IESCHOUA

La prière de Jésus Accueil | Nous contacter

Accueil
Haut
Mission
Vie de Jesus
Parcours
Evangile St Luc
Evangile St Matthieu
Evangile St Jean
Evangile St Marc
Croisiere
Nourriture du coeur
Forum  Prieres
Témoignages
Chants
Prieres & Reflections
La passion
Suggestions
Liens
Forum discusions

La prière de Jésus

[en tant que grand prêtre]

Jean (17,1-5 et 20-26)

Par Anselm Grün

 

De même que Moïse conclut son discours d'adieu fictif, dans le Deutéronome, par une prière de bénédiction, Jésus, prenant congé de ses disciples, récapitule toute son action en une prière qui constitue la réplique du prologue. Depuis David Chytreus (1531-1600) on considère que Jésus prononce cette prière en qualité de grand prêtre. Jésus y apparaît comme l'intercesseur qui parle pour les siens. Il indique une fois encore le sens qu'ont eu pour lui tous ses actes : faire éclater en ce monde la gloire de Dieu, par son amour pleinement accompli sur la croix. Il désire aussi nous donner part dès maintenant à la vie éternelle. Dans cette prière si personnelle, la vie que Jésus nous propose apparaît comme une relation d'intimité avec le Père et le Fils ; nous sommes impliqués dans leur amour réciproque. Tel est le point culminant du message.

Jésus se réjouit visiblement que soit venue cette heure vers laquelle l'Évangile de Jean tout entier est orienté : celle où, sur la croix, il est glorifié par Dieu et fait apparaître dans sa plénitude l'éclat de la lumière divine. Il a assumé jusqu'au bout la mission de l'amour; il ne s'est pas placé lui-même au centre, mais a révélé le Père. Cette vie éternelle qu'il nous offre, il la dépeint en une phrase : « Vivre toujours c'est te connaître/ toi, seul Dieu véritable/ ainsi que ton envoyé, Jésus Christ » (17,3). Le mot grec « connaître », gignôsko, est employé aussi pour désigner l'union sexuelle de l'homme et de la femme ; il symbolise ici le savoir mystique grâce auquel notre conscience limitée ne fait plus qu'un avec la conscience de Dieu. « Connaître Dieu signifie donc accéder à une conscience entièrement nouvelle » (Sanford 2, p. 167). C'est cette conscience-là que Jésus nomme la vie éternelle : la découverte du vrai Dieu. Pour C. G. Jung, Dieu est le plus puissant des archétypes; quand il est malade, l'homme tout entier l'est aussi. C'est pourquoi il importe tellement de découvrir la vérité de Dieu, de nous défaire des idées que nous nous faisons de lui et qui ne sont que projections. En révélant le Père, Jésus accomplit une œuvre salutaire qui guérit notre âme et nous donne la vraie vie. Dieu n'est présent que là où il y a de la vie, nous ne rencontrons le Dieu Jésus que quand nous nous sentons vivants ; si nous n'éprouvons qu'angoisse, étouffement, nous en sommes restés aux projections que nous nous sommes faites de Dieu.

L'œuvre de Jésus tout au long de sa vie a consisté à glorifier Dieu ; en cet instant, il désire ardemment que Dieu le glorifie à son tour et le reprenne en la gloire qu'il avait auprès de lui, «avant que le monde fût» (17,5). Cette parole récapitule toute son action, son désir de quitter un monde où il n'a cessé de se heurter à la résistance et à l'incompréhension des hommes. La mort n'a rien pour lui d'effrayant, elle est retour au Père ; elle est la véritable pascha, le passage du monde de l'aliénation et de la captivité à celui de la Promesse, de l'amour et de la lumière. Comme chrétiens, nous devons participer à cette aspiration de Jésus ; dans la foi, nous avons d'ores et déjà accompli ce passage. Et, quand nous prions, nous redécouvrons notre nostalgie de la vraie demeure où nous serons à jamais chez nous et où, ouvrant les yeux, nous verrons Dieu tel qu'il est. Concluant sa prière, Jésus prie non seulement pour la communauté de ses disciples mais aussi pour la communauté ecclésiale de tous les temps, dont l'unité lui tient tant à cœur. Dès les premiers temps de l'Église, il n'allait pas de soi que les disciples aient été vraiment unis ; il y eut des controverses, des conflits et des divisions. Si cette unité revêt tant d'importance pour Jésus, c'est parce qu'en elle se reflète la gloire de Dieu et se manifeste son amour. Par sa mort, il prie instamment tous les chrétiens de renoncer à leurs visées de pouvoir, à s'unifier dans son amour et à glorifier ainsi Dieu.

Pour Jean, toutefois, cette prière pour l'unité ne vise pas seulement l'Eglise mais aussi l'individu. Les Grecs avaient leur propre philosophie de l'unité : le tohen était la suprême aspiration de ceux qui se sentaient déchirés, dans leur humanité, entre des affects contradictoires, entre l'esprit et l'instinctivité, la solitude et la collectivité, le ciel et la terre. Symbole fondamental de l'unité de tous les opposés, la croix est pour les humains divisés en eux-mêmes le signe lumineux de l'espoir: l'amour de Jésus peut réconcilier en eux tout ce qui se livre une bataille sans merci. Dieu devenu chair, Jésus est l'image même de l'unité réalisée du ciel et de la terre, du divin et de l'humain, de la lumière et de l'ombre, de l'esprit et de la matière ; il nous montre le chemin de notre propre unité, qui doit être identique à celle du Père et du Fils. En descendant sur terre, Jésus a rassemblé et élevé dans l'unité avec Dieu tout ce qui était dispersé. À nous, de même, de descendre comme Jésus avec amour dans tous les abîmes de notre âme pour élever jusqu'à Dieu tout ce qui s'y trouve d'obscur, de chaotique, de malade, de malsain. Si tout en nous est pénétré par la lumière et l'amour divins, alors la gloire de Dieu resplendit en nous dans l'unité avec lui. Pour Jean, accéder à l'humanité revient à descendre comme Jésus dans la poussière et la boue de cette terre et à en réaliser l'assomption. Dès lors, il n'est plus rien qui ne proclame la gloire de Dieu. Clément d'Alexandrie pense que l'être humain accède à l'unité «quand il atteint à la divinisation d'un état purgé de toute passion» (Clément, 23). L'unité est le but de notre chemin vers le Soi, mais nous ne pouvons pas l'atteindre par nos seules forces, il faut que Dieu opère en nous cette unification.

Qui est parvenu à s'unifier lui-même devient également capable de s'unir aux autres. Réciproquement, nous ne pouvons accéder à notre singularité qu'en découvrant notre unité intérieure avec les autres, avec Dieu, avec le cosmos tout entier. L'unité n'est pas tout simplement donnée, elle doit faire l'objet de nos efforts incessants. Celle de l'Église ne résulte pas pour Jésus de ce qu'elle enseignerait la doctrine pure et n'admettrait qu'un seul point de vue, mais plutôt de ce qu'elle ne cesse de se référer à la Parole de Jésus, ouvrant ainsi les yeux sur sa réalité authentique, sur la gloire de Dieu manifestée dans la chair de ce monde. Cette Parole enseigne à l'Église qu'elle est, certes, dans le monde, n'échappant pas aux conflits qui le caractérisent : luttes de pouvoir, rivalités, jalousies mesquines, intrigues, mais qu'elle est en même temps déjà immergée dans le monde de Dieu ; elle est dans ce monde, mais elle n'est pas de ce monde, elle respire la liberté divine, une liberté que le chrétien doit sans cesse reconquérir en prenant ses distances par rapport à la haine et à l'aliénation pour se replonger dans la sphère de l'amour, de la paix et de la lumière.

Au verset 17,23, Jésus nous demande d'être accomplis dans l'unité. Ici revient le mot telos, qui joue un rôle important lors du lavement des pieds puis, plus tard, à la crucifixion. C'est dans cette unité des chrétiens que s'accomplit l'amour que Jésus nous a donné. Pour Jean sa mort n'est pas un événement passé, mais une image que les chrétiens ont à méditer sans cesse pour avoir part complète à son amour. Celui-ci ne s'accomplit en plénitude que s'il transforme les chrétiens et les rend aptes à l'unité. On voit ici que Jean ne conçoit pas la rédemption comme un sacrifice et une expiation, mais comme l'accomplissement d'un amour prometteur d'unité, de paix et de glorification. En tant qu'il est méditation sur les paroles et l'action de Jésus, l'Évangile de Jean offre déjà une expérience de la rédemption ; il renonce à tout appel moral, confiant en la puissance de cette Parole qui nous entraîne déjà hors de ce monde dans celui de Dieu, créant une nouvelle réalité ; en la méditant, nous nous sentons transformés, renouvelés, plongés dans l'amour de Dieu et soustraits à l'empire de la mort. C'est ce qui apparaît dans la demande de Jésus : «Père, ceux que tu m'as donnés, / je veux qu'ils soient là où je suis, / et contemplent le glorieux éclat / que tu m'as donné par amour / avant la création du monde » (17,24). La mort a perdu son pouvoir destructeur, elle peut seulement encore dévoiler que nous sommes déjà plongés dans l'amour divin qui s'est accompli. Elle signifie notre passage définitif dans la gloire de Dieu. En même temps, la mort de Jésus est pour nous, chrétiens, une invitation à comprendre la nôtre comme renoncement à nous-mêmes, abandon de nous-mêmes par amour pour nos amis.


Pour nous contacter :

E-Mail : luc@ieschoua.org

Modifié le  14-02-2012.