IESCHOUA

Le lavement des pieds Accueil | Nous contacter

Accueil
Haut
Mission
Vie de Jesus
Parcours
Evangile St Luc
Evangile St Matthieu
Evangile St Jean
Evangile St Marc
Croisiere
Nourriture du coeur
Forum  Prieres
Témoignages
Chants
Prieres & Reflections
La passion
Suggestions
Liens
Forum discusions

Le lavement des pieds : Jean (13,1-15)

Par Anselm Grün

Avec le chapitre 13, la situation et le climat changent. Maintenant Jésus est seul avec les siens. Les siens, c'est-à-dire nous. Les discours d'adieu sont empreints d'une atmosphère de familiarité et d'intimité; il ne s'agit plus désormais de la lutte contre les ténèbres du monde, mais de l'amour. Toute l'action de Jésus est présentée comme l'expression d'un amour : il est venu vers nous pour nous le témoigner. Dans la première partie, Jean a décrit le combat de l'amour, son effort pour conquérir le monde, ce monde qu'il jugera finalement parce qu'il ne l'aura pas reçu. Jésus s'est tourné vers le monde, mais il a été rejeté ; il en résulta une crise, une division, un jugement, une décision. Maintenant Jésus manifeste son amour aux siens jusqu'à l'accomplissement, d'abord par son geste du lavement des pieds, puis dans ses paroles d'adieu, et enfin, dans la Passion et la Résurrection. Le lavement des pieds est comme un porche ouvrant sur le récit de la Passion, de l'amour accompli. Il est dit alors pour la troisième fois : « Avant la fête de la Pâque» (13,1). La Passion est précisément l'accomplissement de ce que les Juifs célèbrent ce  jour-là : Dieu libère son peuple de la captivité et le conduit à la Terre promise. Jean parle de la Pâque pour la première fois, au moment de la purification du Temple ; par la Passion et la Résurrection, Jésus purifie son peuple et crée en son corps un nouveau Temple où Dieu est adoré. La deuxième mention de la Pâque se situe avant la multiplication des pains ; or, le véritable repas de la Pâque c'est l'Eucharistie, que nous célébrons en mémoire de notre libération et de notre rédemption. Maintenant, Jean introduit au mystère de la Pâque en remarquant que Jésus sait « l'heure venue de passer de ce monde à son père » (13,1). Pascha signifie : passer, le passage. Le véritable passage, c'est la mort de Jésus : il passe dans la gloire de Dieu. C'est une image de notre existence chrétienne : en Jésus, nous passons nous aussi déjà dans la sphère divine. Nous sommes encore dans ce monde, mais en lui nous participons déjà de l'autre, de la gloire vers laquelle Jésus s'en est allé sur la croix. Croire, pour Jean, revient à effectuer nous aussi déjà ce passage ; seule notre appartenance à la sphère divine fait de nous de vrais vivants, libres, éveillés, réveillés, capables de voir et d'aimer.

Jean récapitule toute l'action de Jésus en une seule phrase : « Jésus aima les siens qui étaient de ce monde, et il les aima jusqu'à l'extrême» (13,1). Il le fait non seulement en leur lavant les pieds, mais en donnant sa vie pour eux. L'amour était la raison profonde de son action et des paroles adressées aux hommes, c'était l'amour et c'est lui qui maintenant marque ses mots d'adieu, son testament et son legs. L'amour divin de Jésus se donne sans condition et va jusqu'à l'ultime accomplissement dans la mort ; voilà ce que Jean nous révèle par le lavement des pieds et la Passion. Cette heure à laquelle Jean ne cesse de faire allusion, celle de la mort de Jésus. Le mot grec telos signifie : le but, l'accomplissement; il fait aussi partie du vocabulaire des mystères, où il désigne l'initiation. Par sa mort, Jésus nous initie au mystère de son amour total, divin. Telos peut aussi renvoyer aux noces ; sur la croix, Jésus accomplit avec nous cette union qui s'annonçait déjà au début de son action, à Cana.

Du lavement des pieds, Jean donne deux interprétations : une symbolique, une morale, exemplaire. Le sens symbolique apparaît dans cette image : « il se lève, quitte le repas, dépose ses vêtements et prend un linge qu'il noue autour de ses reins» (13,4). Elle décrit son incarnation : il ôte le vêtement de sa nature divine et se présente habillé comme un esclave. Le symbolisme du lavement des pieds se manifeste aussi dans la conversation avec Pierre. Pierre ne veut pas se laisser laver les pieds, considérant à l'évidence qu'il s'agit là d'un acte servile ; Jésus lui répond : « Ce que je fais, tu ne le comprends pas à présent, plus tard, tu comprendras » (13,7). Cet acte renvoie à un autre événement, la mort de Jésus. Il est l'image de l'ultime service qu'il rendra à ses disciples, sa mort par amour pour eux. Qui refuse ce service n'aura pas part au salut : « Si je ne te lave pas, tu ne pourras rien partager avec moi » (13,8). Pierre ne comprend pas davantage, il saisit seulement que le lavement des pieds donne « part avec » le Christ. Il demande alors à Jésus de le laver tout entier ; Jésus lui explique par une image ce qu'il a voulu dire « Celui qui s'est baigné n'a pas besoin de se laver, sauf les pieds, car il est propre» (13,10). Les disciples ont été déjà purifiés par l'action et les paroles de Jésus. Bultmann interprète cette pureté comme le fait d'être libéré du monde. Pour celui qui croit en Jésus, le monde et ses critères n'ont plus de prise, il n'est plus souillé par les intrigues, les drogues et les jeux du pouvoir. Pour Jésus, le lavement des pieds préfigure et accomplit déjà l'acte d'amour imminent que sera sa mort. La foi implique que le disciple croie non seulement en ses paroles mais aussi en sa mort : il doit y voir la suprême preuve d'amour.

Compris comme un symbole, le lavement des pieds décrit l'attitude de Jésus en croix, se penchant très bas jusqu'à nous, jusqu'à la poussière de la mort. Sur la croix, il touche nos pieds et les lave ; nos pieds sont l'image de notre rapport au monde, avec eux nous foulons la terre, qui les salit. Jésus nous touche à l'endroit où nous sommes terrestres pour nous libérer de la puissance du monde. Mais les pieds sont aussi la partie la plus vulnérable de notre corps ; pour les Grecs, le point faible d'Achille était son talon. Pour les gnostiques, les talons étaient le siège de démons et de pulsions, surtout sexuelles. Pour d'autres peuples, par exemple les Indiens d'Amérique, le pied est le point de contact entre le corps et l'âme; c'est par les pieds que l'esprit entre dans le corps. D'autres peuples encore établissent une relation entre les pieds et le don de guérir (cf. Sanford 2, p. 115 sq.). L'usage antique du lavement des pieds n'a jamais signifié seulement purification, mais aussi guérison ; comme on ne portait habituellement pas de sandales, on se blessait souvent les pieds en marchant. L'esclave examinait les pieds pour trouver les blessures et il les massait avec de l'huile pour les guérir. Sur la croix, Jésus touche nos blessures ; or, notre point de vulnérabilité, c'est la mort. Notre caractère éphémère, mortel était pour les Grecs la plus grande atteinte portée à la dignité humaine ; par sa mort, Jésus nous guérit de cette blessure, nous purifiant par surcroît de toutes nos souillures ; c'est ainsi que Jean interprète cette mort, à travers le lavement des pieds. En fin de compte, l'amour divin nous purifie et nous guérit en nous libérant de l'attachement au monde.

Quant à l'interprétation morale du lavement des pieds, elle s'exprime dans les versets 12 à 17. « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Vous m'appelez maître et seigneur, et vous avez raison car je le suis. Si votre seigneur, votre Maître, vous lave les pieds, c'est que vous aussi devez vous laver les pieds les uns aux autres. Je vous ai montré l'exemple pour qu'à votre tour vous le fassiez» (13,13-15). L'exemple est donné à tous. Mais laver les pieds, cela signifie davantage encore que nous mettre au service les uns des autres ; comme Jésus, nous devons nous pencher avec amour vers nos frères et nos sœurs pour les toucher et les purifier là où ils sont souillés et ne peuvent s'accepter eux-mêmes. Qui se sait aimé inconditionnellement se sent déjà pur, ses sentiments de culpabilité, de dévalorisation et de mépris de lui-même cessent de le déchirer. Nous avons le devoir de nous entraider ainsi: qui touche la blessure infectée d'autrui se salit les mains, et pour que la blessure guérisse, le toucher doit être délicat, telle une onction d'amour. Jésus engage ses disciples à changer de comportement, il souhaite une communauté où l'ami rende service à l'ami, une communauté de frères et de sœurs qui s'acceptent et s'aiment sans condition, où chacun se sente pur comme après la prise d'un bain : rafraîchi, conscient de sa beauté, répandant un parfum d'agréable odeur.


Pour nous contacter :

E-Mail : luc@ieschoua.org

Modifié le  14-02-2012.