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L'entretien avec la Samaritaine
près du puits de Jacob (4,1-26)

Par Anselm Grün

Cet entretien a depuis toujours fasciné exégètes et artistes ; il est en effet chargé d'une symbolique qui commence avec le nom du lieu. Ce nom : Sychar, renvoie à quelque chose d'obstrué. Ce qui souffre d'obstruction, c'est l'homme ; il est coupé de sa source, elle ne se déverse plus en lui, il est desséché. Jésus est fatigué du voyage : il est là notre propre image, fatigués que nous sommes de tant cheminer. La sixième heure, celle où Jésus s'assied au bord du puits, évoque déjà celle où Pilate le condamnera à mort, telle que Jean l'exprimera avec les mêmes mots : « On est la veille de la Pâque ; il est environ midi » (19,14). C'est la «sixième heure», le nombre six, image de nos fatigues (six journées de travail) et de l'imperfection des choses terrestres, renvoie au sept, nombre de la perfection, de l'achèvement et de la transformation.

Il était interdit aux Juifs de fréquenter les Samaritains, car ils étaient les descendants des peuples jadis envoyés par les Assyriens, qui s'étaient mêlés aux Israélites restés sur place. Il était impensable pour un Rabbi juif de s'entretenir en public avec une femme. Et voici que Jésus rompt avec l'étroitesse de ces représentations juives traditionnelles : il demande à une femme, à une Samaritaine, de lui donner à boire. S'ensuit une conversation qui contrevient à tous les usages : Jean, la rapportant comme il le fait, suggère qu'il ne s'agit pas ici de la seule réalité extérieure mais du mystère même de la vie. Les incompréhensions que l'on dit caractéristiques de ce texte servent à hausser l'entretien sur un plan supérieur, à introduire la présence du divin dans une conversation humaine.

La première partie de l'entretien tourne autour de l'eau, du puits et de la source. Ces trois éléments sont les images d'une réalité plus profonde. L'être humain désire l'eau, qui apaise sa soif. Jésus parle ici de l'eau vivante. L'eau vive, c'est d'abord l'eau de source par opposition à l'eau dormante d'une citerne : image d'une eau qui dispense la vraie vie, la vie éternelle. Jésus explique lui-même la qualité de l'eau vive : « ... qui boit de la mienne n'aura plus soif» (4,14). Cette parole de Jésus montre ce que nous associons en réalité à l'idée de l'eau: celui qui veut de l'eau pour étancher sa soif désire en fait vivre. Pour Jean, l'élément terrestre symbolise l'élément céleste, l'inauthenticité de l'apparence renvoie à la réalité profonde, authentique. Jésus apaise notre soif la plus intime, celle d'une vie jaillissante. Et Jésus porte l'image à une puissance plus grande encore : l'eau qu'il dispense devient pour qui la boit une source de vie éternelle. De tout temps les hommes ont rêvé d'une eau vitale, de la fontaine de jouvence où puiser le sentiment d'une vie toujours jeune et nouvelle, qui guérisse leurs blessures et les protège contre la vieillesse et la mort. C'est à cette aspiration originelle que s'adresse Jésus et qu'il donne satisfaction. Mais l'eau qui fait ainsi don de la vie éternelle, comment la donne-t-il? Il ne s'agit pas seulement de l'eau du baptême ; il est lui-même cette eau. Dans les rêves, l'eau a toujours un sens spirituel ; elle réconforte l'âme épuisée et recrue de fatigue. Si nous accueillons Jésus, il devient pour nous cette eau qui rafraîchit et guérit; il nous met en contact avec notre source intérieure, dont trop souvent nous sommes coupés. Si nous buvons à cette source, nous ne nous dessécherons jamais, jamais nous ne serons vides et épuisés, car divine, elle est inépuisable.

Après la soif de vie vient l'aspiration à l'amour. Sans raison immédiatement apparente, Jésus adresse à la Samaritaine cette injonction : « Va d'abord chercher ton homme, dit Jésus et reviens» (4,16). Comme elle lui rétorque qu'elle n'a pas d'homme, Jésus lui fait cette réponse énigmatique : « Tu as raison de dire que tu n'as pas d'homme, tu en as eu cinq et celui avec qui tu es en ce moment n'est pas ton homme, tu ne mens pas» (4,17-18). Les exégètes ont débattu des différentes interprétations possibles de ce passage. La première est littérale : en tant que prophète, Jésus connaît la vie privée de cette femme. Une femme juive pouvait se marier tout au plus deux ou trois fois ; selon les normes juives, le cas de cette femme était donc plus que douteux ; en ne manifestant aucune indignation, Jésus montrerait sa largeur de vues et son absence de préjugés. Rencontrer Jésus serait alors toujours rencontrer sa propre vérité. D'autres exégètes interprètent le tout dans une perspective typologique : la femme représenterait la communauté samaritaine, et ses six partenaires les différents cultes pratiqués par les Samaritains ; Jésus relativiserait ces cultes et inviterait la femme - la communauté - à pratiquer le seul culte authentique, l'adoration en esprit et en vérité. Ces six hommes symboliseraient les idoles que nous avons épousées : l'argent, le pouvoir, la sexualité, la gloire... Ces idoles ne mènent pas, au-delà de nous-mêmes, vers le lieu où notre cœur peut trouver la paix ; nous n'atteindrons le but de notre désir qu'en nous prosternant en adoration devant Dieu ; nous serons alors arrivés là où nous sommes vraiment chez nous.

Pour moi, ces six hommes sont l'image d'une relation imparfaite entre l'homme et la femme. Même au nombre de six, ils ne peuvent satisfaire l'aspiration de la femme à l'amour ; elle désire, comme nous tous, un amour inconditionnel, mais elle constate toujours qu'aucun partenaire ne la comble. Nous ne cessons de faire l'expérience de la magie que peut exercer sur nous l'amour, mais peu de temps après, nous sentons déjà que notre amour a des limites, qu'il est mêlé de possessivité, de jalousie, de déception et d'amertume. Ou bien nous sentons les limites de notre partenaire et en désirons un autre qui comblerait réellement notre aspiration. Les six hommes figurent donc la soif de vie inapaisée de cette femme et l'illusion où elle est tombée, comme nous tous, de voir une aspiration infinie comblée par des êtres finis.

Les six hommes en appellent un septième : Jésus, qui nous a donné son cœur et l'a laissé transpercer pour nous. De ce cœur transpercé son amour coule en nous, pur de toute motivation égoïste ; c'est vers lui que Jean oriente notre soif, c'est sur la croix que se manifeste l'accomplissement de l'amour, alors que nos tentatives pour nous aimer les uns les autres demeurent toujours imparfaites. Les idoles, elles, n'appellent qu'une fausse adoration. Il est donc tout à fait logique que la femme réponde à Jésus: «Je vois que tu es un prophète, seigneur... Nos pères ont adoré sur cette montagne. Vous autres, vous dites que c'est à Jérusalem qu'il faut adorer» (4,20). Prophète, Jésus voit jusqu'au fond des cœurs; comme les prophètes de l'Ancien Testament, il annonce la véritable adoration de Dieu. L'adoration est ce lieu où je peux m'oublier moi-même, et être vraiment chez moi. La Samaritaine n'a pas trouvé chez ses six hommes un tel lieu ; nous ne pouvons y parvenir que là où réside le mystère de l'adoration, cessant de graviter autour de nous-mêmes. Jésus relativise les deux lieux du culte que sont Jérusalem et le mont Garizim ; ce n'est pas en des lieux déterminés que Dieu veut être adoré, mais en esprit et vérité. Pour cela, comme précédemment, lors de l'entretien de Jésus avec Nicodème, il faut que l'homme renaisse de l'esprit et qu'il présente à Dieu la vérité de son être, dans une attitude d'authenticité et une sincère perception de soi-même. « Dieu est souffle » (4,24) ; « étant esprit. Dieu n'est pas sexué «(Sanford 1, p. 48), ni homme ni femme; omniprésent, on peut l'adorer partout, à condition que ce soit en esprit et en vérité, dans l'ouverture et l'harmonie intérieure.

Le propos de Jésus sur le véritable culte qui n'est lié à aucun lieu particulier présente une grande analogie avec les courants spiritualistes du judaïsme hellénistique et de la philosophie grecque. C'est cette proximité qui explique, selon Josef Blank, « le grand succès de l'Evangile de Jean auprès des intellectuels chrétiens grecs» (Blank, p. 300). Et voilà pourquoi, aujourd'hui encore, cet Évangile a surtout la faveur des mystiques de toutes les religions ; c'est lui qui a le plus fortement influencé les Pères grecs de l'Église, et il touche les moines bouddhistes, les cercles islamiques du soufisme et les yogis de l'hindouisme. Tous sont fascinés par la largeur d'esprit et la profondeur du Jésus que nous rencontrons chez Jean. En son temps, Jésus a convaincu la femme de Samarie, qui devint sa première disciple en son pays. Ainsi, c'est une femme qui a proclamé avant tout autre le caractère messianique de Jésus ; une femme, Marie de Magdala, deviendra la première apôtre de la Résurrection. Dans l'Évangile de Jean, les femmes ont une grande importance. Outre la Samaritaine et Marie de Magdala, il y a Marie et Marthe, dont Jean rapporte que Jésus les aimait (11,5). Jean élève la femme «au rang d'autorité spirituelle dans l'Église» (Sanford 1, p. 72). Dans la communauté johannique, Marie, la mère de Jésus, se voit attribuer le même rang que le disciple aimé de Jésus.


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Modifié le  14-02-2012.