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La résurrection (Jean 20)

Par Anselm Grün

De même que la mort de Jésus, Jean interprète la Résurrection à sa manière. Les trois scènes qu'il lui consacre ne se retrouvent chez aucun autre évangéliste. Je ne me propose pas d'entrer dans le détail de ces scènes, mais seulement d'esquisser les traits fondamentaux de la théologie johannique de la Résurrection. Celle-ci parachève l'histoire d'amour entre Dieu et l'humanité, préfigurée dans la rencontre de Jésus et Marie de Magdala. Le premier verset déjà évoque le Cantique des cantiques: «Très tôt, [...] il fait encore nuit » (20,1) : c'est le moment où la Bien-Aimée se lève pour aller retrouver «celui que j'aime moi» (Ct 3,1). Marie de Magdala, c'est la grande amoureuse ; l'amour l'entraîne vers le sépulcre, non pas pour oindre le cadavre, mais pour en être proche. Ne pouvant plus trouver Jésus vivant, elle veut du moins voir et étreindre son corps. Elle ne parlera jamais de « cadavre », mais dira par trois fois qu'«on a enlevé le Seigneur du tombeau». Cela ne signifie pas seulement que le corps de Jésus n'y est plus, mais aussi qu'on lui a enlevé dans la mort celui qu'elle aime. Qui reste constant dans son amour, comme Marie de Magdala, et se met en route pour chercher Jésus le trouvera. Cela présuppose toutefois qu'il y ait eu les pleurs du deuil, expression du désir de l'aimé, puis que l'on «ne fait qu'un tour» sur soi. Marie se retourne (dans le texte latin : conversa est) par deux fois. La première fois, elle voit Jésus ; la deuxième, il lui adresse la parole, et la rencontre est alors possible. Tel est le cœur de l'expérience de Pâques : la rencontre de Marie de Magdala et du Ressuscité. Jésus l'appelle par son nom. Quand quelqu'un m'appelle par mon nom, je sais qu'il a un rapport avec moi ; quand l'aimé prononce le nom, c'est aussi son amour que nous entendons. C'est ce qui se passe avec Marie: à travers son nom, elle a entendu parler l'amour qui l'a éveillée à la vie et purifiée. La voix de Jésus opère en elle une entière conversion; elle peut maintenant répondre: «Rabbouni », « Mon maître », professant ainsi ce que Jésus est pour elle et reprenant le mot des disciples répondant au premier appel: Rabbi, Maître (1,38). Toutefois, elle dit à présent « Mon maître », signifiant par là non seulement la reconnaissance de ce qu'est Jésus, mais aussi ce qu'il est pour elle.

Marie veut le toucher, l'étreindre; elle sent que l'amour qu'il avait pour elle n'a pas été détruit par la mort, mais persiste à jamais. Elle voudrait le retenir comme la Fiancée du Cantique : « Je le tiens et je ne le lâcherai plus jusqu'à le faire entrer dans la maison de ma mère » (Ct 3,4). Mais Jésus, lui, veut aller dans la maison de son Père ; il dit : « Ne me touche pas, car je n'ai pas encore rejoint mon Père» (20,17). Quand nous voulons comprendre quelque chose, nous tentons de le prendre, de le saisir ; telle est notre faculté de compréhension. Mais le Ressuscité ne peut être saisi, compris de cette manière terrestre, il ne peut l'être que par l'intuition de la foi ; il échappe à notre prise et nous renvoie vers le Père, car son Ascension sera le fondement de notre communauté avec lui.

Jean donne à cette scène de rencontre un caractère idéalement exemplaire. Il nous invite à la méditer ; en intériorisant l'expérience de Pâques telle que l’a fait Marie, premier témoin de la Résurrection, nous pouvons approfondir notre relation de confiance et d'amour avec Jésus, lui donner la dimension de l'éternité. En même temps, cette scène nous montre que le monde de Dieu, bien qu'échappant à toute prise, se révèle dans l'expérience familière de la rencontre humaine. La Résurrection n'est pas un fantasme, mais ce qui se passe dans notre vie. La rencontre entre Jésus et Marie est teintée de poésie et d'érotisme ; dans tout amour qui nous enchante, nous pouvons apercevoir le mystère de la Résurrection. Le Ressuscité, lui, nous ne pouvons le saisir : il apparaît, lumineux, pour échapper aussitôt à notre compréhension. Il en va de même dans l'amour humain : je ne peux retenir l'autre, il faut qu'en lui quelque chose s'élève vers le Père, quelque chose dont nous ne disposons pas.

Par la Résurrection, dit Jean, nous accédons à une autre relation avec Jésus ; il devient notre Maître personnel, nous appelant avec amour pour nous conduire à la vie. Cet amour a vaincu la mort, même en elle nous ne pouvons plus être arrachés à lui. Mais la Résurrection signifie aussi que nous ne pouvons pas le saisir, qu'il nous renvoie vers le Père, comme il est lui-même retourné auprès de lui. En ressuscitant il nous a emmenés déjà avec lui dans la maison du Père, notre vraie demeure ; la Résurrection ne signifie donc pas le retour à l'état antérieur, mais un éveil spirituel et un renouvellement de la vie. La vieille crispation égocentrique est brisée et notre vrai centre apparaît, établi en Dieu. Accomplissement de l'amour entre Dieu et les hommes, la Résurrection est aussi celui de notre foi. La rencontre du Ressuscité avec Thomas l'illustre. Thomas était absent quand Jésus, le soir de Pâques, est apparu aux disciples et leur a insufflé son esprit afin qu'ils proclament la remise des péchés et la chance d'une vie renouvelée ; à nous, de même, il a remis son esprit en mourant, afin que nous devenions ses messagers. Le pardon est la concrétisation de l'amour, d'un amour qui rend possible à tout instant, dans la vie commune de tous les jours, un recommencement.

«La joie de voir le Seigneur inonde les disciples » (20,20). La Résurrection est victoire sur la peur et fin de notre enfermement ; Jésus entre par les portes closes. Cette scène du soir de Pâques évoque pour le lecteur la célébration de l'Eucharistie dominicale : au début, l'évêque adressait aux chrétiens le salut que Jean met à deux reprises dans la bouche du Ressuscité, et ils savaient qu'il était alors présent en personne parmi eux, leur montrant ses blessures, signe de son amour qui guérit. Comme les disciples derrière les portes closes, les chrétiens sentaient leur peur se changer en joie et leur cœur se dilater, et ils se savaient envoyés pour témoigner de la Résurrection, de l'amour divin révélé en Jésus Christ et vainqueur de la mort.

Quand les disciples racontent à Thomas leur rencontre avec le Ressuscité, il ne les croit pas : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas le doigt dans la marque des clous, et si je ne mets pas la main dans la blessure de son côté, je ne le croirai pas» (20,25). Thomas nous met ici en scène, nous qui avons seulement entendu parler de Jésus et ne l'avons ni vu ni touché; comme Thomas, nous pouvons assumer notre désir de le toucher. Nous voudrions bien ne pas seulement croire, mais aussi savoir. Jésus acquiesce à la requête de Thomas, à la façon dont il voudrait atteindre le Ressuscité ; il l'invite à le toucher selon son désir. Voyant et touchant Jésus, Thomas émet la profession de foi la plus claire et la plus aimante qu'un chrétien puisse faire : «Mon Seigneur et mon Dieu ! » (20,28). Cette parole de Thomas reprend celle de l'autre sceptique, Nathanaël : «Rabbi, tu es le Fils de Dieu, roi d'Israël» (1,49). Cependant Thomas ajoute, comme Marie de Magdala, « Mon Seigneur et mon Dieu », non une profession de foi abstraite, mais le signe que s'est établie une relation personnelle. Le Ressuscité ne peut être l'objet d'une expérience objective, mais seulement d'une rencontre intérieure où l'on se sent touché et aimé. La profession de foi de Thomas est le point culminant de l'Évangile de Jean. Qui peut dire comme Thomas « Mon Seigneur et mon Dieu » a compris le message de Jésus ; richesse et succès ne sont plus ses dieux, ses yeux s'ouvrent, il est lui-même ressuscité à la vraie vie.

En Thomas, c'est nous aussi que Jésus confirme. Lors de l'Eucharistie, nous pouvons nous aussi mettre notre main dans le côté de Jésus, toucher ses blessures, en prenant sa chair dans notre main et en buvant son sang. Même après la Résurrection ces blessures restent importantes, car elles sont le lieu où advient le mystère de la foi, la promesse que nos blessures aussi seront guéries. Cette expérience, il nous est donné de la faire nous aussi « huit jours plus tard ». Huit étant le nombre de la transcendance, le huitième jour évoque l'éternité qui entre dans notre temps. Pour toucher le Ressuscité dans l'Eucharistie, comme Thomas, il nous faut développer le sens de ce mystère du huit, de l'éternité dans le temps, de la vie divine dans la vie terrestre. Mais Jésus nous montre un autre chemin, disant à Thomas : «Tu crois parce que tu vois. Heureux ceux qui ont cru sans voir» (20,29). Il nous est parfois donné de voir Jésus et de le toucher, mais il est toujours aussi des temps où nous ne voyons rien. La foi doit alors nous suffire ; pour Jean, elle est une vision nouvelle, plus profonde, celle de la réalité authentique. Nous ne voyons pas Jésus comme l'ont vu les témoins oculaires des «signes» opérés par lui, les auteurs des Évangiles. Nous lisons ce qu'ils ont écrit. Les signes ne suffisent pas en eux-mêmes à conduire vers la vie, et la lecture non plus. Seule la foi nous donne part à la réalité divine. Jean résume le sens de son Évangile en disant : « ceux qui sont ici (les signes qu'il a rapportés) ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est Christ, Fils de Dieu, et pour qu'en son nom, confiants, vous ayez la vie » (20,31). Si nous lisons avec les yeux de la foi ce que Jean a écrit, nous avons part à la vraie vie ; notre conscience rénovée, centrée sur notre Soi, sur notre relation à Dieu, reconnaît la vérité de tout l'être: nous sommes nous aussi des ressuscités.


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Modifié le  14-02-2012.