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Pistes sur Le lavement des pieds : Jean (13,1-15)

Réflexions sur le texte d’Anselm Grün

Que signifie pour nous cette scène ?

Jésus est seul avec nous.  Les discours d'adieu sont empreints d'une atmosphère de familiarité et d'intimité.  Toute l'action de Jésus est présentée comme l'expression de son Amour : il est venu vers nous pour nous le témoigner.  Maintenant Jésus manifeste son amour aux siens jusqu'à l'accomplissement, d'abord par son geste du lavement des pieds, puis dans ses paroles d'adieu, et enfin, dans la Passion et la Résurrection.  Le lavement des pieds est comme un porche ouvrant sur le récit de la Passion, de l'Amour accompli.

Le mystère de Pâques ?

« Avant la fête de la Pâque» (13,1).  La Passion est précisément l'accomplissement de ce que les Juifs célèbrent ce  jour-là : Dieu libère son peuple de la captivité et le conduit à la Terre promise.

·         Jean parle de la Pâque pour la première fois, au moment de la purification du Temple ; par la Passion et la Résurrection, Jésus purifie son peuple et crée en son corps un nouveau Temple où Dieu est adoré.

·         La deuxième mention de la Pâque se situe avant la multiplication des pains ; or, le véritable repas de la Pâque c'est l'Eucharistie, que nous célébrons en mémoire de notre libération et de notre rédemption.

·         Maintenant, Jésus sait « l'heure venue de passer de ce monde à son père » (13,1). Pascha signifie : passer, le passage.  Le véritable passage, c'est la mort de Jésus : il passe dans la gloire de Dieu.

C'est une image de notre existence chrétienne : en Jésus, nous passons nous aussi déjà dans la sphère divine.  Seule notre appartenance à la sphère divine fait de nous de vrais vivants, libres, éveillés, réveillés, capables de voir et d'aimer.

Comment Jésus montre son amour pour nous ?

« Jésus aima les siens qui étaient de ce monde, et il les aima jusqu'à l'extrême» (13,1).  Il le fait non seulement en leur lavant les pieds, mais en donnant sa vie pour eux.  L'amour était la raison profonde de son action.  L'amour divin de Jésus se donne sans condition et va jusqu'à l'ultime accomplissement dans la mort ; voilà ce que Jean nous révèle par le lavement des pieds et la Passion.  Par sa mort, Jésus nous initie au mystère de son amour total, divin.  Sur la croix, Jésus accomplit avec nous cette union qui s'annonçait déjà au début de son action, à Cana.

Le symbole du lavement des pieds

 « Il se lève, quitte le repas, dépose ses vêtements et prend un linge qu'il noue autour de ses reins» (13,4). Il ôte le vêtement de sa nature divine et se présente habillé comme un esclave.  Pierre ne veut pas se laisser laver les pieds, considérant à l'évidence qu'il s'agit là d'un acte servile ; Jésus lui répond : « Ce que je fais, tu ne le comprends pas à présent, plus tard, tu comprendras » (13,7).  Cet acte renvoie à un autre événement, la mort de Jésus.  Il est l'image de l'ultime service qu'il rendra à ses disciples, sa mort par amour pour eux.  Qui refuse ce service n'aura pas part au salut : « Si je ne te lave pas, tu ne pourras rien partager avec moi » (13,8).  Pierre ne comprend pas davantage, il saisit seulement que le lavement des pieds donne « part avec » le Christ.  Il demande alors à Jésus de le laver tout entier.

Jésus lui explique par une image ce qu'il a voulu dire « Celui qui s'est baigné n'a pas besoin de se laver, sauf les pieds, car il est propre» (13,10).  Les disciples ont été déjà purifiés par l'action et les paroles de Jésus.  Pour celui qui croit en Jésus, le monde et ses critères n'ont plus de prise, il n'est plus souillé par les intrigues, les drogues et les jeux du pouvoir.  La foi implique que le disciple croie non seulement en ses paroles mais aussi en sa mort : il doit y voir la suprême preuve d'amour.  Jésus en croix, se penche très bas jusqu'à nous, jusqu'à la poussière de la mort.  Sur la croix, il touche nos pieds et les lave.  Sur la croix, Jésus touche nos blessures ; or, notre point de vulnérabilité, c'est la mort.  Par sa mort, Jésus nous guérit de cette blessure, nous purifiant par surcroît de toutes nos souillures.  En fin de compte, l'amour divin nous purifie et nous guérit en nous libérant de l'attachement au monde.

Leçon pour nous :

 « Comprenez-vous ce que je viens de faire ?  Vous m'appelez maître et seigneur, et vous avez raison car je le suis.  Si votre seigneur, votre Maître, vous lave les pieds, c'est que vous aussi devez vous laver les pieds les uns aux autres.  Je vous ai montré l'exemple pour qu'à votre tour vous le fassiez» (13,13-15). L'exemple est donné à tous.  Laver les pieds, cela signifie pour nous de se mettre au service les uns des autres.  Qui se sait aimé inconditionnellement se sent déjà pur, ses sentiments de culpabilité, de dévalorisation et de mépris de lui-même cessent de le déchirer.  Nous avons le devoir de nous entraider ainsi: qui touche la blessure infectée d'autrui se salit les mains, et pour que la blessure guérisse, le toucher doit être délicat, telle une onction d'amour.  Jésus souhaite une communauté où l'ami rende service à l'ami, une communauté de frères et de sœurs qui s'acceptent et s'aiment sans condition.


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E-Mail : luc@ieschoua.org

Modifié le  14-02-2012.