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Le témoignage des premiers disciples
(Jean 1,35-51)

Anselm Grün

 

Dépeignant la vocation des premiers disciples, Jean révèle son art de jouer toujours sur deux plans distincts. Il ne renvoie jamais à la seule réalité extérieure; chez lui, tout présente un sens profond. D'une part, l'auteur nous raconte ici comment les disciples apprennent peu à peu à mieux connaître Jésus; l'on constate ainsi une gradation dans les titres qu'ils lui donnent. D'autre part, il nous est montré comment nous devenons nous-mêmes des disciples. Ces disciples symbolisent les chrétiens que nous sommes ; en eux, nous voyons comment nous accédons nous aussi à la foi, et ce que signifie l'Imitation. Jean décrit également, dans l'éveil progressif de leur vocation, le processus de «l'initiation au mystère chrétien de la rédemption» (Sanford 1, p. 41). Les disciples vivent des expériences que nous devons vivre nous-mêmes, au fil de notre évolution spirituelle.

Ce qui nous frappe d'abord, c'est que ces disciples sont toujours conduits vers Jésus par des médiateurs. Nous sommes à leur image : pour accéder au Christ, nous avons besoin des autres. Dans ce texte, les termes essentiels sont « chercher et trouver, venir et voir » ; ces quatre mots résument le devenir qui fait de nous des disciples. Il s'agit de chercher Jésus, en suivant la trace de notre désir profond, à l'affût de ce qui peut toucher notre cœur. Si nous cherchons, nous trouverons ; mais il nous faut atteindre Jésus pour voir qui il est en vérité. Le thème de la vision renvoie toujours à l'aspect mystique du cheminement qui fait de nous des chrétiens ; le chrétien va vers Jésus pour voir, et en Jésus c'est le ciel qu'il verra, grand ouvert. Cette vision culmine dans le verset 1,51 : « Vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre tout au-dessus du Fils de l'homme.» Dans la tradition spirituelle, l'échelle de Jacob a toujours été considérée comme une image de la contemplation. Ce que Jacob a alors vu s'accomplit en Jésus Christ. En Jésus, c'est le ciel qui s'ouvre au-dessus de notre vie; nous reconnaissons en lui le lien entre le ciel et la terre, entre Dieu et les hommes.

Les deux premiers disciples suivent Jésus parce qu'ils ont entendu le conseil de Jean le Baptiste. Jésus s'adresse à eux et les questionne: «Que cherchez- vous ? » Ils lui dirent : « Rabbi - c'est-à-dire Maître – où demeures-tu ? » (1,38). Ce qui est ici raconté paraît sans importance, mais recèle l'essentiel. La question fondamentale est de savoir ce que nous voulons ou, selon le sens plus précis du texte grec, ce que nous cherchons. «Que cherches-tu ? » Telle est la première parole que Jésus adresse à chacun de ceux qui voudraient le suivre : «Que veux-tu faire de ta vie ? Quel est ton plus profond désir?» Si je m'engage envers Jésus, il me faut être au clair sur ce point. Les disciples demandent en réponse: «Où demeures-tu?» C'est en cela que consiste la vocation : demeurer chez Jésus, rester auprès de lui, s'y sentir chez soi. Jésus prend possession de son domaine ; il nous accueille dans sa demeure. Ce qui compte pour lui, ce n'est pas la maison terrestre, c'est la maison de Dieu; c'est en Jésus que Dieu a planté sa tente parmi nous, et c'est en Jésus qu'il nous est permis de demeurer chez Dieu. Et Jésus d'inviter les disciples : «Venez, vous verrez » (1,39). Il ne suffit pas de simplement écouter ceux qui parlent de Jésus. Etre disciple implique d'expérimenter par soi-même en compagnie de Jésus. Voir, c'est voir de ses propres yeux; on ne peut s'en remettre à quiconque. Les lecteurs de l'Evangile de Jean sont invités à méditer ces paroles, à en saisir le sens profond, à regarder Jésus et à voir en lui Dieu lui-même.

La remarque incidente: «C'était environ la dixième heure» n'est pas sans importance. En effet, chez Jean les nombres ont toujours un sens symbolique. Dix est le nombre de l'achèvement, de l'Incarnation, de la complétude atteinte, de la prophétie réalisée; c'est le nombre parfait, teleios artihmo., Devenir disciple signifie devenir un être humain complet, être initié au mystère de l'hominisation et de l'aspiration si profondément humaine à l'achèvement et au salut, enfin réalisée. Si je demeure où demeure Jésus, mon humanité s'accomplit, j'accède à la complétude et au salut, je parviens au but.

Au verset 1,40, l'un de ces disciples est appelé André ; l'autre reste anonyme. Il s'agit probablement du disciple aimé de Jésus, auteur probable de l'Évangile. Il est dès le début avec Jésus. André amène son frère Simon vers Jésus, et dès la première rencontre, Jésus le nomme «Céphas ». Pierre n'est pas le premier à croire en Jésus, mais il est appelé à devenir pierre. Ce qui compte, ce n'est pas d'être le premier à croire, c'est d'être appelé par Dieu à remplir une mission bien définie. Pierre est appelé à être, de par sa foi, le roc sur lequel d'autres s'appuieront.

Deux autres disciples sont ensuite appelés par leur nom : Philippe et Nathanaël. Nathanaël signifie «don de Dieu»; Jésus le nomme «un israélite sincère» (1,47), dépourvu de fausseté; il s'agit ici assurément d'un appel en direction des lecteurs juifs. Quiconque est un vrai Israélite suivra Jésus. Ceux parmi les Juifs qui, plus tard, feront si mauvaise figure, sont pour Jean devenus infidèles à leur vraie foi. Jésus stupéfie Nathanaël par sa connaissance de son caractère et de tout son être ; cet Israélite sans fausseté se sent percé à jour. Jésus lui dit l'avoir vu sous le figuier où il étudiait la Torah et vivait, à l'évidence, une expérience spirituelle profonde. Il révèle ainsi à cet homme qu'il le connaît et n'a nul besoin que d'autres lui en parlent. Jésus connaît chacun et voit au plus profond de son cœur. Ce savoir subjugue Nathanaël, qui s'écrie: «Rabbi, tu es le fils de Dieu, roi d'Israël» (1,49). Cette profession de foi marque le point culminant de la connaissance acquise par les disciples : un vrai Israélite reconnaît en Jésus le Fils de Dieu. Nathanaël symbolise le chrétien en général. Nous ne pouvons pas nous approcher de Jésus sans être percés à jour, confrontés à ce que nous sommes en vérité. Dans la rencontre de Jésus, dit Bultmann, le croyant voit sa propre existence dévoilée et illuminée.  

La vocation des premiers disciples illustre clairement encore l'art avec lequel l'évangéliste joue toujours sur deux plans, tout à la fois relatant les événements et engageant le lecteur sur le chemin de l'initiation. Ce que Jean raconte s'est vraiment passé; il est tout à fait vraisemblable, du point de vue historique, que les premiers disciples soient venus du cercle de Jean lui-même. Ces disciples reconnaissent en Jésus l'Agneau de Dieu, le Rabbi, le Messie, le Fils de Dieu, le roi d'Israël et, pour finir, le Fils de l'homme au-dessus duquel les anges montent et descendent. Dans l'histoire de ces vocations, est décrite aussi la vocation du lecteur ; par les actes et les paroles de Jésus tels que les rapporte l'Evangile, il doit être initié à son mystère; en lisant, il doit toujours savoir qu'en Jésus le ciel est ouvert, que Dieu lui-même se donne à voir. Jésus rétablit le lien rompu entre le ciel et la terre et renouvelle pour les hommes la bénédiction jadis reçue par Jacob; c'est ainsi seulement que l'homme accède à la vérité de son être. Dans la Bible, les anges sont des images de la contemplation. Jésus, lui, en est le lieu, en lui c'est Dieu que nous apercevons. Tout ce que fait Jésus vise à nous ouvrir le ciel, et ce qu'il dit à nous initier au mystère de Dieu. L'image de l'échelle devient ainsi une clé pour la lecture de l'Évangile.


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Modifié le  14-02-2012.