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L'expérience de la Résurrection

dans la vie quotidienne. Jean (21,1-14)

Par Anselm Grün

Le chapitre 21 est considéré comme un appendice, mais sa démarche d'ensemble en fait une partie indissociable de l'Évangile. Il aborde des thèmes importants et les conduit à leur terme. Dès son introduction, il se réfère à tout ce qui l'a précédé. Après la Résurrection, Jésus se révèle une troisième fois à ses disciples ; le sens de cette troisième apparition est symbolique. L'être humain est transformé dans tous les domaines de son existence. La Résurrection, c'est l'achèvement de l'amour (Marie) et de la foi (Thomas) ; c'est aussi la transformation de la vie quotidienne, comme il ressort ici de la scène de la pêche matinale. Les disciples sont occupés à pêcher, comme chaque jour, mais ils ne prennent rien ; leur situation, nous la connaissons bien, c'est celle de l'échec, de la nuit. Tous nos efforts restent vains, nous sommes déçus et frustrés. Les disciples, au nombre de sept, sont l'image d'une communauté ecclésiale qui ne parvient pas à se constituer. C'est alors que Jésus apparaît sur le rivage ; venu du monde divin, il rentre dans le nôtre, et la grisaille du matin se dissipe. Il leur parle : « Vous n'avez pas quelque chose à manger, les enfants ? » (21,5). Ses enfants, ils le sont restés en ce sens qu'ils n'ont toujours pas compris sa vraie nature. Le poisson accompagnait le pain quotidien, et l'on peut y voir la nourriture qui agrémente la vie, en donnant plus de goût au pain. La question de Jésus concerne donc la véritable nourriture, source de vie, et les disciples doivent reconnaître qu'ils ont les mains vides.

Jésus leur montre comment réussir. Il les invite à jeter leur filet à droite du bateau : il ne leur demande rien de particulier, juste de faire ce qu'ils font toujours. Mais ils doivent lancer le filet du côté droit, celui de la conscience, c'est-à-dire bien écouter Jésus et accomplir leur tâche quotidienne dans l'éveil de l'attention : alors elle deviendra fructueuse. Dans les rêves, le poisson symbolise toujours les contenus des profondeurs psychiques. Les disciples ne doivent pas fouiller leur monde intérieur de manière inconsciente, mais en suivant la parole de Jésus, qui les mène jusqu'au fond de leur mer intérieure.

Ils ramènent cent cinquante-trois gros poissons, nombre assurément symbolique, encore que le sens n'en soit pas très clair. Évagre le Pontique (345-399) l'interprète ainsi: cent, c'est le carré, vingt-huit le triangle, vingt-cinq, la sphère. La Résurrection signifierait que toutes les oppositions se résolvent en nous et que s'y fait l'unité; l'harmonie s'établit dans notre être souvent déchiré. Le filet s'étant rempli, le disciple préféré identifie l'inconnu: «C'est le Seigneur» (21,7). Même dans le travail quotidien, l'amour reconnaît la présence du Ressuscité, mais cet amour est nécessaire. Le disciple qu'aimait Jésus est là pour ouvrir nos yeux afin que nous aussi, dans la nuit de l'échec et la banalité du quotidien, nous reconnaissions cette présence : il est là partout où nous sommes, et quand il est présent notre vie est un succès ; nous entrons en contact avec notre centre, où s'unifient toutes nos contradictions.

A la suite de cette pêche miraculeuse, Jean décrit une scène singulière, mystérieuse : le déjeuner auprès du feu de braise. Nul n'ose demander à Jésus qui il est, «car ils savent qu'il est le Seigneur» (21,12). C'est la situation de l'Eucharistie : les chrétiens savent que le Seigneur est parmi eux, ils ne questionnent pas, ils croient, et la grisaille se change en une atmosphère d'intimité et d'amour ; dans un monde étranger ils sont chez eux, comblés. Comme lors de l'Eucharistie, Jésus prend le pain et le donne. Ici pourtant ce n'est pas du vin qu'il donne avec le pain, mais du poisson : pour les Anciens, l'aliment de l'immortalité. De même, dans l'Eucharistie, Jésus nous tend un aliment qui pénètre notre mortalité, et nous avons part à l'indestructible vie divine. Pour Jean, la Résurrection n'est pas le résultat d'événements miraculeux. C'est dans la simplicité du quotidien que le voile s'écarte et que les disciples atteignent à la réalité, à l'unité avec le fondement de tout être, le Dieu d'amour.

Notre réponse à l'événement

que fut et reste Jésus. Jean (21,15-25)

Par Anselm Grün

L'Evangile de Jean s'achève sur la triple question de Jésus à Pierre: «Est-ce que tu m'aimes?» Elle s'adresse à nous aussi; cherchant à révéler nos pensées les plus secrètes, et à nous orienter aussi vers nos potentialités d'amour. La question de Jésus dégage l'essentiel, ce qui compte vraiment dans la vie, mais elle nous confronte d'abord, comme Pierre, à notre trahison. Comme lui, nous nous gargarisons souvent de belles paroles, nous promettons beaucoup à Jésus pour ensuite le trahir par lâcheté. Pierre est l'image du chrétien qui passe sa vie aux côtés de Jésus, mais le renie par crainte des autres. Cette scène nous invite à ne parler qu'avec circonspection et modestie de notre amour pour le Christ, car nous ne cessons de constater combien fragile est cet amour, et facile la trahison.

Dans le texte grec, Jésus pose deux fois à Pierre la question de son agapè, de l'amour pur et désintéressé, affranchi de l'ego et de sa possessivité. Les deux fois, Pierre répond « Oui, Seigneur, tu sais combien je t'aime », philo se. Philia, c'est l'amitié. Pierre n'ose pas affirmer qu'il aime Jésus d'un amour tout à fait pur ; ce qu'il peut dire, c'est qu'il l'aime d'amitié, attiré qu'il est par lui. Posant une troisième fois sa question, Jésus change de mot : «Phileis me ? » M'aimes-tu comme un ami? Pierre s'attriste, non seulement parce que cette troisième question lui rappelle sa trahison, mais aussi parce qu'elle met en doute son amitié. Jésus invite Pierre à examiner de plus près ses sentiments : cette amitié n'a-t-elle pas été infiltrée par des intentions, par exemple celle de jouer un rôle particulier en tant qu'ami de Jésus, de s'élever au-dessus des autres? Pierre répond cette fois : « Seigneur, toi qui sais tout, tu dois bien savoir que je t'aime», philo se (21,17). Il ouvre son cœur au regard de Jésus, qui voit tout : la peur, la lâcheté, l'égocentrisme, mais aussi, à travers toute cette impureté, ce qu'il y a au fond : l'amour. Jésus reconnaît l'amour jusque dans notre trahison, notre lâcheté, notre agressivité, nos enthousiasmes souvent superficiels. Pierre se sent percé à jour ; il sait combien son amour est troublé par des motivations qui lui sont étrangères, mais il maintient qu'il n'y en a pas moins dans cet amour quelque chose de pur et d'authentique, tout au moins qu'il en a le désir. Le désir d'aimer Jésus ne peut être falsifié, et Pierre répond de cette pureté au fond de son cœur. Pour nous aussi, chrétiens, la Résurrection signifie que nous devons présenter au Christ toute notre vérité sans cesser de croire à la pureté de l'amour au plus profond de notre cœur.

A la fin de son Evangile, Jean veut nous poser à travers Pierre la question de l'authenticité de notre amour pour Jésus, et nous rappeler combien nous aspirons à un amour pur et désintéressé. La réaction juste à ses paroles, aux «signes» qu'il a opérés parmi nous, à sa mort et à sa Résurrection, c'est notre amour pour lui, condition de la tâche donnée à Pierre : « Prends soin de mes brebis» (21,17). Seul est capable de devenir un pasteur, prêt à donner sa vie comme Jésus, celui qui répond par amour à sa révélation. L'amour est la porte que nous devons franchir pour comprendre le mystère de Jésus et trouver en lui la plénitude de la vraie vie.

Pour qui peut, comme Pierre, dire qu'il aime Jésus, la tournure que prendra sa vie n'a plus guère d'importance. Il n'a plus besoin de comparer sa destinée à celle des autres, il est prêt à le suivre à sa propre manière, sans regarder celle d'autrui. C'est ainsi que nous aussi nous ferons, en vivant, l'expérience de la croix. Nous étendrons nos mains, et un autre nous ceindra et nous mènera où nous ne voulons pas aller (21,18). Dieu nous guidera sur le chemin qu'il nous a destiné ; si nous aimons, nous suivrons ce chemin. Et de même que Pierre a glorifié Dieu par sa propre mort sur la croix (21,19), de même notre but sera aussi de glorifier Dieu dans notre vie et notre mort. Pierre aimerait savoir quel sera l'avenir du disciple aimé de Jésus, mais Jésus lui répond: « ... ce n'est pas ton affaire. Toi, suis-moi» (21,22). Inutile de se poser des questions sur la durée de notre vie, son succès ou son échec ; ce qui compte, c'est de suivre Jésus et de vivre son amour. Pour que ma vie soit réussie, il faut que je laisse mes yeux s'ouvrir au mystère de l'amour.

À propos du « disciple aimé », Jésus dit à Pierre : « Si je veux qu'il reste jusqu'à ma venue, ce n'est pas ton affaire. » Cela peut signifier que ce disciple représenterait une autre modalité de la succession de Jésus. Pierre, c'est l'activiste qui se charge de répandre le message, et le disciple préféré, c'est celui qui est là, simplement, le Christ venant à lui par la voie mystique. Il ne transforme pas le monde par l'action, mais par son être, en restant ouvert au Christ qui vient à tout instant pour demeurer en lui. Sanford cite Allan Andersen qui dit : « Un tel être ne fait rien, mais tout se fait » (Sanford 2, p. 212). Dans cette perspective, le disciple préféré représenterait le mystique qui vit tout entier dans l'instant, présent à la venue du Christ dans son âme.

Le chapitre 21 se termine d'une façon singulière : «C'est lui, le disciple témoin de ces choses, qui les a écrites. Nous savons que son témoignage est vrai. Jésus a fait beaucoup d'autres choses. Si on les écrivait une à une, le monde, je pense, ne pourrait pas contenir tous les livres qu'on en écrirait» (21,24-25). Nous n'avons pas besoin de lire tout ce qui a été écrit sur Jésus ; il suffit de méditer sans relâche les paroles que le disciple préféré nous a transmises dans l'Évangile de Jean : elles ouvrent nos yeux sur la vérité profonde. Il ne s'agit pas de savoir, mais d'intuition; de voir en Jésus le Révélateur qui ôte le voile posé sur toutes choses, et de ne plus faire qu'un avec la réalité, afin d'acquiescer à ce qu'elle a de miraculeux. Nous en tirerons un sentiment nouveau de la vie, une immédiateté de l'expérience qui nous libérera des compulsions dont nous sommes trop souvent prisonniers (cf. Schellenbaum, p. 306 sq.).

Selon Grégoire de Nysse, la dernière phrase de l'Évangile de Jean signifie que l'Esprit divin transcende toute compréhension humaine, et qu'il ne peut donc être contenu dans aucun livre ; le monde tout entier n'est pas à la mesure de la plénitude de l'enseignement du Christ. «Car comme Dieu a créé toutes choses dans sa sagesse et qu'il n'y a pas de limites à celle-ci, le monde, enfermé dans ses propres limites, ne peut accueillir dans toute sa grandeur une sagesse illimitée » (cité dans Sanford 2, p. 213). Tout livre écrit sur Jésus n'a pas d'autre sens que de comprendre le mystère de la vie et de l'amour qu'il nous révèle et que nous transmet son disciple préféré. Le présent livre n'est rien de plus qu'une tentative pour déchiffrer le message de l'Évangile de Jean. En le terminant, je sais que tout effort pour trouver les mots justes reste en deçà des paroles insondables laissées par le disciple. Je voudrais inviter tous ceux qui liront ces pages à méditer inlassablement ces paroles, jusqu'à ce qu'elles pénètrent au plus profond de leur cœur et qu'elles y fassent briller la lumière divine apparue en Jésus Christ, venu dans le monde pour éclairer notre vie et pour qu'elle devienne une vie vraie, authentique, éternelle, abondante (10,10).


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Modifié le  14-02-2012.