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Prologue (1,1-18)

Par Anselm Grün

Matthieu et Luc rapportent les antécédents de l'action de Jésus; ils exposent les circonstances dans lesquelles il est né à l'existence humaine. Jean, lui, dit que c'est arrivé, et non pas comment c'est arrivé ; il ne raconte pas, il chante le mystère de l'Incarnation de Dieu en Jésus Christ. Le plus important pour lui est que Jésus se soit fait homme. Autrefois, certains exégètes pensaient que Jean mettait l'accent sur la divinité de Jésus en reléguant à l'arrière-plan son humanité. Mais alors que les synoptiques ne parlent en tout que trois fois de Jésus en tant qu'homme, Jean le fait dix-neuf fois; c'est en tant que pleinement homme que Jésus est la révélation de Dieu. Or Jean pense qu'on ne peut raconter ni formuler ce mystère de Dieu fait homme, dans un langage purement théologique. On ne peut le saisir que dans un chant, un hymne qui le célèbre en images. Telle est la nature propre de la théologie johannique (cf. Beutler, p. 37 sq.). C'est donc en images que Jean nous décrit le mystère de Jésus. En interprétant le prologue, il importe de ne jamais perdre de vue le caractère imagé du discours.

Ce prologue est sans doute le plus beau de tous les hymnes chrétiens consacrés à l'Incarnation. Trois strophes décrivent ce mystère. Le Verbe s'est fait chair : tel est le sommet du discours. Les exégètes se sont demandés si le mot logos était emprunté à Philon; il existe à coup sûr des parallèles, mais on en trouve davantage encore dans la réflexion sapientiale juive. Dans le livre de la Sagesse, la Sagesse est décrite comme une personne qui réside parmi nous. De la même façon, le Verbe désire vivre parmi nous, y établir sa tente. Le Verbe et la Sagesse veulent montrer comment Dieu se révèle à nous. Ils sont présentés pour ainsi dire comme des médiateurs, des personnes à travers lesquelles un Dieu lointain se communique à nous. À l'arrière-plan de cet hymne merveilleux, se trouve peut-être aussi le gnosticisme, pour lequel le Logos était également un médiateur important entre Dieu et les hommes.

« Au commencement, la parole» (1,1). Dans ce verset. Jean fait remonter l'origine de Jésus jusqu'aux profondeurs de la divinité. On perçoit là l'écho du « commencement» de la Genèse (cf. Beutler, p. 34). Si au commencement était le Verbe, la Création tout entière est de l'ordre du Verbe, pénétrée du Verbe divin, et elle nous est donc compréhensible. Elle est elle-même déjà révélation de la gloire de Dieu ; dans la création, Dieu exprime cette gloire et s'exprime à notre intention, elle est sa première Parole, celle du Logos qui s'est fait homme en Jésus. Nous ne pouvons pas considérer Jésus sans la Création.

« En elle, la vie, lumière des hommes » (1,4). La vie et la mort : chez Jean, ce couple d'opposés est central. La question est de savoir comment nous pouvons être vraiment vivants. Bien des gens ne vivent qu'en surface : la vie consiste seulement pour eux à travailler, à manger, à se distraire dans les plaisirs. Or, pour Jean, tout cela équivaut à la mort. La vraie vie n'est possible qu'en Dieu et par Dieu. L'aspiration à la vie, à la vie éternelle, à la qualité de la vie est tout aussi forte aujourd'hui qu'au temps du gnosticisme. Mais comment réussir à vivre ? En quoi consiste la vraie vie, celle qui mérite ce nom ? Jean nous montre que nous ne pouvons devenir vraiment hommes qu'en nous rattachant à Dieu, et il identifie la vie au Logos. Dieu est essentiellement Celui qui donne la vie, et même en qui réside la vie. Faire l'expérience de Dieu, c'est toujours d'abord sentir que nous sommes vivants. Pour Jean, la vie est un vaste flux ; elle est toujours en rapport avec le jaillissement d'une source qui lui conserve une éternelle fraîcheur. En dernier ressort. Dieu lui-même est la source d'où émane notre vie d'hommes, qui nous féconde et féconde le monde.

Chez Jean, la lumière et les ténèbres forment un autre couple d'opposés. Bien des gens tâtonnent en aveugles dans l'obscurité ; leur vie s'écoule, mais n'a pas de sens. Il existe un rapport étroit entre la vie et la lumière ; la vie acquiert sa vérité quand la vérité est reconnue. Quand je vois en vérité le monde et moi-même, je suis en mesure de vivre comme il convient. La lumière éclaire le monde, elle nous permet de le voir jusque dans son fondement et de tout comprendre : et nous-mêmes et le monde. Voir, c'est cesser de tâtonner dans l’obscurité, reconnaître qu'il y a un chemin à suivre. La lumière est la clarté où je me trouve et où je peux m'orienter, libéré de l'angoisse. Rudolf Bultmann interprète la lumière comme ce qui éclaire l'existence et l'homme sur lui-même, formulant ainsi un aspect important de la conception johannique. Dieu est lumière : cela revient à dire que je ne peux voir clair dans ma vie qu'en Dieu, que seul Jésus, le véritable Logos, peut dissiper en moi les ténèbres et le non-sens. Pour les gnostiques, la lumière est l'image de la félicité et du salut, la sphère divine où l'homme doit accéder pour se comprendre lui-même, où se résolvent les énigmes de son existence. L'illumination définitive est aussi la libération de la mort qui, en tant que destin rend l'existence incompréhensible (cf. Bultmann, p. 24). Le Christ est la lumière qui luit dans les ténèbres, qui veut éclairer les abîmes obscurs de notre âme afin que nous ayons le courage d'en voir toute la vérité. Cette illumination est le but de tout cheminement spirituel ; aujourd'hui encore, les hommes y aspirent, ils voudraient jeter un coup d'œil derrière le décor, apercevoir clairement le fond des choses. Ils souhaitent que se lève le rideau qui masque ce fond et nous empêche d'accéder à la vie dans la lumière. En effet, tant que nous vivons dans les ténèbres, nous ne nous comprenons pas nous-mêmes; nous errons et nous nous égarons ; nous sommes aveugles et morts (9 et 11).

Avec Jésus, la vraie lumière est entrée dans le monde. «Elle est venue chez elle et les siens ne l'ont pas reçue» (1,11). Dès cet instant s'annonce le motif du rejet : beaucoup refusent de le recevoir et plus précisément les siens, ceux qui font partie du peuple élu. « Mais à tous ceux qui l'ont reçue, elle a donné le pouvoir d'être enfants de Dieu, et ceux qui font confiance à son nom ne sont plus nés du sang, ni de la volonté charnelle ou virile, mais de Dieu» (1,12-13). Qui accepte le Christ est régénéré et naît de Dieu ; il ne se définit plus à partir du monde, de l'histoire de sa vie, de ses parents. Pour lui, le sang ne joue plus aucun rôle; les dons naturels, l'ascendance, l'histoire de sa famille ne lui importent plus. Il ne doit pas son existence à la chair, c'est-à-dire à la seule génération. Nous ne sommes pas seulement les enfants de nos parents, mais aussi les enfants de Dieu. En lui, nous sommes libres du pouvoir de nos parents, du pouvoir du monde. Nous ne sommes pas nés parce qu'un homme l'a voulu, parce que ses pulsions l'y poussaient (thelèma ne désigne pas seulement la volonté, mais aussi l'instinct, le désir sexuel); nous sommes nés de Dieu, c'est la véritable dignité de l'être humain et sa libération de toutes les entraves des relations humaines, à commencer par la dépendance à l'égard de ses parents. Chacun est unique, issu de Dieu sans médiation. Qui est né de Dieu, est «né là-haut» (anôthen, 3,3) et accède à une nouvelle compréhension de soi ; il se sait aimé de Dieu, objet de sa sollicitude. Il n'en est pas réduit à acheter l'amour des hommes; il se sent bienvenu, accepté sans conditions. Sa vie est emplie de lumière, vraiment vivante.

L'hymne culmine dans l'affirmation: «La parole a pris chair, parmi nous elle a planté sa tente» (1,14). C'est là le cœur du message de Jean. Celui qui était pleinement Dieu est entré dans le monde périssable de la terre pour devenir pleinement homme. La chair est l'image de la réalité d'ici-bas, vouée à la disparition, l'image de l'existence humaine dans son impuissance et son néant. Ce n'est pas comme chez Paul la chair pécheresse, mais celle dont l'homme est fait: faible, exposée au danger et promise à la mort. La demeure, la tente évoquent le Temple où la gloire de Dieu réside parmi nous. Le Logos fait chair en est le substitut, lieu de la présence dévoilée de Dieu dans ce monde. La tente rappelle tout autant que nous n'avons pas ici-bas de séjour durable. Jésus n'a été qu'un passager; il s'en est retourné dans la gloire de Dieu. Le mot grec qui signifie «camper », skènôsein, comporte les mêmes lettres que l'hébreu schekina, qui désigne le séjour de Dieu parmi les hommes, sa présence salvatrice ici-bas. Ce qui s'est alors passé a transformé le monde à jamais ; depuis lors, Dieu veut s'incarner, prendre chair en chacun de nous (c/. Sanford 1, p. 29).

La vision de la gloire de Dieu en cet homme, Jésus de Nazareth, constitue le cœur du verset 1,14. L'auteur ne livre ici aucun développement théologique ; il parle d'une expérience qu'il a faite, et d'autres comme lui. La vision de la gloire divine relève de la contemplation : le latin contemplari veut dire : regarder. Ce passage traduit le caractère mystique de l'Evangile de Jean. Quand je regarde l'homme Jésus, la magnificence de Dieu resplendit à mes yeux ; je vois sa beauté, dans le personnage historique de Jésus et non ailleurs. Dans sa présence au monde, ses actes, ses paroles, cette gloire répand sa lumière. Toutefois, cette révélation demeure voilée. Le regard contemplatif que je pose sur Jésus me transfigure peu à peu, je deviens cette gloire que Dieu a destinée à moi aussi, son fils ou sa fille. Cette contemplation produit un effet : elle me met en contact avec mon image authentique, inaltérée. L'Évangile veut nous donner la réponse à cette question : comment, dans la chair, dans cet homme, Jésus, pouvons-nous voir la gloire de Dieu? Il ne s'agit pas d'une vision par les yeux du corps, mais d'une vision par la foi. C'est la foi qui fait de nous des voyants ; elle consiste à voir Dieu dans l'homme Jésus.

Dans sa gloire, le Fils unique du Père est « plein de tendresse et de vérité » (1,14). Par cette expression, Jean rappelle l'apparition de Jahvé sur le mont Sinaï: Dieu a révélé à Moïse sa grâce et sa fidélité. En Jésus, Dieu se penche vers les hommes avec douceur et tendresse. Le mot grec charis a pour sens premier l'acte ou le comportement qui dispense joie et bonheur ; en particulier, le don par lequel Dieu nous rend joyeux. En Jésus, Dieu nous accorde une joie indicible, qui ne peut plus nous être ôtée, et il nous manifeste la tendresse de son amour. En même temps, nous faisons en Jésus l'expérience de la fidélité de Dieu, en qui nous pouvons avoir confiance. Jean traduit le mot hébreu « fidélité » par le grec aletheia, la vérité, qui signifie littéralement le retrait du voile qui masque la réalité et la rend méconnaissable; il s'agit donc de la réalité divine. En Jésus, le voile qui enténèbre et dissimule l'essence de notre humanité s'écarte ; en lui nous reconnaissons ce que nous sommes vraiment, notre origine première ; en lui nous reconnaissons Dieu, fondement premier et ultime de tout ce qui est et donc de notre existence humaine. Les bouddhistes disent : « La vérité est. » Elle est là, tout simplement, la réalité inaltérée. Jésus désire ouvrir nos yeux afin que nous percevions le monde tel qu'il est en vérité, que nous y reconnaissions et reconnaissions en nous-mêmes la réalité divine. Chaque être humain reflète le visage de Dieu, et dans la Création, c'est Dieu lui-même qui apparaît, éclatant de lumière, quand nous ôtons le voile posé sur toutes choses. Tel est le mystère de la contemplation ; telle est la condition d'une vie réussie.

« Dieu personne ne l'a jamais vu mais le Fils unique, Dieu appuyé contre le cœur du Père, l'a raconté » (1,18). Ce cri de louange et d'allégresse marque le point culminant de l'hymne. Parmi nous, les hommes, nul ne peut voir Dieu ; même Moïse ne l'a pas vraiment vu, puisque ce ne fut qu'en se voilant la face. Jésus est le seul qui ait vraiment vu Dieu, parce qu'il est Dieu lui-même et qu'il repose sur le cœur du Père, qu'il entretient le lien le plus intime avec lui. Il nous l'a révélé, nous l'a rendu visible. En Jésus, nous autres humains, c'est Dieu que nous voyons ; en lui nous sommes admis dans l'intimité du Père et reposons pour ainsi dire sur son cœur. Notre vie en est illuminée. L'ardent désir des gnostiques et de tous les humains depuis toujours est comblé par Jésus ; en sa personne, il nous est permis de voir Dieu dans sa réalité, dans son amour éternel, et ses Paroles nous font connaître cette gloire que nul homme n'avait jamais vue encore.


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Modifié le  14-02-2012.