la raison du mal est vraiment en effet qu'ils n'ont personne sur qui compter, à qui parler franchement, mais les paroles de cet homme-là semblent plutôt relever de l'apitoiement sur soi-même. Il se sent défavorisé : les autres sont plus rapides, ils ont plus de chance, lui, personne ne l'aime et ne se soucie de lui. Il donne la raison pour laquelle, selon lui, il est malade depuis si longtemps : la faute en incombe aux autres, qui ne l'aident pas et l'ignorent; lui n'y peut rien. À cette histoire, Jésus ne répond pas simplement par la compassion, mais plus encore en lui ouvrant les yeux sur lui-même ; il lui donne un ordre : « Lève-toi, prends ta paillasse et marche» (5,8). Il lui ôte l'illusion que seuls les autres porteraient la faute de sa maladie. Après avoir, par sa première question, fortifié la volonté du malade, Jésus s'adresse à cette volonté : Debout ! Tu peux te lever, si vraiment tu le veux ! Va ! C'est tout ! Pour guérir, le malade doit s'aider lui-même. Il a besoin de la présence de Jésus, qui le croit capable de se lever, lui donne la confiance nécessaire mais ne le mettra pas debout ; encouragé, il essaie et réussit.

Le malade prend son grabat, signe de son mal, et se met à marcher. Nous aussi, nous aimerions bien être délivrés des symptômes de nos maux, nous défaire de nos peurs, de notre sentiment d'insécurité, de nos blocages ; si nous nous sentions plus assurés, nous nous lèverions volontiers. Or, tout malade doit se redresser par lui-même, dans sa faiblesse, prendre les signes de son mal et les emporter avec lui. Il ne doit plus rester enchaîné à son grabat, mais marcher avec ses inhibitions, qui ont leur raison d'être mais ne le paralyseront plus. Telle est la vraie guérison : changer son rapport aux symptômes qui empêchent souvent de vivre.

L'histoire de cette guérison révèle encore deux autres enjeux importants. Jésus opère cette guérison à la piscine de Béthesda, dont les malades attendent un miracle. Jésus, lui, guérit par sa parole qui met le paralytique en contact avec la source intérieure qui peut jaillir en lui. Il s'agit en dernière analyse de la source du Saint-Esprit, celle qu’évoquait déjà l'entretien avec la Samaritaine. Pour guérir un homme malade, il ne suffit pas de lui donner de bons conseils, du dehors ; il faut qu'il trouve en lui-même les ressources, la source divine que chacun porte en lui. Jean est convaincu que la vraie cause de la maladie est d'être coupé du flot de cette source, que la vraie guérison survient quand le malade a de nouveau part à la vie divine. Soigner les seuls symptômes ne donnerait qu'une guérison apparente; l'être humain n'atteint à la santé et à son être complet que quand cette vie coule en lui.

Jésus guérit le jour du sabbat, ce qui donne lieu à une longue discussion avec les Juifs. La guérison pendant le sabbat manifeste que l'homme a été créé par Dieu ; au tout début. Dieu lui a communiqué son souffle vital, et l'homme était en contact intime avec lui. Mais l'homme s'est séparé de Dieu et a coupé le lien initial, ce qui fit de lui un malade. Jésus comprend le sabbat comme la célébration de la dignité première de l'être humain. Le service divin des chrétiens glorifie la Création dans son intégrité, telle que Dieu l'a faite ; chaque eucharistie manifeste le pouvoir de guérison et de régénération que Dieu exerce sur l'homme. Quand les chrétiens se réunissent pour la célébration dominicale, ils rencontrent Jésus, le divin médecin qui surpasse tous les guérisseurs de l'Antiquité. Point n'est besoin de rituel spécifique : sa seule Parole éveille en l'homme la vie par le contact avec la source intérieure.

 


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Modifié le  14-02-2012.